Star Wars Holiday Special Show
L'un de mes lecteurs, Rez, dans ses réponses postées sous l'un des articles de ce site (Cf. Sujet "Dune") a généreusement posé un lien vers le fameux show perdu. Ayant eu une réaction à ce sujet, il serait justice de le mettre en avant sur un article à part. Le remerciant, je met donc le lien, ici même :
http://video.google.com/videoplay?docid=7255661301905279600&q=star+wars+holiday+special&pl=true
En dépit de la barrière de la langue (n'étant pas anglophone), et de la mauvaise qualité de l'image, malgré le fait que tout le show ne soit pas visible (seul 50 minutes peuvent être vus via le lien), force est de reconnaitre que c'est particulièrement kitch... Mais c'est à voir, ne serait-ce que pour la culture générale ou cinématographique et ce d'autant plus que les copies ont théoriquement toutes disparue (Georges Lucas ayant malheureusement fait détruire toutes les copies existantes... Mort de honte, Georges?).
Initialement, on aurait pu considérer cet opus comme étant "l'épisode 4.5" (l'histoire se situant visiblement entre "Un nouvel espoir" et "L'empire contre-attaque). L'OFNI (Objet filmique Non Identifié, pour les non-initiés...), tourné et diffusé en 1978 (le 19 novembre, pour être précis), ne fait donc bien sûr pas partie de l'Univers Etendu officiel.
En remerciement à Rez...
Les commentaires, s'il y en a, c'est en dessous...
La saga HALO
-HALO-
Genre : FPS
Thème : Futuriste
Développeur : Bungie Software
Editeur : Microsoft Games
Evaluation PEGI : 16 ans et plus
Nombre de joueurs en multi : 1 à 4 (écran splitté ou Link)
Site officiel : http://www.microsoft.com/games/halo
http://www.gamekult.com/finances/contacts/C000000064
Le 15 septembre 2001, aux USA, sortait le jeu Halo, réalisé par Bungie. Le soft, un FPS (First Person Shooter), allait marquer les esprits grâce à un scenario digne des films hollywoodiens et réalisation qui allait de paire. La Xbox venait d'apparaitre sur le marché et Bungie, l'éditeur, allait tirer son épingle du jeu en proposant un soft immédiatement immersif.
Halo se distinguait de n'importe quelle autre FPS grâce à un gameplay novateur : en plus de la possibilité de conduire de nombreux véhicules sur d'immenses terrains de batailles, il alliait les phases de suspens aux combats à grande échelle. Particulièrement jouable, il bénéficiait de surcroît d'une durée de vie conséquente.
Halo, kesako?
Nous sommes en 2525. Suite à une série de déséquilibres politiques au sein des colonies humaines réparties dans la galaxie, l'UNSC (la marine = le CSNU) a créé une nouvelle sorte de combatttants : les Spartans. Hommes et femmes génétiquement modifiés, et revêtus d'une armure MJONLIR. Leurs missions seront interrompues par l'attaque impromptue d'une alliance de plusieurs races extraterrestres, les Covenants, sur la colonie d'Harvest. Il n'y eut aucun survivant.
La guerre était déclarée.
Année 2552. Vingt-sept ans ont passé. L'humanité est en train de perdre le conflit. Les superguerriers Spartans enchaînent les victoires mais sont trop peu nombreux pour gagner la guerre. Les Covenants, composés des Elites, des grunts (les grognards), des Jackals, des hunters (sorte d'ET blindés), des brutes et de leurs têtes pensantes, les Prophètes, gagnent du terrain dans toute la galaxie. La seule protection pour la Terre est le protocole Cole, ordre reçu par tous les commandant de l'UNSC de détruire toutes les données relatives à l'emplacement de la Terre et si nécessaire de s'autodétruire. Les Covenants décident soudain d'attaquer Reach, monde militaire, colonie peuplée entre autres des seules unités Spartans... Un seul bâtiment en réchappera : le Pillar of Autumn, avec à son bord le dernier spartan (du moins selon le jeu, car dans les romans*, nous apprendrons qu'il y a en réalité de nombreux survivants Spartans) : John 117. Avec lui, se trouvent le capitaine Jacob Keyes et Cortana, l'intelligence artificielle conçue spécialement pour 117. Le Pillar était en cours d'affretement pour une mission destinée à capturer un croiseur ennemi transportant des Prophètes. Ils n'en auront pas le temps : le Pillar, ses divisions armées et les personnages principaux devront fuir, laissant Reach à son sort. Sautant dans l'Hyperespace, suivant la même trajectoire que l'un des croiseurs Covenants, ils découvriront Halo...
Halo...
Son vent divin balaiera l'Univers...
Halo est un anneau-monde de 10 000 kilomètres de diamètre, bâti par les Forunners - sortes de "grands Anciens", dans un lointain passé. Objet d'un culte religieux pour les Covenants, il est supposé leur permettre l'accomplissement du "grand voyage". Les soldats de l'UNSC, soudain assaillis par les troupes Covenants, suivant le protocole Cole, sont obligés d'abandonner le Pillar of Autumn. Le vaisseau, piloté par Keyes, doit s'écraser sur l'Anneau-monde. La résistance s'organise. Le Masterchief - John Spartan 117 - se devra d'abord de retrouver les survivants, puis de libérer le Capitaine Keyes avant de pouvoir commencer la contre-offensive. Ils découvriront alors les secrets d'Halo.
Loin de n'être qu'un gigantesque artefact inoffensif, c'est à la fois une arme et une prison. Pas n'importe laquelle, puisqu'elle renferme une autre race extraterrestre, les Floods, qui, de nature parasitaires, se développent sur les corps comme une maladie et sautent sur tout ce qui bouge dans le but de tout ravager. Les Forunners les avaient enfermés dans Halo et avaient conçu l'anneau-monde comme étant le seul rempart contre le danger qu'ils représentaient : l'artefact peut lançer une impulsion, sur une distance de 25 000 années-lumières, capable de tuer les espèces disposant d'assez de biomasses pour être parasitées par les Floods. Humains, Covenants, tous peuvent être détruits par Halo, comme l'ont été autrefois les Forunners eux-mêmes...
Or l'anneau-monde fait l'objet d'un culte particulier pour les Covenants : celui du "grand voyage". Déclencher Halo, c'est permettre ce "grand voyage". Les E.T. connaissent Halo mais en ignore la nature.
C'est alors que, accidentellement, Keyes libère les floods et l'espèce envahit progressivement Halo, s'attaquant à la fois aux humains et aux Covenants.
La seule solution restera au final d'utiliser les moteurs du Pillar Of Autumn pour détruire l'anneau.
La saga Halo, fer de lance de la console de Microsoft a été conçue en tant une trilogie en devenir.
La suite, Halo 2, sortira finalement le 9 novembre 2004.
Halo 2 poursuit donc l'histoire sur la même lancée : encore mieux réalisé, mais sans doute aussi plus scripté, il débute sur la station de guerre "Le Caire", en orbite autour de la Terre. Le Pillar Of Autumn n'existe plus, détruit avec Halo, et Jacob Keyes est mort. Les seuls survivants sont le masterchief lui-même, Cortana et le sergent Johnson. Au moment où commence l'histoire, John 117, Johnson (personnage remarquablement proche d'un autre sergent, vu dans Aliens, de james Cameron...), et Miranda Keyes, la fille du capitaine mort sur Halo, sont appellés à recevoir une décoration pour leurs actions militaires sur l'anneau-monde. Soudain, la flotte Covenant, avec à leur tête, le Prophète du Regret, entre dans le périmètre du système solaire... Les vaisseaux de la flotte de l'UNSC et les stations de guerre se préparent. Les Covenants, après avoir envahi et saboté plusieurs stations de défense, réussissent à atterrir sur Terre. Il faudra alors les combattre dans la ville de New-Mombassa...
Les Covenants, mis à mal, finiront par devoir fuir la Terre. Miranda Keyes, John 117, Johnson et tout un équipage de soldats, à bord du croiseur "In Amber Clad", doivent poursuivre la flotte ennemie tandis qu'elle "saute" en plein centre-ville, provoquant ainsi une détonation nucléaire et l'anéantissement complet de New-Mombassa... A l'arrivée, ils découvriront... un autre Halo.
Pendant ce temps-là, au sein de l'alliance Covenant, la crise politique couve...
Alors que dans le premier épisode, les Covenants ne nous étaient présentés que très superficiellement, nous avons l'occasion de les découvrir dans le détail, dans le deuxième opus, via le point de vue d'un nouveau personnage : l'Arbiter, sorte d'alter ego E.T. de John 117. Celui-ci sera chargé d'éliminer un opposant politique, puis de récupérer l'index - la clé permettant la mise à feu d'Halo. Ils y aura un accroc en la personne de 343 Guilty Spark, l'IA admninistratrice du premier Halo... ayant survécu dans les ruines du premier anneau-monde. Ce dernier révèlera à certains (dont l'Arbiter) qu'Halo n'est pas qu'un simple objet de culte... Pire encore, les Prophètes décident de se débarrasser des Elites qui les avaient protégés durant des millénaires, au profit des Brutes (sortes de gros singes fanatiques, adeptes du plaquage violent qui fait mal...). La révolte et la guerre civile éclatent à bord de Grande-Bonté, la cité sainte des Covenants en orbite autour du second Halo. Les Floods, menés par le "Fossoyeur" (sorte de pieuvre), en profite pour envahir la station - en volant le In Amber Clad - et en tuant les survivants. Au final, sur le second Halo, l'Arbiter et les Elites, trahis, rejoindront les troupes humaines dans leurs combats contre les Prophètes. John 117 s'échapera de justesse de la ville sainte, rattrapant le dernier grand prophète, parti pour détruire la Terre à bord d'un antique vaisseau forunner qui servait à alimenter la cité en énergie.
Cortana, pour sa part, restera sur Grande Bonté pour - de nouveau - utiliser les moteur du croiseur terrien et faire sauter la ville Covenant.
En vain : Elle sera prise par le Fossoyeur avant d'avoir pu agir.
Les floods sont donc désormais bel et bien libres d'aller où bon leur semble.
Au terme de l'histoire, après que les prophètes aient été éliminés par le Spartan 117 et que la mise à feu d'Halo, voulue par les brutes, aient été interrompue par Miranda Keyes, Johnson et l'Arbiter, nous aurons droit à une révélation-surprise qui nous entrainera tout droit sur une fin ouverte sur le prochain Halo, à paraitre sur la Xbox 2 : Il y a de nombreux Halo dans tous l'univers, et ils sont administrés à partir d'une autre type de station : "l'Arche".
Pour en savoir plus sur la saga Halo, son histoire et sur Bungie :
http://www.dvdcritiques.com/critiques/dvd_visu.aspx?dvd=2688
http://www.gamekult.com/tout/forum/lire_250302.html
Halo et Halo 2 font partie de cette race de jeux qui emmènent le média vidéoludique vers le cinéma fantastique. Halo 2 va même plus loin, puisque les phases d'animatiques sont littérallement construites comme de minis court-métrages d'animation, utilisant la lumière, les effets, les angles de prises de vues et des dialogues dignes de films à grands spectacles. Autre signe qui ne trompe pas : de nombreux acteurs connus participent au doublage US. Ainsi, nous avons au Casting d'Halo 2, Ron Perlman, Robert Davi, Keith David, Miguel Ferrer, Kevin richardson, Michael Wincott... (excusez du peu...). Sur ce plan , les jeux de la jeune saga ne sont pas uniques : il suffit de voir la distibution du dernier GTA pour s'en convaincre (Ice-T, Samuel Jackson, feu Chris Penn...). D'autre part, comme nombre de trilogies cinématographiques, nous avons une introduction (Halo 1) et un épisode intermédiaire (Halo 2) développant son univers et distillant son petit lot de surprises et de retournements de situations, en plus d'une fin ouverte. En principe, avec Halo 3, nous en aurons la conclusion.
Enfin, comme les séries Star Wars, Matrix, le Seigneur des anneaux, Mad Max, etc, Halo développe un univers propre, doté d'une mythologie unique, cohérente et complexe, par ailleurs très influencée (c'est assumé) par d'autres oeuvres plus anciennes ("Blade Runner", les romans lié à "L'anneau-monde" de Larry Niven, "Starship Troopers" en tête)
De manière plus générale, le jeu vidéo s'impose de plus en plus comme un cinoche interactif en devenir : Black (dont les phases "animatiques" sont joués par de vrais acteurs), Kotor, Halo, Call of Duty, Metal gear Solid et tant d'autres ne sont pas simplement des jeux, mais de véritables films interactifs, découpés, bourrés de clins d'oeils au cinéma de genre et ultra scenarisés. Le but n'est plus seulement d'imposer le plaisir du jeu, mais de créer une relation de spectateur avec ce qui peut être considéré non plus comme simplement comme un produit vidéoludique mais comme une véritable oeuvre d'art à part entière (Cf. les ambitions et les questionnements soulevés dans Metal Gear Solid 1 et 2). La frontière entre les médias s'effacent. Hollywood ne s'y trompera pas : de plus en plus de jeux sont adaptés en films et de plus en plus de films le sont en jeux. Parfois les uns sont les complèments des autres (comme souvent avec les jeux star wars, par exemple, lesquels participent plus ou moins bien au développement de l'univers des films), quand d'autres sont développés en tant que produits marketing parallèles à leurs alter ego cinématographiques.
Le film "Tron" (Steven Lisberger - 1982), en un sens, était prophétique : le personnage de Flynn (Jeff Bridges) y est programmeur de jeux vidéos et - dans le film - pénètre à l'intérieur d'un ordinateur pour le combattre en live, tel un gladiateur dans ses propres programmes. Et d'ailleurs, le film produit par Disney a lui-même fini par devenir un jeu - par ailleurs fort sympathique.
Pourquoi parler d'Halo ? Parce que les jeux seront prochainement adaptés sous la houlette du réalisateur du Seigneur des Anneaux et de King Kong, à savoir Peter Jackson himself (ici, en tant que producteur). Parce que, contrairement à un certain nombre d'adaptations cinématographiques médiocres passées de plusieurs jeux (tels les Resident Evil, pour ne citer que ceux-là), Bungie et Microsoft s'impliquent à 100% dans l'adaptation, allant jusqu'à surveiller de très près les choix graphiques du prochain métrage.
Pas question de s'éloigner de la formidable charte graphique du jeu (originale et bondée de décors dantesques). Le premier jeu a rapporté 600 millions de dollars... et le deuxième 125 millions de dollars... en un seul jour!!! (A titre de comparaison, le film Spider-Man n’avait généré "que" 114 millions de dollars pour son week-end de sortie, soit en trois jours, les films sortant aux États-Unis le vendredi - Ca va? Ca vous parle?...). Et, donc, hors de question de saboter le concept du jeu phare (la poule au oeufs d'or?).
Le scénario a déjà été écrit par Alex Garland (The Beach, 28 jours plus tard) et approuvé par Bungie, la société créatrice du jeu. Jackson, fan de la série (gage de qualité?) s'occupera de la production et Weta de la mise en place des sfx. Le réalisateur (aux dernières nouvelles) reste encore inconnu.
Le seul problème avec 2007, c'est que y a toute l'année 2006 à passer avant... ca va être long...
-HALO-
*Il existe trois romans dérivés de l'univers d'Halo : "La chute de Reach" (Eric Nylund), narrant les évènements se déroulant avant le premier jeu, "Les Floods" (William C. Dietz), narrant les évènements se déroulant PENDANT le premier jeu (mais en développant tout de même plusieurs points de vues parallèles, par ailleurs intéressants et utiles pour la compréhension de l'instrigue, à celui du Masterchief) et "Opération First Strike" (Eric Nylund), qui se déroule entre Halo 1 et 2 (et qui, accessoirement, permet de comprendre comment le Sergent Johnson se sort du premier Halo...).
Dune (Dossier) - Le(s) livre(s)
Dune (1965) est un roman SF, le premier de toute une lignée qui comprend "Dune Messiah" (1969), "Children of Dune" (1976), Emperor-god of Dune" (1981), "Heretics of Dune" 1984), et "Chapterhouse : Dune" (1985). A ceux-là, on peut aussi rapprocher ce qui semble être une préquelle officielle : "The God Makers" (Et l'homme créa Dieu" - 1972).
Tous les livres de cette saga-fleuve ont donc été écris par Franck Herbert (1920-1986).
L'auteur.
Enfant d'une famille de fermier, Franck Herbert, le futur auteur de "Dune", subira les affres de la crise de 1929. Sa vocation d'écrivain datera de son enfance. Marié à 21 ans, divorcé à 25, il gagnera d'abord sa vie en tant que photographe, caméraman et commentateur à la radio. C'est en 1945 qu'il rencontrera Beverly Ann Stuart, avec laquelle il aura trois enfants. L'un d'eux, Brian, a depuis repris le flambeau de la saga de son père.
Bien qu'il ait été publié sous son nom à partir de 1944, dans le magazine "Esquire", il s'avère qu'il eut commencé à écrire bien avant. Ayant utilisé plusieurs pseudonymes, il est aujourd'hui difficile de savoir à quelle date exactement il commença son travail d'auteur. Après avoir été édité dans des revues telles que "Astounding Science-Fiction" ou "Amazing Stories", il publiera son premier roman en 1956. La même année, il obtiendra le prix international de Science-Fiction. Il a alors 36 ans.
C'est en 1963 que sont posés les jalons du célèbre roman. Il publiera une nouvelle intitulée "Dune World" dans le journal "Analog Science fact-Science-Fiction". Le succès de la nouvelle sera tel que l'auteur décidera d'en faire un roman à part entière. Dune est publié deux ans plus tard. Le roman obtiendra le prix Nebula en 1965. L'année suivante, c'est le prix Hugo qui lui est décerné (ladite récompense pouvant considérée comme étant une sorte d'Oscar de la SF littéraire aux USA - pour en situer l'importance).
Dans les années soixante-dix, après avoir publié le "messie de Dune", Herbert prend de la distance avec son métier d'écrivain pour se consacrer à l'enseignement et à l'écologie (sa grande passion, comme le démontre la nature du roman "Dune"). En 1971, il mène une mission écologique et sociologique au Pakistan et au Vietnam. En 1972, il sera enseignant à l'université de Washington. Six ans plus tard, "La ruche d'Hellstrom" remportera le prix "Apollo". En 1980, l'univsersité de Seattle le consacrera "Docteur de l'Humanité".
Lorsque David Lynch le sollicite pour participer à la production de Dune, le film, le romancier répond présent. Enthousiasmé par le scenario et le traitement apposé, il en fera la publicité lors d'interviews télévisées.
Jamais une oeuvre de science-fiction n'avait jamais été si bien adaptée... Il faudra regarder de près pour découvrir ce qu'il manque, dira-t-il en substance.
Le film fut un échec commercial et la même année, Beverly décèdera d'un cancer. Bien que durement affecté par la mort de son épouse, Franck Herbert se remariera en 1985. Il décèdera à son tour, d'une embolie pulmonaire, le 11 février 1986, laissant ainsi son oeuvre inachevée.
Le roman.
Paru en 1965, en pleine guerre du Vietnam, le livre nous parle de dieux et de héros, de chutes et de décadences.
En l'année 10191 de la guilde, l'empereur Padishah Shaddam IV règne sur l'ensemble d'un empire de plusieurs millions de planètes. Sa famille, descendante des Butler, est en place à la tête de l'univers depuis le Jihad Butlerien et la bataille de Corrin, plus de dix mille années plus tôt. Successivement manipulateur et manipulé, le fils (et assassin) de son père, Elrood IX dirige tout depuis la planète Kaitan. La Terre n'est plus, détruite au début de la guerre contre les machines (le Jihad Butlerien). Si les Corrino dirigeait l'imperium depuis Salusa Secundus, bien des siècles plus tôt, c'est terminé : Salusa a été anéantie par les radiations d'une guerre nucléaire ancienne et sert désormais de camp d'entrainement pour les Sardaukars "les soldats de la peur" (Dune - David Lynch - 1984).
Shaddam est-il le maître absolu? Non. D'autres forces sont en jeux : la maison des Révérende-mère, école portée sur la politique et composée de femmes uniquement est le véritable pivot de tout pouvoir. C'est le Bene (= école) Gesserit.
Est-ce tout? Non plus. La Guilde de l'espace gère le déplacement entre les mondes. Pourvue du monopole sur le voyage dans l'espace, elle est aussi une seconde école, portée sur les mathématiques avant tout. Face à eux, l'empereur doit faire face aux autres grandes maisons, regroupé en un conseil : le "Landsraad". Ce composé de maisons majeurs et mineures contrôlent planètes et régions dans l'impérieum. Si l'empereur était président, les maisons en serait les préfets... Et l'on pourra aussi parler, par la suite (dans les romans ultérieurs à Dune), du Bene Tleilax, orienté sur les sciences génétiques (de manière très différente que pour le Bene Gesserit) et peuplé uniquement... d'hommes difformes, l'on poura aussi parler des planètes Ix et Richèse, deux mondes à part, dont l'activité est centré sur la haute technologie et la fabrication des machines (non intelligentes : les ordinateurs et les robots ayant été proscrit par la grande convention, faisant suite, encore une fois au Jihad Butlerien. La grand-mère de Paul, Dame Helena, sera issue de la famille régnante de Richèse), de l'école du Ginaz (formateur des meilleurs combattants de l'empire - d'où seront issus les deux meilleurs amis de Paul Atréides : Gurney Halleck, le soldat troubadour, et surtout Duncan Idaho, successivement maître d'armes de Paulus, Leto et Paul) ou de l'école Suk (des médecins conditionnés, dont le docteur Yueh, le traitre dans l'entourage de Leto, fera partie).
Tout cela constitue l'impérium, un mélange de factions opposées mais alliés de force par la grande convention. Un monde totalement bloqué depuis plus de dix millénaires.
C'est sans compter les rivalités, la politique et les secrets de famille. Et surtout c'est sans compter l'importance d'un autre facteur : l'Epice.
L'Epice : une drogue gériatrique. Provoque l'accoutumance mais accroit la longévité et l'intelligence. L'Epice, qui, pris régulièrement, à hautes doses, permet aux pilotes de la guilde de traverser l'univers grâce au don de prescience que leur confère la substance. L'Epice.
L'Epice qui n'est produit que sur un seul et unique monde : Dune. Arrakis. Une planète totalement désertique, sans la moindre goutte d'eau. Un monde géré par la Chom (Compagnie des HoberMarchants, dont les profits sont partagés entre les maisons et les Corrinos), et exploité par contrat, pendant des durées déterminées, par les grandes familles. L'Epice.
En 10191, c'est la famille Harkonnen qui en possède le contrôle. Le Baron Vladimir, le maitre de Geidi Prime, monstre, obèse et pervers gère chaque pouce de la planète des sables. Vladimir, qui a enlevé son neveu Feyd a son demi-frère, Abulurd, et à sa femme. Vladimir qui HAIT la maison des Atréides...
Les Atréides doivent reprendre la planète sur l'ordre de l'empereur. Leto, fils du vieux duc Paulus et de Dame Helena, flaire le piège : depuis quelques années, il est devenu trop influent au sein du Landsraad. Il est devenu plus populaire que l'empereur lui-même. Or, Leto, par sa mère, n'est autre que l'arrière-arrière petit-fils d'Elrood IX, et se trouve donc être le cousin de Shaddam IV.
Leto est dangereux.
Leto DOIT être éliminé.
Son inimitié notable avec Shaddam est la raison même qui fait qu'il n'aurait jamais dû recevoir en cadeau la gestion de Dune... Surtout après ses ennemis séculaires, les Harkonnens. Sa famille et celle du Baron sont ennemis depuis la bataille de Corrin : Le Bashar suprême Vorian Atréides a fait bannir, pour lâcheté, leur ancètre, Abulurd Harkonnen et toute sa famille sur le monde de Lankiveil. L'ironie du sort étant que les Harkonnens et les Atréides étaient autrefois deux familles amis. Double ironie, le père de Vorian, le Cymek Agamemnon, était le véritable monstre que Xavier Harkonnen et ses descendants combattaient avec courage, peu avant le jihad Butlerien... Il fut un temps ou la bannière des Atréides n'étaient pas si respectable, dixit Leto II dans "Emperor-god of Dune"...
Les Harkonnens veulent la mort de la famille Atreides. Et Leto, commandé par son devoir, obéissant envers l'empereur avec l'espoir de renverser la situation grâce aux fremens, quittera Caladan, et s'en ira sur Dune avec ses proches, son armée, sa femme, Jessica, et Paul, son fils.
Les Secrets de Dune.
Les Révérendes-mères Bene Gesserit, dotées de pouvoirs surhumains, manipulent le potentiel génétique de l'espèce humaine pour l'améliorer. Grâce à des techniques de croisements entre les famille et autres manipulations, elles cherchent à créer le Kwisatz Haderach, le "surêtre". Un homme capable de voir l'avenir et d'être "partout à la fois". Elles donneront l'ordre à Jessica d'engendrer une fille pour la marier à Feyd-Rautha Harkonnen, le neveu du Baron. Jessica n'obéira pas, et, par amour, donnera naissance à un garçon : Paul. Ce dernier se révélera-t-il malgré tout être l'élu?
Sur Dune, vivent les fremens, une population d'hommes et de femmes du déserts, farouches, guerriers et descendants d'esclaves zensuni et zenchiites enlevés pendant le Jihad Butlerien. Eux aussi possèdent leurs secrets : Sous l'impulsion de Pardot Kynes, planétologiste issu de Salusa Secundus mort avant l'histoire narrée dans le roman et père de Chani (future femme de Paul), ils transforment peu à peu Dune en jardin verdoyant. Mais il y a autre chose... Une légende circule, depuis des siècles et des siècles. Un messie doit venir des mondes extérieur. Un être supérieur qui les délivrera de l'enfer qui est le leur. Une légende en fait implantée sur de nombreuses planètes par les révérendes-mères pour assurer au Kwizatz Haderrach une retraite en cas de besoin.
Les évènements s'entrechoqueront. Leto, trahi par Yueh et Shaddam IV, sera renversé par des Sardaukars déguisé en soldats Harkonnens. Il se sacrifiera pour sauver ce qui reste de sa famille : Vladimir n'echappera que de justesse à la mort. Paul et Jessica devront fuir dans le désert, trouver les fremens et accomplir leur destinée finale : renverser l'empereur, se venger des assassins Harkonnens et instaurer une nouvelle monarchie qui allait durer pas moins de 3500 ans.
Mais il y a toujours un prix à payer.
Pour devenir un homme, pour devenir un empereur, pour devenir libre...
Il faudra aussi devenir un Dieu.
Mon avis.
Dune représente, tout comme les "Fondations" (Isaac Asimov) avant lui, LE roman-fleuve (quoiqu'assez court, pour un roman "fleuve") à l'origine de tout un genre de sf : les romans-univers. Si les volumes suivants traitent du même sujet, quoique de manière quelque peu différente (succèssivement essentiellement sous des angles politiques, poétiques, philosophiques, "historiques", ou - de nouveau - philosophiques dans le cas de la maison des mères), le premier livre, lui, est de prime abord un roman d'aventures.
Un roman d'aventures ? Est-ce tout ? Non. Dune est bien plus complexe. Certes, il montre un "Paul" particulièrement héroïque, un jeune homme qui se révèle comme étant l'être parfait : noble, puissant, le meilleur combattant de l'impérium, désinterressé, suprèmement intelligent (un mantat : un ordinateur humain) et dont le seul but, au-delà de la vengeance, est de préserver l'humanité du jihad à venir... Jihad dont sa seule présence parmi les fremens en est à l'origine. Pourtant Paul se révélera tout sauf manichéen. Si les personnages de Vladimir, de Shaddam, ou de Feyd sont bel et bien de natures intégralement belliqueuses, Paul montre une certaine ambiguité vis à vis du pouvoir qui lui est conféré : Tout en se battant pour éviter la croisade religieuse, il n'en reste pas moins que sous l'impulsion avouée de Jessica, il utilisera la ferveurs des fremens (mot évidemment dérivé de "free mens", les hommes libres, sous-entendus, du désert) pour arriver à ses fins : trouver sa vengeance contre ceux qui ont abattu sa maison et son père.
L'autre point qui se distingue dans le roman est la relation mère/fils et père/fils développée dans l'histoire. Le fait est que l'on peut y distinguer un fort complexe d'Oedipe entre les personnages. Or Dune est aussi un roman initiatique. Il narre le passage d'un adolescent (Paul a 15 ans, au début de la saga) à celui d'adulte. Nous avons ici un père assassiné et Paul devra prendre sa place et "tuer le père" pour trouver son indépendance vis à vis de Jessica - laquelle a une forte emprise sur sa psyché au début de l'ouvrage. S'il n'y a pas de relations explicite entre le fils et la mère - bien sûr - il est toutefois très notable qu'ils sont particulièrement proches. Le film "Dune" de Lynch installe d'autant plus cet ambiguité que l'actrice Francesca Annis, qui joue le rôle de Jessica face à Kyle Maclachlan (Maclaclan? Machelachlelan? Mac Lalanne? P...!) y est de toute splendeur et a l'air de tout ce qu'on veut tout sauf figure maternelle (Au pied, mes hormones! J'm'en vais vous fouetter, moi... bon, stop, je pête un câble, il est trois heures du mat'...)... Et le projet avorté de Jodorowski, semble-t-il, allait même plus loin dans ce sens...
Ce passage à l'âge adulte se fera aussi au travers du personnage de Chani et d'une relation romantique qui ne sera que très poussivement abordée dans le film de Lynch (j'y reviendrai dans un prochain article). La mère, vaincue, s'efface. Le père disparait. Paul, son extension, fait ses propres choix. L'autre élément notable de cette transformation est la classique mort symbolique que l'on retrouve dans d'autres oeuvres - tel par exemple "Star Wars" (qui doit beaucoup aussi bien à l'oeuvre que je cite ci-suit, à Dune ou à Fondation...), ou le "Seigneur des anneaux", etc... et même dans de nombreuses traditions ethniques (si l'on prend par exemple le baptème chrétien, sa signification originelle n'était rien d'autre qu'une mort suivie d'une renaissance dans le giron de Dieu, précisémment). Mort symbolique par la prise de "l'eau de vie" (tiens, tiens...) et accès à la majorité avec l'épreuve de la maitrise du ver des sables.
Le ver des sables... le dragon qui garde le trésor de Dune, l'Epice... Mais aussi utilisé ici comme un symbole, celui de l'inaccessible vérité, celui du passage à l'âge de la raison, aux responsabilités (il devra à terme choisir entre l'amour et son devoir). Paul doit vaincre ce dragon avant d'affronter ses dernières peurs : l'empereur lui-même et les Harkonnens, ses ennemis.
La religion... Si l'on peut noter que le mot "fremen" signifie homme libre, on ne pourra pas non plus passer à côté d'une autre ironie. Libres, les fremens le sont peut-être dans l'âme mais ils ne le sont pas dans leur foi. Et ils sont prisonniers de leur planète - à cause même de la richesse qui en fait l'unicité, à savoir l'Epice. Dune, leur monde, ne leur appartient pas et pourtant ils peuvent se mouvoir là ou d'autres ne peuvent pas. Sur un monde désertique évoquant immédiatement le rêve, la poésie, la liberté de l'esprit. Et pourtant, les "libres" fremens sont aussi des prisonniers de l'intérieur : ce sont des fanatiques, enfermés dans leur bulles... dans un cercle de croyances importées de l'extérieur, et entretenue par une Bene Gesserit exilée. A la fin, ils se révèleront comme un cancer, envahissant le moindre recoin de l'impérium, imposant à leur tour foi et violence. Les vaincus deviendront vainqueurs. Les hommes deviendront des saints. Quand ils seront des saints, ils deviendront des monstres.
Les hommes libres se feront dictateurs.
Une vielle histoire...
Le roman, formidablement écrit sur le fond, peut-être un peu faible pour ce qui est des descriptions de batailles (quoique très évocatrices), souvent excitant dans ses joutes verbales, philosophiques et politiques au travers de personnages forts et immédiatement identifiables, traite aussi du pouvoir et de sa nature dévastatrice. Paul - le personnage central - ne recherche pas le pouvoir. Il ne le prendra que parce qu'il l'estime nécessaire pour garder un semblant de contrôle sur le jihad à venir, lequel se révélera finalement inévitable. Mais les idéaux du héros seront d'autant plus mis à mal (perte de l'innocence - encore un aspect du roman initiatique) que ses choix extrêmes le rendront cyniques. Au bout du compte, le pouvoir finira par le perdre (Cf. Le messie de Dune). Paul, héros valeureux, proche d'un William Wallace ou d'un Robin des bois futuriste, ne contrôlera rien. C'est le pouvoir qui le contrôlera, faisant de lui un personnage shaekespearien, tragique, et finalement autodestructeur, autre aspect rarissime dans la sf des années 60.
Tout cela entre dans un contexte, celui d'une planète désertique (immuable - comme l'Empire - pendant des millénaires, puis changeante avec l'arrivée de Paul - comme l'Empire...), autour d'un sujet encore une fois original pour l'époque : l'écologie planétaire. Herbert utilisera le potentiel évocateur du désert pour le remplir de notre reflet, nos aspirations, nos responsabilités et nos vanités.
Le véritable trésor caché n'est pas l'épice. Ce n'est ni le pouvoir, ni la vengeance. C'est le désert lui-même. C'est l'âme humaine, le souffle épique et la liberté induite... ainsi que ses limitations, comme on le verra par la suite.
Die Hard/Piège de cristal
-Piège de Cristal (Die Hard)-
Production : Réalisateur : John MacTiernan. Scénario : Steven E. de Souza, Jeb Stuart. Basé sur le roman de : Roderick Thorp. Directeur photo : Jan de Bont. Musique : Michael Kamen. Sortie : 1988.
Interprète : Bruce Willis (John McCLane) , Alan Rickman (Hans Gruber), Alexander Godunov (Karl), Bonnie Bedelia (Holly Gennero McClane), Reginald Veljohnson (Le Sergent Al Powell), Paul Gleason (Dwayne T. Robinson), De'voreaux White (Argyle), William Atherton (Richard Thornburg), Hart Bochner (Ellis), James Shigeta (Takagi), Robert Davi (Big Johnson), Grand L. Bush (Little Johnson), Clarence Gilyard Jr. (Theo), Bruno Doyon (Franco), Andreas Wisniewski (Tony), Anthony Peck (Le jeune policier), Betty Carvalho (Paulina), Tracy Reiner (L'assistante de Thornburg), Robert Lesser (l’homme d'affaire).
L’histoire : Noël 1987. John MacLane, flic de LA, rend visite à sa femme à la tour Nakatomi Plazza, à New-York. Miné par leurs problèmes de couple, ils sont en passe de divorcer. Tandis que John s’isole, un groupuscule terroriste, mené par Hans Gruber (Alan Rickman, dans sa période « grand-méchant ») pénètre dans l’immeuble, bloque les issus et les communications avec l’extérieur et très vite prend tous ses occupants en otage. Le policier, seul, enfermé dans le bâtiment, entame alors une guérilla dans l’immeuble à un contre tous, pour survivre et sauver les otages parmi lesquels compte sa propre femme.
Question pour un vieux champion du monde... Qui connait « Nothing Last Forever » (« Rien n’est éternel ») ? Quelqu’un ? Personne ?
Ok... les présentations d’abord... Roderick Thorp est né le premier septembre 1936. Il est mort le 28 avril 1999 (Rip, merci...). Il a écrit le roman « Nothing Last Forever » dans les années 74/75. Ce livre n’était autre que la suite d’un autre ouvrage paru en 1968, intitulé "The détective" (adapté au cinéma par Gordon Douglas en 1968 - avec Ô surprise, Franck Sinatra dans le rôle principal, celui du détective Joe Leland qui n'est autre que le personnage original de John MacLane dans "Die Hard"... De là pourrait-on voir l'origine du faux air de Sinatra dans le jeu de Willis? Le choix d'avoir mis une chanson de "Noël" interprété par Sinatra à la fin du film serait-il un hommage discret au "premier" film ?). D’après les dires de l’auteur lui-même, Thorp s’est inspiré d’un rêve qu’il avait fait après avoir vu « La Tour infernale » (John Guillermin - 1974) pour créer une histoire à mi-chemin entre le genre « catastrophe » et « action ». Dans le roman (un peu plus psychologique que le film), déjà, le personnage se retrouvait à devoir sauter dans le vide, au bout d'une lance d’incendie pour échapper à ses poursuivants, en l'occurence une bande de terroristes (tous) allemands.
En 1987, la 20th Century Fox – qui dominait alors le marché du cinéma d’action – décida d’adapter le livre à l’écran.
Initialement, l’adaptation fut confiée à Jeb Stuart (Le fugitif) pour le scénario et à Carl Schenkel (plus tard auteur de l'inénarrable "Tarzan et la cité perdue"... on y a échapé belle...) pour la réalisation. Ce dernier avait déjà réalisé « Out of Order » (1985), avec Götz George (le futur « Schimanski » de la téloche). Out of Order narrait l’histoire d’un type coincé dans un ascenseur... De base un réalisateur qui paraissait donc idéal pour parler d’un autre mec coincé dans un immeuble. Toutefois, l’approche de Schenkel déplut à la production et se tourna finalement vers un autre metteur en scène, encore peu connu, mais déjà tout auréolé du succès de son précédent film, « Predator » (1987 – avec Gouvernator - cliquez le lien pour vos dons, merci...
Le Tournage.
L’heureux élu s’appelait donc John MacTiernan... Et le film qu’il allait réaliser allait le consacrer comme étant l’un des grands maîtres du cinéma d’action – au point que le premier Die Hard allait être copié, recopié, et photocopié partout dans le monde pendant les dix années suivantes (même encore maintenant...). Si l’on devait reconnaître les bons films à leur quantité de copies trouvables dans les vidéoclubs, alors Piège de Cristal, comme « Mad Max II » (1981) en son temps, en font indiscutablement partie.
La production fixa le budget à quinze millions de dollars, cinq semaines seulement avant le début du tournage. Le scénario fut remanié sur la demande du réalisateur. Plus d’humour, changement de nationalités pour les terroristes, personnages plus développés, plus stylisés, durée de l’histoire ramenée à une seule nuit... Steven DE SOUZA (48 heures, Commando, avec Arnold schwartzenexecuter...) opta pour le parti pris de faire de son personnage non pas un superman mais un « homme ordinaire dans une situation extraordinaire ».
Ce point allait faire la différence avec les productions courantes puisque l’époque était aux règnes des Conan, des James Bond, Superman et autre Rambo. Ramenant ainsi l’approche préférée d’Hitchcock pour ses personnages à un film d’action pur et dur, il trouva son inspiration dans un autre métrage moins connu du grand public : « Les chiens de pailles » (Sam Peckinpah – fable malsaine et hyperviolente avec un Dustin HOFFMANN assiégé avec sa femme dans une ferme anglaise par les bouseux locaux).
Bruce Willis (qui a débuté dans un rôle de bad guy dans "Miami Vice", alias "Deux flics à Miami" dans nos vertes contrées), alors fort d’avoir jouer dans une comédie de Blake Edwards ("Boire et Déboire" - 1988), et acteur principal de « Clair de Lune » (avec Cybill Sheperd), fut choisi pour tenir le rôle principal. Le choix fut assez audacieux si l’on considère, là-encore, ce qui se faisait à l’époque. L’idée était de prendre un acteur qui – même en bonne forme physique – soit suffisamment humain pour provoquer une identification immédiate (et Bruce avait encore des cheveux à l’époque).
Avec le producteur Joël Silver (depuis condamné à deux-cent cinquante ans de prison ferme pour assassinat de décors), ils commencèrent le tournage dans une tour toute neuve, encore partiellement en travaux, proche des plateaux de la Fox. Le propriétaire du building n’était autre que... la branche immobilière de la Fox, justement (petits malins...). Toutefois, ce choix ne fit pas que des heureux : les responsables de la tour firent tout ce qu’ils purent pour ralentir le tournage, craignant autant le bruit que les dommages sur l’immeuble.
Anecdote rapportée par MacT en personne : « Ils ont tout faire pour empêcher le tournage. Ils ont dit que la chute de la voiture de police le long des escaliers de l’esplanade allait écorcher les marches de marbre, malgré les protections que nous avions prévues, et ont donc exigé que nous préparions du marbre de rechange pour parer à toute éventualité. Or ce marbre n’existait qu’en Espagne. Il a fallu en apporter tout un lot par avion ».
Les problèmes s’accumulant (la réalisation n’est pas toujours de tout repos, n’est ce pas, « Will » et Air1...
Et puisque quand y a ce genre de problèmes, c’est pas le pied, on va parler des pieds de Bruce, justement (ok, la transition est faible... ). Afin de rendre le personnage de MacLane aussi vulnérable que possible, il avait été décidé qu’il passerait le plus clair de son temps pieds nus (ils auraient pu aller plus loin, mais finalement...). Pour bien faire, ils l’ont joué façon Hobbit : Willis a porté durant le tournage des bottines moulées en forme de panards, précisément. MacTiernan souhaitant pousser le concept, imagina sur le plateau la séquence de flingage de baies vitrées (une des meilleures du film), ce qui permettait au passage de mettre en valeur l’intelligence et l’ingéniosité de Gruber dans le film.
Anecdote : En réalité, la séquence fut réalisée par la société d’Sfx Boss Films, la boite de Richard Edlund (lequel avait précédemment « bossé » sur « 2010, odyssée II » et sur « SOS fantômes » - à ne pas confondre avec « Fantômas », merci), à l’aide de miniatures.
L'explosion du troisième étage.
Boss bossa sur les deux autres grandes scènes d’action du film : l’explosion de l’étage et l’explosion du toit. Dans le premier cas, ils utilisèrent une perspective forcée pour l’ordi tombant dans l’ascenseur, et une maquette pour l’explosion. Le problème rencontré fut que l’explosion sur la maquette semblait gigantesque, puis... inversement tandis que les flammes s’élevaient dans la cage d’ascenseur. Problème de proportion, monsieur MacT ? Ok, le réal en personne trouve la solution : le début de l’explosion fut tourné à 240 images par seconde, puis l’on coupa le moteur de la caméra, tandis que le filmage continuait. La pellicule, lancée par son inertie, continua d’enregistrer les images, mais à vitesse descendante, ce qui permit ainsi de rétablir les proportions des flammes par rapport à la cage d’ascenseur.
L’explosion de l’étage, à l’inverse, fut un effet réalisé sur le plateau à l’aide de centaines de flashs répartis le long du troisième étage du bâtiment. Le reste (les flammes), avec une miniature peinte en noir. Les images mélangées, le tour était joué. C’est grosso modo le principe de caches et contre-caches utilisés sur le tournage de « Blade Runner » (décrit dans l’un de mes précédents articles, donc).
La destruction du toit...
Boss Films s'appuya sur la maquette de l’hélicoptère fourni par Larry Jolly pour choisir les proportions de la miniature de la tour. Pour garder le bon timing, l’hélicoptère fut relié au toit et fit donc office de détonateur. Lorsque que le premier chutait et explosait, le deuxième suivait, déclenché par le fil de l’hélico.
Anecdote : les différentes maquettes étaient disposées sur le parking de Boss Films... (ok, elle un peu gratuite, l'anecdote...
"Piège de Cristal" est donc le premier film d’action à mélanger le genre catastrophe, violence, psychologie et personnages humanisé. Se distinguant par une mise en scène énervée, il démontre la plus grande qualité de MacTiernan, celle souvent mise en avant par les madnautes, à savoir le sens de l’espace. A chaque moment, l’on sait où l’on est, qui est où, qui est qui et où est quoi. Le réalisateur utilise chaque parcelle de son terrain (comme sur « Predator », sorti l’année précédente) de jeu pour mettre en valeur des situations toujours plus folles, sans jamais négliger ses personnages :
Gruber n’est pas un terroriste ordinaire, c’est avant tout un homme qui a perdu la foi en ses opinions politiques, un cynique intelligent, intellectuel coincé au milieu d’un univers en plein changement (le terrorisme à la Baader vivait sa fin à la même époque). C’est un voleur.
MacLane est un flic de la rue, trop souvent dehors, négligeant sa famille, tandis que sa femme, campée par une Bonnie Bedelia qui trouvera ici son rôle le plus marquant, trouve refuge loin de son couple pour se plonger dans une carrière qui déplait à son mari. Maclane, pur obstiné, se sent dépassé par sa femme. Il trouvera donc la rédemption de son couple dans son acharnement à sauver les otages de l’immeuble, prouvant ainsi à la demoiselle en détresse l’importance et la folie de son activité. Rien n’arrêtera le personnage. Les terroristes sont quinze ? Qu’importe, il les élimine les uns après les autres au cours de séquences ébouriffantes d’efficacité qui non seulement feront date mais qui deviendront même les maîtres-étalons des films d’actions à venir (sans parler des démarcages évident que seront « Piège à grande vitesse », « Passenger 57 » ou « Mort subite »). Cette même efficacité est autant due à la mise en scène de MacTiernan qu’à sa volonté de stylisation, de caractérisation de ses personnages. Chacun d’entre eux a son style, est immédiatement identifiable – même si leur importance reste variable. L’impact de la mort de chacun est d’autant plus fort et chaque décès se veut réaliste. Pour exemple, le combat entre le danseur russe Alexander Godunov (qui avait vraiment la trogne de l’emploi. Pour info, ce transfuge évadé de l’ex URSS – voir le lien plus haut, car cette partie de sa vie vaut bien un roman à lui tout seul – est malheureusement décédé, trop jeune, en 1995) et MacLane est brutal, de plus en plus barbare, (jusque dans les dialogues : « Je vais te buter, je vais te cuire et après je vais te bouffer ! » Voilà de la réplique comme je les aime...). Tandis que les séries A d’action se faisaient parfois un peu timides (à quelques exceptions près et je ne parle pas des films de séries B fantastiques comme nous les apprécions, nous, les madeux), axant généralement sur une violence graphique très BD, MacT n’hésite pas à montrer les impacts de balles, les genoux explosés, la viande... Une certaine idée du bonheur, quoi..
Maclane, quant à lui, ne peut pas être plus caractérisé : pieds nus, dans un état de plus en plus discutable (une balle dans l’épaule, les pieds en sang, la face en vrac, ça ne devrait pas aider à reconquérir sa belle, pourtant... ), il parle au sergent Powell (Reginald Veljohnson, dont le rôle fut tellement marquant qu’il joua un personnage de policier particulièrement similaire dans le Sitcom « Family Matters », entre 1989 et 1998), de ses propres déboires. Powell... un personnage issu tout droit des techniques du scénariste et de MacTiernan pour provoquer une identification totale au personnage de MacLane. Entre deux fusillades et autres morceaux de bravoure, tandis que les terroristes s’organisent comme ils peuvent pour éliminer le héros et récupérer les explosifs pour le toit, John s’épanche sur l’épaule radiophonique de Powell, personnage rendu plus humain que l’humain : bon père de famille (tiens, tiens... je vais y revenir), bon policier, compréhensif, il se fait vecteur auprès du public des faiblesses et des peurs de Maclane pris dans ses situations inextricables.
Le flic assiégé, seul, plaisante, ironise, fait le bravache (pour le plus grand plaisir du spectateur), mais il est humain et il faut le rappeler de temps en temps. Telle est la fonction première de Powell. Le Sergent n’est autre que l’humain à l’intérieur du superman qu’est en passe de devenir John MacLane. Il remplit la fonction tenue par Holly, au début du métrage, à savoir rendre ML aussi humain que possible tandis que l’histoire l’envoie tout droit au charbon, seul, comme un grand, pour affronter ses propres douze travaux. Personnage réduit à sa seule fonction ? Non. Le personnage est aussi fouillé que possible, compte tenu de la durée de sa présence dans le film. Il a une histoire (la mort d’un gamin sur la conscience), une vie (sa femme est enceinte) et un sale caractère doublé tout de même d’un certain humour. De même, la femme de MacLane est elle-même caractérielle, et a la réplique facile. Aucun personnage important du film n’est jamais négligé. Argyle, autre expression d’une volonté d’identification, personnage comique du film, Sidekick involontaire, aura lui-même son heure de gloire en stoppant la fuite de Théo, à la fin du film. Qu’en conclure ? « Que vous tous, pouvez devenir un héros ?... ».
La ville...
Le métier de flic, c’est la rue. L’extérieur est le danger. En tant que flic, Maclane est donc celui qui empêche l’extérieur et ses dangers de pénétrer à l’intérieur de la maison (la famille). Ici, nous avons un policier qui se doit de faire face avec l’ennemi intérieur, celui qui a passé les barrières de l’extérieur pour venir agresser l’intérieur. Bons, méchants, lâches, courageux, tous sont prisonniers de leur tour d’Ivoire (seul contact avec l’extérieur : la radio), tandis que les policiers et le FBI (dont Robert « Profiler » Davi – sans doute sorti tout droit de Maniac Cop II... et de James bond « Permis de tuer ») s’efforcent d’entrer à l’intérieur. Même les flics représentent un danger pour les otages prisonniers. Mal leur en prendra, car ils finiront en barbecue...
MacLane doit donc faire le choix draconien de garder les flics à l’extérieur tout en combattant à l’intérieur. Les médias, vecteurs des exploits de Maclane (caractérisation du héros porté à son maximum par les commentaires des journalistes – pourris au demeurant) servent ici à développer l’impact de chacune des actions du personnage central (et nous interroge au passage sur le rôle et les effets du métier de journaliste). Il en va de même pour la femme de MacLane, qui ne tremble pas devant les terroristes mais qui, à la limite, tremblerait pour eux si elle n’était pas dans la plus mauvaise des situations. La famille plus forte que le mal, la résolution des problèmes par la violence, voilà bien un thème que l’on retrouve souvent dans les productions américaines. Bande de cow-boys, tiens... mais quel film !
Le réalisateur ne manquera pas d’associer à ce monde de brutes des situations de suspens totalement psychologique : entre le cliché du preneur d’otages autorisant le fauteuil pour la Miss enceinte jusqu’aux cheveux (empruntés à Bruce Willis ?) et la confrontation verbale entre un Gruber jouant les otages et un Bruce Willis pas dupe du tout, le metteur en scène distille à la fois le stress et les personnalités... avant de tout faire exploser, bien sûr !
Seuls contre tous. Maclane ou MacTiernan, même combat. Le réalisateur, sur ses films suivants, passera le plus clair de son temps à défendre son travail contre des producteurs qui ne cessèrent depuis à remonter ses films (tout spécialement le 13ième guerrier... Snif... Soupir...).
Film au succès foudroyant, « Piège de Cristal » engendrera donc deux suites : « 58 minutes pour vivre », en 1990 (dont le scenario fut tiré d’une nouvelle intitulée « 58 minutes » de Walter Wager), de Renny Harlin – par ailleurs auteur d’un autre chef-d’œuvre, à savoir « l’exorciste, the Beginning (rire), et « Une journée en enfer » , en 1995, de nouveau réalisé par John MacTiernan (un vrai bijou, celui-là, si on excepte la fin proprement massacrée par les producteurs) et dans lequel MacLane affronte le frère de Gruber, Simon Peter. Il pourrait bien y avoir un quatrième en préparation... (Bruce s’étant acheté de nouveaux cheveux?). Plusieurs jeux vidéos, par ailleurs, ont adaptés le personnage et les aventures de Maclane sur différentes plate-formes : « Die Hard : Piege de Cristal », « Die Hard Trilogy », « Die Hard Trilogy 2 : Viva Las Vegas », « Die Hard : Vendetta », et « Die Hard : Arcade ».
Des blogs d'artistes !
Définition du madnaute (dictionnaire Zhora Larousse, en exergue du livre des ombres et du Necronomicon...) : Poète du cinéma, rêveur et geek (ou nerd, on finit par ne plus savoir...) de la moindre nouvelle sortie cinématographique et oscar de la râle critique. Accessoirement des visiteurs réguliers et sympathiques du site Web "Mad Movies" (magazine du cinéma fantastique reconnu).
En voici trois d'entre eux : Hasgarn, Gillesbd et Carbonizer... Quelques exemples de leurs illustrations, présentées ci-suit, vous calmeront tout de suite si vous croyez savoir dessiner... Là, ça sent le talent!
Le blog de Slasher - crée il y a peu - vous permettra d'avoir quelques informations passionnantes au sujet du film Evil Dead. A ne pas manquer, donc!!!! Le blog d'Hasgard vous permettra aussi d'avoir d'autres critiques, analyses et infos diverses indispensables sur des films tels que "Innocence" pour ne citer que cet exemple.
Pour en savoir plus sur ces jeunes graphistes ou dessinateurs, référez-vous aux blogs indexés en bas à gauche... ou cliquez sur les hyperliens :
-Gilles : http://www.blog.ca/index.php/gillesbd
-Hasgard : http://www.gamekult.com/blog/arkadie/
-Carbonizer : http://somethingatthewindow.over-blog.com/
-Slasher : http://slasher.blogs.allocine.fr/
-Kat (pas une madnaute, mais talentueuse tout de même ) :
http://spaces.msn.com/katkatou2/
Ils attendent vos commentaires (élogieux, forcément...)
Bon Surf!!
Blade Runner - La critique.
-BLADE RUNNER – La critique –
Réalisateur : Ridley SCOTT. Production : Michael DEELEY. Scénario : Hamton FANCHER/David PEOPLES, d’après Philip K. DICK. Photographie : Jordan CRONENWETH. Chef décorateur : Lawrence PAULL. Directeur artistique : David SNYDER. Responsable des concepts visuels : Syd MEAD. Costumes : Charles KNODE. Montage : Terry RAWLINGS. Musique : VANGELIS. Sfx plateaux : Terry FRAZEE. Effets visuels : Douglas TRUMBULL/Richard YURICICH/David DRYER. Photographie des miniatures : Dave Stewart (mais non, pas le chanteur... bande de nazes...). Superposition optique : Robert HALL. Chef Maquettistes : Mark Stetson. Peintures sur verre : Matthiew YURICICH. Animation : John Walsh.
Interprètes : Harrisson FORD (Deckard), Rutger HAUER (Roy Baty), Sean YOUNG (Rachel), Edward James OLMOS (Gaff), M. Emmett WALSH (Bryant), Daryl HANNAH (Priss), William SANDERSON (J.F. Sebastian), Brion JAMES (Leon Kowalski), Joe TURKEL (Docteur Eldon Tyrell), Joanna CASSIDY (Zhora (alias Miss Salomé), James HONG (Chew), Morgan PAULL (Holden), Kevin THOMPSON III (Bear), John Edward ALLEN (Kaiser), Hy PYKE (Taffy Lewis), Kimiko HIROSHIGE (La Cambodgienne), Bob OKAZAKI (Le patron du Sushi), Carolyn DEMIRJIAN (La prostituée), Kelly HINE (la strip-teaseuse), Rose MASCARI (Patron de bar).
Durée : 1 h 56.
Sortie US le 25 juin 1982
Los Angeles, 2019.
Devenue une gigantesque mégapole surpeuplée, sale, cosmopolite, la ville de Los Angeles est le théâtre de l’évasion d’un groupe de « réplicants », androïdes organiques créés par l’homme pour l’aider dans le cadre de dangereux travaux pour la colonisation des planètes du système solaire.
A la suite d’une révolte, les Réplicants sont interdits sur Terre. Une unité spéciale de chasseurs de primes payés par la police est crée pour les traquer sur terre. Ce sont les « Blade Runners ».
A la suite de l'évasion de quatre Nexus 6, modèles des plus dangereux, intelligents, fort et agiles parmi les réplicants, Rick Deckard, ancien Blade Runner, doit reprendre du service, retrouver ses proies et les éliminer un par un. La recherche de ses deux hommes et de ses deux femmes s'avère difficile car ils sont semblables en tous points à l'être humain, à la différence près qu'ils n'éprouvent en principe aucune émotion... Mais est-ce si vrai que cela ?
Et si, un jour...
PS. Ci-suit, plus bas, j’ai indexé quelques photos du film, dont des photos tirées de séquences coupées au montage tel qu’on le connaît actuellement !!
Au début du 21° siècle, la Tyrell Corporation a permis à la robotique d'entrer dans la phase NEXUS : Un être en tout point identique à l'homme, connu sous le nom de Réplicant.
Les Réplicants du modèle NEXUS 6 sont d'une force et d'une agilité supérieure à celles de leurs généticiens, et d'une intelligence au moins égale.
Les Réplicants étaient utilisés comme main d’œuvre sur les colonies de l'espace, lors de missions d'exploration ou de colonisation de planètes extraterrestres.
Après la sanglante mutinerie d'une équipe de combat NEXUS 6 dans une colonie de l'espace, les Réplicants ont été déclarés illégaux sur Terre, et passible de la peine de mort.
Des unités spéciales de la police, les unités BLADE RUNNER, ont reçu pour ordre d'éliminer le moindre Réplicant présent sur Terre.
Il ne s'agit pas d'une exécution
Le terme employé est retrait
Fondu au noir.
Los Angeles apparaît. Torturée par la multitude de spinners vrillant le ciel brûlé par les cheminées géantes des industries locales, immense mégalopole enfumée, polluée, L.A., la cité des anges nous offre la vision d’un univers de Dante, infernal, surpeuplée et plus inhumaine que jamais. Telle est la première vision marquante du film. La patte visuelle de Ridley Scott est immédiatement reconnaissable, enchaînant ses plans sur la mégapole reflétée dans l’œil du Blade Runner Dave Holden, observant cet enfer urbain juste avant d’interroger Léon et se faire plomber par le réplicant découvert
Le film, réalisé par Ridley Scott (plus tard auteur de « Gladiator » ou, plus récemment, de Kingdom of Heaven ») constitue la seconde incursion du réalisateur de la science-fiction, et son troisième film après les « duelliste » en 1977 avec Harvey Keitel, et « Alien », premier film a mélanger de façon réaliste SF, film d’horreur et quotidien futuriste sale. Sortant de l’échec de la production « Dune » (lequel sera finalement réalisé par David Lynch, sous la houlette du producteur Dino De Laurentiis), il s’atèle donc à « Blade Runner », adaptation du roman de Philip K. Dick.
L’écrivain, auteur du livre « Blade Runner » (en fait titré ainsi après la sortie du film, le titre original étant « Do Androïds dream of electric sheept »), n’aura pas le temps d’assister à la sortie du métrage au cinéma : il décèdera peu avant et n’aura que le temps de voir les Rushes et le premier montage. Dick s’est toutefois révélé très ému devant l’adaptation de son oeuvre (il aurait pleuré en le voyant).
Le temps aidant, malgré l’échec financier du film à sa sortie, plus personne ne peut véritablement nier qu’il s’agit en effet d’une réussite (même si l’on pourrait critiquer un des aspects de celui-ci : La date à laquelle il se passe, à savoir 2019, sans doute trop proche par rapport à la technologie décrite... mais il y a peut-être une raison, dont je parlerais ensuite, à cela).
Le film, comme le livre, est une réflexion sur l’humain et sa nature. Si le livre nous épanche d’un débat sur le « Mercerisme », sorte de version SF du socialisme (soulignant la perte d’identité individuelle des humains au sein de la société – sujet couramment abordé dans le roman, qui a été écrit 20 ans après le « 1984 » de George Orwell), d’une Terre ravagée par les radiations (soulignant la perte d’identité physique des humains dans leur société...), et d’une réflexion sur l’Eugénisme (l’interdiction des humains irradiés, au patrimoine génétique muté, de quitter la Terre) face à l’homme nouveau (les réplicants, sans âme, plus fort, plus rapide et plus intelligents), le film s’implique davantage au conflit qui oppose l’homme à son double, le réplicant, sous l’angle de l’esclavage, de la liberté et de la différence, en nous gratifiant, tant qu’on y est, d’un débat sur les relations humaines au sein d’une société déshumanisée, tout en le doublant d’un autre sur la nature de Dieu et de ses rapports avec la science et ses créations (Cf. Le personnage d’Eldon Tyrell, présent dans le roman sous un autre nom, celui d’Eldon Rosen).
Les personnages, tout d’abord.
Nous avons Rick Deckard (Harrison Ford, au faîte de sa carrière), présenté comme un Bogart futuriste, un privé désabusé, solitaire, et écœuré par son travail. L’homme trouve refuge dans son appartement perpétuellement coupé entre l’ombre et la lumière, hanté par les photos de ce qui semble être sa famille (comme un moyen de se raccrocher à un passé hypothétique, une identité difficile à conserver dans ce monde cosmopolite qu’est devenu L.A.). Deckard/Bogart trouve son réconfort sur le balcon, un verre de whisky à la main, tandis que les spinners de la police défilent à toute vitesse à mi-hauteur de son building.
Deckard, prisonnier de son rôle de chasseur après que Dave Holden, autre Blade Runner, se soit fait descendre par l’un des réplicants recherchés, à savoir Léon Kowalsky (interprété par feu Brion James), a abandonné son travail parce qu’il commençait à ressentir trop d’empathie envers ses cibles.
Nous avons Roy Baty (le pas encore bedonnant Rudger Hauer, dans sans doute l’un de ses deux ou trois meilleurs rôles) brute en perpétuelle recherche de rédemption (« J’ai aussi fait des choses très discutable » dira-t-il à Eldon Tyrell), qui cherche à s’introduire dans la Tyrell Corporation afin de rencontrer son créateur, Eldon Tyrell, et découvrir un moyen de sauver sa femme, Priss (Daryl Hannah).
Nous avons Priss (Daryll Hanah, pas encore petite amie de feu John John Kennedy et ex mannequin par ailleurs sortie de « Splash » de Ron « boule de billard » Howard, Aka « Richie Cunningham » dans « Happy days »), justement, femme légèrement Lolita, championne de catch acrobatique (sic !), personnage froid, mais amoureuse de Roy, qui se prendra d’affection pour JF Sébastien, généticien de la Tyrell.
Zhora, le troisième réplicant du groupe d’évadés, trouve sa voie non pas en se cachant mais en se montrant... C’est par elle et son ami Léon que tout arrivera, que Deckard remontra la piste des Réplicants. Elle trouve sa liberté dans le spectacle, dans la reconnaissance de l’humain (sans que ceux-ci ne découvrent sa véritable identité). Zhora, par ailleurs tueuse pour le gouvernement dans sa vie de réplicante, rêve d’une vie d’opéra, de chant et de paillettes... elle se réfugiera lamentablement dans un bouge. « la belle et la bête, elle est les deux », comme le dit si bien le commissaire Bryant (l’esclavagiste même, raciste, qui ne parle que de « gueules d’humains » pour désigner les réplicants). Cette dichotomie entre la nature présumée des réplicants et leurs aspirations réelles reflèteront tout le fondement du film.
Le quatrième réplicant, Léon, lui, se trouve dans ses collections de photos, lesquelles font dangereusement écho à celle de Deckard, et sa recherche d’une famille (il tuera Holden après que celui-ci lui ait demandé quels souvenirs il a de sa mère...). Chacun d’entre eux recherche son propre humanité. Telle est le thème du film dont on retrouvera la solution dans le personnage clé de Rachel Tyrell (Rachael Rosen, dans le roman).
Le nœud de l’affaire.
Lorsque Deckard se rend pour la première fois dans le building de la Tyrell, afin de tester la méthode Voight-Kampf – il y découvrira trois choses. Un : les réplicants Nexus 6 ne bénéficient que de quatre ans de vie. Deux : que les réplicants n’éprouvent pas d’empathie et que la seule façon de les rendre à peu près humain est de leur implanter des souvenirs artificiels (thème que l’on retrouve d’ailleurs dans Total Recall, du même écrivain). Et trois, il découvre Rachel.
Rachel, pseudo nièce d’Eldon, n’est en fait autre que le réplicant de celle-ci, la vrai, la « donnante » ayant été perdue lors d’une mission dans l’espace. Rachel bénéficie de faux souvenirs lui donnant l’illusion d’être pleinement humaine. Rick utilise le test Voigt-Kampf sur elle, découvre la vérité : Tyrell expliquera à Deckard que les souvenirs sont le coussin émotionnel pour l’homme, et peuvent l’être aussi pour les réplicants qui – eux – n’ont que quatre ans pour apprendre des sentiments qui sont évidents pour l’homme. « Plus humain que l’humain », telle est la devise de Tyrell.
La question deviendra très vite : combien de réplicants ont bénéficié de cette technologie ? N’est-ce pas un moyen d’évasion idéal pour le réplicant en fuite ? (question qui m’amènera au spoiler le plus important du film, mais patience !).
Rachel apprendra la vérité sur elle-même. Ne supportant plus sa condition de demi-humaine, elle s’évadera de chez Tyrell, se rendra chez Deckard comme pour le forcer à la rassurer. Vain espoir. Ses souvenirs sont factices et il lui ne lui reste que quatre ans de vie maximum.
Pourtant, et le nœud du problème est bel et bien là : si les réplicants perdent cette différence constituée par ses fameux souvenirs artificiels, qu’est ce qui les différencie des êtres humains ? Le seul fait de leurs quatre ans de vie ? Et dans ce cas, quelle est la valeur morale de leur condition d’esclaves ? L’esclave, autrefois, n’était pas considéré comme un être humain. Il était considéré comme un sous-homme. L’histoire se répète avec les réplicants.
D’autres questions : qu’est ce qui fait d’un être humain, un être humain, précisément ? Ses souvenirs ? Son éducation ? Son âme (et là, entre la problématique de Dieu, d’où la présence de Tyrell et du conflit moral de Roy Baty) ?
Les réplicants peuvent tuer. Mais les hommes en sont aussi capables (notamment Deckard, dont c’est le métier).
Les réplicants peuvent aimer. Roy aime Priss, et réciproquement, sans parler de Deckard et Rachel.
Les réplicants peuvent comprendre le sens de la vie. Roy finit par choisir de sauver Deckard, tandis que celui-ci est prêt à tomber dans le vide. Rachel sauvera Rick de Léon au moment où celui-ci manque d’être tué par le Réplicant.
Les réplicants peuvent ressentir le manque affectif. Leon ne collectionne-t-il pas des photos de famille ?
Les différences fondamentales entre l’homme et sa création se sont effacées. A ce titre, l’on pourra rapprocher d’ailleurs le roman et le film « Blade Runner » d’une autre oeuvre classique plus ancienne et non moins remarquable : Frankenstein, de Mary Shelley. Là encore, déjà, la différence entre le créateur et sa créature s’efface au point qu’au final, la créature, pourtant meurtrière, ne peut que remporter l’adhésion au détriment du créateur, le bon vieux docteur Frankenstein.
« Blade Runner » est donc, dans le fond une revisite de l’œuvre de feu la veuve du poète anglais Percy Shelley (lequel peut au passage remercier sa femme : il serait probablement oublié de l’histoire sans elle...).
Les réplicants peuvent même apprendre, avec ou sans souvenirs implantés. Rachel sauvera la vie de Deckard, par amour. Roy Baty, au terme d’une course-poursuite cauchemardesque, malgré ses actes passés, finit par sauver la vie de Rick Deckard, pourtant venu pour le tuer, et lui fait une magistrale leçon de vie et de liberté, au travers d’une fascinante, magnifique et définitive description de sa vie passée dans l’espace :
« Si vous, humains, pouviez voir ce que j’ai vu... J’ai vu de longs navires en feu, dans l’ombre des portes de thannahauser... Et tous ces souvenirs se perdront comme les larmes au milieu de la pluie ».
Cette même liberté se trouve sans arrêt illustrée par SCOTT avec cette image emblématique de Baty tenant une colombe (MAIS NON, CE N’EST PAS UN PIGEON, MECREANT ! LESE-MAJESTE !) entre ses mains avant de sauter par-dessus le gouffre qui fera de lui un être humain à part entière... Humain ou plus qu’humain ? Baty réussit là où Deckard échoue : sauter entre les immeubles. Deckard, notre Bogart de service, n’est qu’un être humain. Baty (géant blond... étrange manière d’inverser les « codes » de l’esclavagisme et du pseudo humain supérieur entre parenthèse, puisque ici, c’est l’humain supérieur, l’esclave. Et celui-ci, dans le film, n’est théoriquement inférieur que sur le plan moral – un pied de nez aux idées malodorantes aussi amusant que bienvenu) lui est supérieur.
La famille.
L’homme, déshumanisé au sein de sa cité tentaculaire, de sa technologie (rapprochant au passage « Blade Runner » de la thématique de « 2001 ») doit faire face aux androïdes, produits de cette même technologie, lesquels, même aigris et perdus, semblent plus à l’aise dans leur univers. Les Réplicants représentent le pendant de la solitude de Deckard. Les réplicants, même seuls, sont solidaires les uns des autres. Roy et Priss sont le mari et la femme. Léon et Zorha sont les amis proches. S’ils n’ont pas d’enfants, Roy semble réagir avec JF Sébastien comme un père le ferait avec lui. Il joue avec lui, lui parle... tandis qu’à l’inverse, Roy et Priss, êtres artificiels, trouvent refuge dans le monde de Sebastien, peuplés d’automates en tout genre. Comme si les deux êtres n’étaient rien de moins que l’expression ultime de sa réussite technique, et son palliatif social et émotionnel. Sa famille. Ses robots et désormais Priss et Roy. JF Sébastien, être maladif subissant une maladie dégénérescente qui le vieillit plus vite que la normale, trouvera refuge et fantasme au milieu de ses inventions mécaniques. L’homme, au sein de sa technologie, est seul. Les réplicants - l’imitation de l’homme - ne le sont pas. Deckard, l’humain, n’a pour lui que ses photos. Il ne trouvera qu’une proximité émotionnelle avec... une réplicante, autre création de Tyrell.
Et pour cause (spoiler) : dans la version initiale de SCOTT, Deckard se révèle être lui-même un réplicant, L’un de ceux qui se sont évadés, le mystérieux réplicant manquant dont il est fait allusion au début du film : lorsque Bryant donne l’affaire à Rick Deckard, il parle d’abord de six réplicants évadés. L’un d’eux est électrocuté, il devrait en rester cinq, mais on donne l’ordre à Deckard de n’en rechercher que quatre. La confusion est d’autant plus importante qu’au milieu du film, on nous sous-entend que Rachel est la mystérieuse réplicante manquante, or, celle-ci a toujours été au service de Tyrell et ne peut pas faire partie du lot des évadés.
En revanche, il est difficile de ne pas s’apercevoir que le comportement de Deckard se rapproche souvent de celui de Léon (la collection de photos), sans parler du fameux rêve de licorne qu’il fait au milieu du film (la licorne étant un symbole du Dieu dans la création). Deckard serait alors un réplicant qui se serait fait implanter une mémoire artificielle et qui aurait tout oublié de ses véritables origines.
D’après les dires de Scott lui-même, Rick Deckard est bel et bien un réplicant, et l’on aurait une partie de la clé du mystère lors deux séquences coupées au montage, séquences qui montraient Holden, sur son lit d’hôpital (après qu’il se soit fait tiré dessus par Léon dans l’immeuble de la Tyrell Corporation), et Rick discutant ensemble de l’affaire (je rappelle que le film a été remonté et que Ridley Scott n’a pas eu le bénéfice du director’s cut).
La fin, lorsque Deckard découvre la licorne de papier, laissé par Gaff, le flic interprété par Edward James Olmos, prendrait alors un tout nouveau sens : au lieu de n’y voir que le seul refus définitif du système, nous aurions un Deckard assumant pleinement sa nature d’homme traqué, de réplicant d’avance privé de vie et de destin, s’enfuyant – sans aucun doute en vain – dans la nature au bras de Rachel, autre réplicante, tels des "Adams et Eve" fuyant le paradis technologique dont ils sont issus. Ce qui nous donnerait non plus seulement une fin pessimiste, mais un nouveau symbole, puissant, à la fois représentatif du rapport entre Dieu et ses créatures, et du rapport entre l'homme et ses créations... Les deuxièmes choisissant de couper le cordon avec le premier pour disparaître dans la nature, libres mais traqués. Une (très belle et triste) fin qui résout la totalité des enjeux et des questionnements présentés d'une seule pièce. Le coup d'éclat final, à l'heure d'aujourd'hui, amputé de son information maîtresse - le Deckard réplicant, donc - permettant une analyse complète de cette fin (excepté quand on connaît le spoiler en question bien sûr ! Et encore... Tant qu'on aura pas vu le premier montage du film...).
Les créatures sont devenues humaines, Désormais dotées d’un véritable libre-arbitre, plus rien ne les distingue de leurs créateurs.
Le créateur et l’enfant prodigue.
Le très kubrickien Joe Turkel (il jouait « Lloyd le barman fantôme » dans le "Shinning" adapté du roman de Stephen King par Stanley Kubrick – 1980, et dans les sentiers de la gloire du même auteur - 1958), froid comme la glace, inhumain, semblant éprouver encore moins d’empathie pour l’être humain que ses créatures, interprète Eldon Tyrell. Il aura, donc, dans le fond, crée les réplicants à son image. Pourtant, recherchant « le plus humain que l’humain », il trouvera sa pleine satisfaction avec Roy Baty, capable, lui, d’éprouver des sentiments. Nous avons donc d’un côté Tyrell, personnage solitaire, distant, et enfermé dans sa tour au milieu d’un monde surpeuplé, qui se recrée une famille à son image via ses créatures. Et ses créatures en fuite, traquées, qui dépassent le stade imposé par le créateur et qui, frustrée par leur condition d’esclaves à la courte vie, finiront par détruire le créateur (comme le monstre de Frankenstein le fera pour les mêmes raisons dans le roman de Shelley). La thématique de la famille perçue subtilement par le biais d’un scénario brillant signé par notamment par David Peoples (auteur du scénario de « l’Armée des douze singes » - remake du court-métrage la « jetée », de Chris Marker – 1962 - réalisé par Terry Gilliam en 1995. Et auteur, par ailleurs du script de « Soldier », film réalisé par Paul Anderson – 1998 – avec Kurt Russel. Il faut noter que « Soldier » a été initialement conçu comme étant une « sidequelle » à « Blade Runner », les deux films se déroulant dans le même univers. Dans Soldier, métrage qu’Anderson a généreusement foiré, on peut d’ailleurs distinguer un spinner sur la planète « poubelle », à l’endroit où le sergent Todd finit après son propre « retrait ». Par ailleurs, Todd, joué par Russel, a participé à la bataille de Thannahauser, comme le personnage de Baty dans « Blade Runner »).
Tyrell, Dieu froid, essentiellement cérébral, finit assassiné sous le coup de l’émotion ressentie par ses créatures, sous le regard de JF Sébastien (dont le destin est un peu flou, dans le film – quoique dans les romans qui font suite au film, le personnage en question est « ressuscité » et utilisé d’une façon qui rappelle beaucoup le personnage de "Mercer" du roman original). Le créateur, fier de sa création, a trop bien réussi sa créature et en paye le prix lors d’une séquence pour le moins douloureuse et légèrement rallongé pour la version cinématographique de 1989.
La ville tentaculaire.
Pleinement un symbole de la société moderne, la cité, notamment L.A. (l’une des plus grandes villes du monde, en terme de superficie) est un monde envahi par la technologie, comme par un cancer : les vieux immeubles sont surplombés par de nouveaux, construits sur les fondations de l’ancien. Les voitures, anciennes, sont transformées en voiture moderne, le ciel est envahi de publicités (de marques connues, dont certaines ont d’ailleurs disparue depuis), de dirigeables prônant l’évasion de l’espèce humaine dans l’espace, et de spinners (de « glisseurs », en français). L’on retrouve même cet aspect « Cancer » sur la population elle-même : le mélange entre la tradition envahi par la technique (les parapluies-néons), les langues difformes (Gaff parle un patchwork, un « argot » des rues, mélange d’un peu toutes les langues parlées dans L.A.), certains figurants arborent des yeux artificiels ou des membres artificiels... la météo rendue folle par la pollution des industries... La perte de l’humanité, bouffé par la technologie, est partout, et non seulement dans les relations humaines. Sur ce plan, le film pourra être rapprocher (d’une toute autre façon) de « Silent Running » dont j’ai parlé plus tôt. La ville dévorante s’oppose totalement en terme de contradiction avec l’humanité naissante des Réplicants, face à la déshumanisation de l’espère humaine. Prélude d’un avenir voulu comme réaliste dans le film, la ville se fait acteur dans "Blade Runner" – plus que n’importe quel autre film – pour entrer de plein pied dans la thématique des personnages présentés. A ce titre, la proximité de la date « 2019 », et son mélange de technologie ultra-futuriste et de style passéiste se révèle être un choix logique et en définitive justifié.
Voilà donc ce qu’est « Blade Runner » : un long questionnement qui pourrait se résumer à « qui sommes-nous » ? (homme ? créature de Dieu ?), « que sommes-nous ? » (la famille, les relations humaines), et « où allons-nous » ? (l’évolution des Réplicants, la société urbaine environnante, la déshumanisation), et au final un questionnement sur l’autodétermination. Blade Runner", loin d’être un film d’action, est un chef-d’œuvre qui prend son temps, qui s’attache aux relations entre les personnages, leur nature et leurs univers respectifs, une fable immense et philosophique, noire, sur la destinée humaine.
Il faut souligner, pour finir, que KW JETER, auteur de SF "Cyberpunk", a écrit trois romans faisant suite au métrage. A l’instar du film, ils « adaptent » (surtout le 2, en fait) d’autres éléments ou personnages du roman originel de DICK non-traités dans le premier film : le Blade Runner Andersson – sorte de transposition du Phil Resh dans le roman, Holden, Hannibal Sloat et sa clinique vétérinaire ou même les donnants de Roy Batty et Sarah Tyrell en sont des exemples.
Le pitch de Blade Runner II :
Sarah y vient donc chercher Deckard dans sa retraite – où il se cache avec une Rachel maintenue artificiellement en vie – pour l’envoyer en mission rechercher le dernier réplicant (le fameux sixième réplicant – le roman fait donc l’impasse sur la version de Scott)
Dans le troisième opus, Deckard et Sarah, en fuite sur Mars, se retrouve face à une machination liée à la prise de pouvoir de la Tyrell Corporation... en plein tournage du film « Blade Runner » mettant en scène l’aventure de Deckard lors du premier opus !! KW est un petit plaisantin, donc... J’avoue que si le deuxième présente un intérêt (court : l’ouvrage, publié dans la collection « millénaires » chez « J’ai lu » ne fait 270 pages), le troisième, chiche en action, moins en révélation, est assez lourdaud à lire. Il se termine par le départ de Rick vers les colonies de l’espace
Je n’ai pas lu le suivant, titré : "Blade Runner 4, Eye and Talon", toujours du même auteur. Il est disponible en import semble-t-il (peut-être à Groland, aussi, je ne sais pas...).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Blade_Runner_(romans)
Pour d’autres infos, sur le DVD et le film :
http://www.ecranlarge.com/dossier-81.php
Blade Runner - La genèse.
Réalisateur : Ridley SCOTT. Production : Michael DEELEY. Scénario : Hamton FANCHER/David PEOPLES, d’après Philip K. DICK. Photographie : Jordan CRONENWETH. Chef décorateur : Lawrence PAULL. Directeur artistique : David SNYDER. Responsable des concepts visuels : Syd MEAD. Costumes : Charles KNODE. Montage : Terry RAWLINGS. Musique : VANGELIS. Sfx plateaux : Terry FRAZEE. Effets visuels : Douglas TRUMBULL/Richard YURICICH/David DRYER. Photographie des miniatures : Dave Stewart (mais non, pas le chanteur... bande de nazes...). Superposition optique : Robert HALL. Chef Maquettistes : Mark Stetson. Peintures sur verre : Matthiew YURICICH. Animation : John Walsh.
Interprètes : Harrisson FORD (Deckard), Rutger HAUER (Roy Baty), Sean YOUNG (Rachel), Edward James OLMOS (Gaff), M. Emmett WALSH (Bryant), Daryl HANNAH (Priss), William SANDERSON (J.F. Sebastian), Brion JAMES (Leon Kowalski), Joe TURKEL (Docteur Eldon Tyrell), Joanna CASSIDY (Zhora (alias Miss Salomé), James HONG (Chew), Morgan PAULL (Holden), Kevin THOMPSON III (Bear), John Edward ALLEN (Kaiser), Hy PYKE (Taffy Lewis), Kimiko HIROSHIGE (La Cambodgienne), Bob OKAZAKI (Le patron du Sushi), Carolyn DEMIRJIAN (La prostituée), Kelly HINE (la strip-teaseuse), Rose MASCARI (Patron de bar).
Durée : 1 h 56
Sortie US : le 25 juin 1982.
Chef d’œuvre incontesté et ancêtre direct du cyberpunk littéraire (ayant notablement influencé William Gibson, père du genre), « Blade Runner » (littéralement, « celui qui court le long du fil du rasoir », terme désignant les chasseurs d’androïdes, interdits sur Terre) est sorti dans nos salles en 1982. La mode était alors au Space Opera et le fantastique ne s’était alors jamais senti aussi bien.
« Blade Runner », le roman, a été écrit par Philippe K. DICK en 1968, sous le titre « les androïdes rêvent-ils de moutons électriques » (« Do Androïds dream of electric sheept »). DICK – qui à l’instar de LOVECRAFT et de tant d'autres artistes de talent – n’a jamais connu le succès de son vivant – y décrit une chasse à l’androïde organique (les réplicants) au cœur de Los Angeles, sur une Terre dévastée par la bombe, dans un contexte où l’on ne sait plus qui est humain et qui ne l’est pas et dans lequel les animaux ont presque totalement disparu. Dans l’ouvrage, qui se déroule par ailleurs en 1992, les robots, des androïdes organiques ne se distinguent de l’humain que de par leur courte vie et par leur absence d’empathie, tandis que l’humain perd une partie de son humanité, précisément, sous l’effet des radiations et sous l’influence de ses créations, ne sait plus distinguer le vrai du faux. Pire encore : les androïdes, plus forts, plus intelligents que l’homme, font figure de nouvelle espèce, toute prête à prendre le relais d'une humanité qui survit difficilement sur Terre ou qui doit s’exiler dans les colonies. La réflexion sur qui est humain, qui ne l’est pas, ce qui fait de l’homme un être humain à part entière, la paranoïa et la schizophrénie font partie intégrante de la thématique de DICK (l’auteur, par ailleurs drogué pendant une grande partie de sa vie, a alterné les séances en asiles psychiatriques et souffrait de schizophrénie).
On peut retrouver ses mêmes thématiques dans les autres adaptations cinématographiques de ses romans à savoir, dans le désordre : « Minority Report » (Steven Spielberg - 2002), « Planète hurlante » (Christian DUGUAY - 1995), « Impostor » (Gary Fleder – 2002 – film qui contient par ailleurs des stock-shots de « Starship Troopers »), « Total Recall » (Paul VERHOEVEN – 1990), « Paycheck » (John WOO - 2003) ou le franchouillard et méconnu « Confession d’un Barjot » (Jérôme BOIVIN – 1992), sans parler des autres adaptations en cours ou à venir.
Pour en savoir plus sur Philippe K.DICK, je vous invite à cliquer sur le lien Wikipédia, ci-contre : PKD.
La Naissance d’un projet.
En 1978, Hampton FANCHER, acteur de cinéma et de télévision, acquiert les droits pour une bouchée de pain. Il en rédigera un scénario qui séduisit aussitôt Michael DEELEY (alors titulaire de pas moins de cinq « Oscar » pour la production de « Voyage au bout de l’enfer » de Michael CIMINO). Il envoya le jet à Ridley SCOTT (Par ailleurs, frère de Tony « Man on Fire » SCOTT).
Ce dernier était alors pris sur une autre production : « Dune », adaptation du Roman de Franck Herbert.
Or, après dix-huit mois d’effort, cette deuxième tentative d’adaptation (il avait déjà fait l’objet d’une première tentative par Alejandro JODOROWSKI et MOEBIUS en 1975 : http://membres.lycos.fr/sarfa/ - pour en savoir plus sur ce projet) échoua. Ridley Scott, après avoir réalisé « Alien » avec ce qui restait du staff de l’adaptation avortée (notamment H.R. GIGER), se tourna donc naturellement vers la production de « Blade Runner ». Le scenario de Fancher fut alors confié à David Peoples.
La production.
L’auteur du film « Alien, le huitième passager » décida alors de remanier l’histoire. Initialement plongée dans un âge glaciaire, Los Angeles devient une cité tentaculaire, pluvieuse, polluée, ultra-cosmopolite, surpeuplée et surtout obscure. La production, à cause des limitations de budget, ne pouvait se permettre d’avoir des décors transportés au nord des USA (Détroit et Chicago ayant été envisagé comme lieu de tournage). A l’inverse, les studios de la Warner, à Los Angeles, offraient tout ce qu’il fallait de rues polluées et glauques.
Ridley Scott recrutera donc le chef-décorateur, Lawrence PAULL (plus tard employé sur Retour vers le futur) et David SNYDER (futur décorateur de « Démolition Man » à qui l’on a plus tard souvent demandé de recréer des décors comparable à « Blade Runner ») pour imaginer le Los Angeles des années 2019. Très tôt, il fut décidé de créer un univers crédible, tangible, qui soit dans la continuité du monde des années 80. Le réalisateur organisa une projection de « l’âge de cristal » (adapté par Michael ANDERSON, en 1976, d’un roman de William F. Nolan et de Georges Clayton Johnson écrit un an avant « Blade Runner ». Avec Michael YORK et Farah FAWCETT dans les rôles principaux*). Selon SNYDER, SCOTT demanda à ses décorateurs de faire... exactement le contraire de ce qui avait été fait sur « l’âge de cristal ».
Exit, donc, les façades fleuries, les couleurs criardes et les jolies courbes cocaïnées...
Autre employé d’importance recruté pour le film : Syd MEAD (lien vers son site web : http://www.sydmead.com/v/01/splash/). L’artiste conceptuel avait déjà travaillé pour Douglas TRUMBULL (lien et un autre lien,
Initialement, MEAD devait se concentrer sur les produits usuels de la vie quotidienne et sur la conception des véhicules (les « Spinners** »).
Syd MEAD créa des vues dessinées en intégrant les « Spinners » dans leur contexte – pour mieux « vendre » ses concepts. Or la vision de l’environnement dessinée par MEAD plut tellement à Scott que le rôle de l’artiste fut étendu à l’ensemble de l’environnement graphique du film et servit de référence pour les décorateurs et les maquettistes. PAULL et SNYDER n’eurent plus qu’à « salir » le contexte visuel du film pour en accroître encore la vraisemblance.
Pyramides, symboles de vie éternelle et symboles de pouvoir, et Spinners, symboles... symboles de quoi, d’ailleurs ?...
L’auteur « d’Immortel Ad Vitam Eternam » (2004), Enki BILAL n’a rien inventé. Celui-ci aurait envisagé de faire un procès à l’encontre des auteurs du film « Stargate » (Roland EMMERICH – 1989. Encore un ancien de la publicité, allemande cette fois), voire à Luc BESSON pour « Le cinquième élément » (d'ailleurs, pour être franc, je le trouve un peu gonflé, là, le père BILAL), pourtant, il aurait presque pu en faire de même pour « Blade Runner », puisque la bande dessinée qui est à l’origine de son film, « La foire aux immortels » est sortie en 1980 : les véhicules volants... les pyramides... les prémices sont bel et bien là. (Je rajoute ceci, bien après l'écriture de cet article : Erwan Le Gac me fait très justement remarquer que bien avant Bilal, il y a eu le "Metropolis" de Fritz Lang. Bilal a donc la mémoire courte - et d'ailleurs, moi aussi, pour le coup. Je n'y avais pas pensé).
Douglas TRUMBULL imagina les pyramides de la Tyrell Corporation pour symboliser le Dieu créateur des Androïdes (les réplicants, dans le film), à savoir Eldon Tyrell.
MEAD imagina donc le concept de l'autre élément emblématique du film, à savoir les Spinners. Au départ simple goutte d’eau aplatie, ce sera l’adjonction d’éléments externes (chiffre, prises d’air, gyrophares...), surchargeant la carrosserie, qui donneront vie et crédibilité aux véhicules.
Il est à noter pour la petite anecdote et pour les plus attentifs, que sur l’écran intérieur du Spinner conduit par Edouard James OLMOS (futur acteur de Miami vice et de la version moderne de la série BattleStar Galactica), figure sur l’écran la séquence en filaire déjà présente sur les écrans de contrôle de la navette du « Nostromo » lors de son détachement du cargo vers Acheron (LV4-27, si vous préférez), dans « Alien, le huitième passager », réalisé par SCOTT (sans doute un moyen comme un autre d’optimiser le budget du film). Autre anecdote : le personnage d’Olmos a en fait été crée pour une raison toute basique : le cockpit du véhicule étant trop petit pour Harrison Ford, il fallut alors un nouveau « pilote » pour conduire le véhicule, tandis que Ford restait sur le siège passager, recroquevillé comme il le pouvait.
Los Angeles, par le procédé du Mate Painting (peinture sur verre... l’expression est aujourd’hui souvent étendue aux décors en CGI) fut agrémentée de centaines d’immeubles aussi dantesque que sales. La pollution, le microclimat et la pluie suggéré dans l’image constitua l’ambiance graphique du film, tandis que la surpopulation, la variété des styles et des époques mélangées dans le melting-pot futuriste de L.A., bouclait la boucle.
Los Angeles, 2019 était né.
Le tournage.
Le tournage fut un enfer pour les intervenants du film
Les immeubles de la rue « Warner », de 1929, reçurent l’ajout de câbles, de tubes et autres panneaux issus de « coup de cœur » de Francis Ford COPPOLA. Il fallut déposer les immondices au sol, créer une invraisemblable quantité d’accessoires « quotidiens » comme les boites aux lettres, parcmètres, etc... Scott fit même imprimer des journaux pour un kiosque qui ne devait pas apparaître à l’écran.
Ridley SCOTT – comme son frère – a longtemps oeuvré pour la publicité : le rythme de travail n’y est (ou du moins "n'y était" pusqu'il parait que c'est en train de changer) pas le même (En proportion, les délais sont souvent bien plus larges et le souci du détail plus poussé que sur les productions télévisées ou cinématographiques). Cela s’est particulièrement senti sur le tournage : la maniaquerie de Scott poussa les décorateurs à (très très peu) dormir sur place pendant toute la durée du tournage. Lawrence Paull passa trois semaines ainsi, à déménager des éléments coûteux du film d’un côté de la rue à l’autre, à inverser au dernier moment le sens de toute une série de colonnes, etc... Chaque jour, SCOTT demanda à faire faire des changements d’importance dans les décors quelques heures à peine avant le tournage d’une scène. Chaque décor fut ainsi remanié.
Jamais aucun réalisateur ne manifesta un tel souci du détail. La star du film, Harrisson FORD finit lui-même par déplorer cette attitude, puisque selon lui le réalisateur délaissa ses acteurs au profit des décors (critique que l’on peut d’ailleurs au passage faire aussi à Georges Lucas pour la prélogie Star Wars).
Pourtant, tandis que le film prenait forme, les décorateurs comprirent peut à peu que le metteur en scène voyait juste. Progressivement convaincu que c’était la voie à suivre, ils finirent par redoubler d’effort, notamment dans le cas de l'immeuble Bradbury (lieu de vie de JF Sebastian) - à l'époque occupé par des bureaux - transformé chaque nuit en bâtiment vide et insalubre pour le tournage des scènes puis nettoyé avant les horaires de travail des employés de l'immeuble.
Autre anecdote de tournage :
La scène du saut entre les immeubles, à la fin du film, avait été préparée de la façon suivante : les « toits » étaient en fait des plates-formes montées sur roulettes. Plusieurs mètres séparaient les deux toits... trop en fait, selon le cascadeur du film, qui devait effectuer le saut à la place de Rutger HAUER. SNYDER prit alors l’initiative de rapprocher les deux plates-formes, mais Scott, furieux, donna l’ordre de tout remettre en place. Le cascadeur refusa de faire le saut.
Et c’est HAUER (pas encore bedonnant...) qui l’effectua en personne, sous les applaudissements de toute l’équipe.
La post-production
« Entertainment Effects Group », la société de Douglas TRUMBULL assura les SFX (SFX pour « Specials Effects »)
TRUMBULL, qui, après 1982, a malheureusement cessé de bosser pour le cinéma pour se reconvertir dans la conception de parcs d'attraction (eh oui...) sortait alors de la production de « Rencontre du troisième type » (Steven SPIELBERG - 1977), et de Star Trek, le film (Robert WISE - 1979), et travaillait déjà à la réalisation de son deuxième film : « Brainstorm » (1982). Comme il manquait de temps pour travailler sur « Blade Runner », il proposa à Ridley SCOTT de lui préparer des effets spéciaux clé en main, tandis que leur filmage resterait à la responsabilité de quelqu’un d’autre.
David DRYER, autre réalisateur issu de la publicité, sera ce « quelqu’un d’autre ». Le problème du budget se posa très vite, et dès le départ, la moitié des plans prévus furent supprimés (notamment une scène d’embrouillage sur l’autoroute, passage qui se concluait par le décollage du Spinner de Deckard loin des voitures restées sur l’échangeur). Toutefois, la production a été si emballée par le résultat de ce qui avait déjà été fait qu’ils décidèrent de rallonger le budget d’un million et demi de Dollars (nous n’en étions pas encore à l’époque où les films coûtaient 200 millions à la tirelire). La rallonge représentait tout de même un peu plus de l’équivalent de ce qu’avait coûté « Silent Running », réalisé par le même TRUMBULL, quelque dix ans plus tôt.
Toutefois, pour entrer dans le budget, il fallut quand même utiliser les techniques les moins chères possible : les fameuses « Mate Paintings » pour incruster les immeubles, (malgré l’utilisation des maquettes pour les deux « voyages » du Spinner au-dessus de LA : des miniatures d’immeubles d’un mètre cinquante à deux mètres de haut furent utilisées) et autres petits trucs comme la double exposition pour les deux pyramides de la Tyrell (il n’y a donc en fait qu’une seule maquette pour les deux immeubles), la découpe à l’acide pour les fenêtres de certains bâtiments et, pour le paysage urbain exposé lors de l’introduction du film (Anecdote : il fallut une personne pendant une semaine pour gratter huit heures par jour les bâtiments afin de « découvrir » les fenêtres ensuite éclairées par des projecteurs puissants placés derrière), la perspective forcée (par ailleurs notablement utilisée sur le Seigneur des anneaux pour rendre crédible les proportions entre la taille des personnages de la saga mythique) ou la projection vidéo (pour les écrans géants du film : des séquences filmées au préalables, projetées sur un écran vrillé de lignes blanches, puis refilmées une seconde fois et finalement projetées pour être filmées une troisième fois sur les écrans du film pour donner le côté écran TV).
Anecdote :
« Blade Runner » pourrait être considéré comme étant l’un des premiers films à faire de la publicité dans le métrage : on peut apercevoir des panneaux « Sony » et autre « Atari ».
Les peintures sur verre ont été réalisées par Matthiew YURICICH, frère de Richard (collaborateur attitré de TRUMBULL). Le bonhomme avait déjà bossé sur « planète interdite », « Ben Hur », « Soleil Vert » et « L’âge de cristal », justement (quoi, comment ça, rien que ça ?...). Il a réussi l’exploit de rendre crédible, réaliste des décors dépeignant un environnement pluvieux, grâce à des superpositions d’éléments multiples, de plaques mobiles, de caches et de fumée.
Quant aux maquettes des Spinners**, tournés dans une salle enfumée (pour accroître la densité et établir la proportion : on dit qu’il faut multiplier la densité de l’air par quatre si on veut qu’un objet fasse quatre fois plus gros qu'il ne l'est en réalité...), quatre seulement furent réalisées. Produits de caches et de contre-caches (et non pas de la technique désormais courante de l’écran bleu), chaque élément des véhicules furent tournées séparément via des caméras pilotées par ordinateurs puis rassemblés ensuite (une nécessité : chacun des éléments ayant une luminosité différente. Par exemple, prenons la carrosserie, et les gyrophares : si tout avait été filmé ensemble, le deuxième aurait noyé le premier élément).
Ridley SCOTT est resté derrière chaque technicien à surveiller chaque étape de la postproduction pour que chaque effet visuel soit cohérent avec les décors du tournage.
La bande musicale (magnifique, à mon humble avis) sera confiée à VANGELIS.
La sortie du film.
En avril 1982, la Warner organisa une projection-test (projection destinée à estimer quel sera l’accueil du public en fonction du montage déjà réalisé et à valider celui-ci s’il est satisfaisant : une procédure courante aux Etats-Unis). Le public, s’attendant à un voir un film d’action, se révéla non seulement déconcerté, mais aussi déçu par le film de SCOTT (pourtant, à bien y réfléchir, « Alien » n’était pas précisément un film d’action tout joyeux-joyeux...).
La noirceur du film, la complexité des propos du film provoqua donc un rejet du public interrogé.
La Warner, distributeur du film, reprit alors le montage, simplifia l’histoire, élimina les thèmes parallèles et ajouta une voix off, commentée par Harrison Ford. Ce dernier s’opposa à cette idée, mais étant sous contrat, il dût finalement s’y plier et, façon de manifester son désaccord face au remontage de ce qu’il considérait lui-même comme un chef-d’œuvre, récita son texte de la voix monocorde qu’on lui connaît dans le métrage. La fin fut aussi changée, rallongée et l’incertitude de la conclusion disparut pour être remplacée par une note d’espoir (surtout concernant le personnage de Rachel). Selon la vision de Scott, Rachel devait bel et bien mourir à court terme
Anecdote : les images rajoutées à la fin du film passent souvent pour être des stock-shots de « Shinning » (Stanley KUBRICK – 1980). SCOTT affirme qu’il n’en est rien
Le film sortit aux USA le 25 juin 1982.
« E.T. » (Steven SPIELBERG – aka « l’homme-qui-tourne-plus-vite-que-son-ombre » - 1982) sortit au même moment, provoqua l’échec commercial du film (pour qui se souvient de la sortie du film de Spielberg, qui se rappelle de celle de « Blade Runner » ?). Pourtant, le film gagnera au fil des années son statut de vrai chef d’œuvre.
En 1989, une copie 70mm fut retrouvé. Contrairement à ce que l’on crut alors, il s’agissait non pas de la version originale du film mais d’une version intermédiaire entre la version cinéma et la vision initiale de SCOTT. Le film ressortit alors dans les salles du monde entier et reçut enfin l’accueil qu’il méritait.
On parle toujours d’une version DVD complète du film, un director’s cut supervisée par Ridley SCOTT lui-même, mais pour l’instant tout semble plus ou moins en stand-by, bien que la rumeur d’une sortie pour courant 2007 coure encore. Nous y trouverions alors une série de scènes coupées absolument indispensables nous permettant ainsi de découvrir un Deckard finalement réellement... réplicant (ce que SCOTT a toujours avoué, du reste) au détour d’une séquence pendant laquelle Ford va voir son coéquipier, Holden, à l’hôpital à la suite des évènements montrés au tout début du film.
PS. Les parties surlignées sont en général des liens vers d'autres sites, pour vous permettre d'avoir des informations plus complètes sur les personnes citées. Il en va de même bien sûr sur les autres articles que j'ai pu publier sur le blog.
*Il est à noter que Brian SINGER, réalisateur du prochain « Superman », des deux premiers X-mens, serait sur un nouveau projet d’adaptation du roman « l’âge de Cristal ».
**Pour rappel, les véhicules aériens, type « Spinners », aérocars (comme je les appelle, dans mon cas, avec « Upgrade », « le bleu et le verrier » et presque toutes les nouvelles que j’ai écrites), étaient très à la mode dans les romans SF des années 50 (sans parler de "Metropolis", donc). Sur ce plan, SCOTT ou plus tard Luc BESSON, BILAL, et Robert ZEMECKIS (dans le cas de « retour vers le futur II ») n’ont rien inventé. C’est un poncif aussi jouissif et courant en SF que les longues dents pointues pour les vampires... lol !
Silent Running, le film écologique
Silent Running.
Réalisateur : Douglas TRUMBULL. Scénario : Deric Washburn/Michael Cimino/Steven Bocho. Production : Michael GRUSKOFF/Marty HORNSTEIN/Douglas TRUMBULL. Musique : Peter SCHICKELE/Joan BAEZ (chanson). Maquillage : Dick DAWSON. Effets spéciaux : Vernon ARCHER/John DYKSTRA/R.L. HELMER/Richard O. HELMER/Marlin JONES/James RUGG(Special Effects)/Douglas TRUMBULL (Special Photographic Effects)/Richard YURICICH (Special Photographic Effects). Décorateur : Francisco H. ARONSON. Année de sortie : 1971.
Interprètes : Bruce DERN (Freeman Lowell), Cliff POTTS (John Keenan), Ron RIFKIN (Marty Barker), Jesse VINT (Andy Wolf), Steve BROWN (Drone), Mark PERSONS (Drone 2/Huey), Cheryl SPARKS (Drone 1/Dewey), Larry WHISENHUNT (Drone)
Joseph CAMPANELLA (la voix du Capitaine Berkshire), Roy ENGEL (la voix d’Anderson).
Synopsis :
Nous sommes en l’an 2001. Suite à une guerre nucléaire, la végétation a disparu. Dans l’attente que l’atmosphère terrestre permette une renaissance de la nature, des espèces végétales sont placées dans l’espace au sein d’immenses vaisseaux spatiaux en transit dans le système solaire. Chacun d’entre eux transporte d’immenses hémisphères transportant, protégeant les dernières végétations de la Terre entretenues par des botanistes en poste à bord.
Freeman Lowell est l’un d’entre eux...
Lowell et son équipe, à bord du « Valley Forge », reçoivent l’ordre de détruire les dernières serres transportant tout ce qui reste de la végétation terrestre. Freeman, seul homme à bord à posséder une véritable conscience de leur action, tente en vain de convaincre ses trois compagnons de ne rien y faire. Pris dans un dilemme, entre ses coéquipiers qui ne pensent à rentrer sur Terre sans s’intéresser à l’importance de leur mission, il assistera, impuissant, au délestage puis à la destruction à coup d’armes nucléaires des hémisphères. Pour eux, dans cet univers porté par l’industrialisation, porté par la société de consommation, rien ne compte vraiment.
L’homme n’est plus en osmose avec la nature, préférant la nourriture en pilules, sans goût mais rentable...
La nature doit être sacrifiée sur l’autel de la rentabilité.
Freeman Lowell, dont le jeu est transcendé par Bruce DERN (acteur trop souvent oublié de cet autre chef-d’œuvre qu’est « on achève bien les chevaux » de Sidney Pollack, et tant qu’on y est, papa de Laura... laquelle à joué notamment dans « Jurassik Park »), dépasse alors le point de non-retour en choisissant la solution la plus terrible : il tue ses compagnons (dont le jeune Ron RIFKIN, futur « Sloane » dans la série Alias...), s’échappe à bord de son vaisseau pour disparaître dans les anneaux de Saturne en faisant croire à un accident.
Seul, il organisera sa vie avec les Drones pour continuer sa mission : entretenir les derniers dômes, sauver les dernières végétations, et sauver l’Homme de lui-même... malgré lui.
Pourtant, il sera rattrapé par son destin. Les autres transporteurs finissent par retrouver sa trace. Tel une figure christique, salvatrice, il choisira de faire exploser son vaisseau – pour de vrai, cette fois – à l’aide des bombes atomiques placées à bord pour annihiler les hémisphères. Au préalable, il larguera l’ultime dôme dans l’espace, avec les drones à l’intérieur. Celle-ci s’éloignera dans l’espace avec la musique déchirante de Joan Baez.
« Silent Running » est sorti en plein âge hippie, à l’époque où commencent les préoccupations liées à l’écologie, l’époque où commence à « sévir » les groupes tels que Greenpeace et où l’on commence à prendre conscience que la Terre est en péril. Le métrage appartient donc complètement à son époque.
« L’argent ne se mange pas ».
On peut voir le film comme un écho à cet autre film, dont j’ai précédemment parlé, à savoir « 2001 ». Le film de KUBRICK plaçait l’espoir (tout de même un peu critique) de l’humanité dans la science. Il décrivait un univers où l’Homme abandonnait son humanité pour sa technologie, sa mutation en Dieu en devenir.
« Silent Running » pourrait être vu comment étant l’antagonisme du chef-d’œuvre de KUBRICK. Au terme du métrage, l’Homme, loin d’avoir changé, est plus cynique et inconscient de ses actes que jamais et l’homme s’est dissocié de la nature qui l’a mis au monde au point de risquer son avenir. « Silent Running » est bien plus critique, sombre que ne pouvait l’être « 2001 », sorti seulement trois ans auparavant. Durant tout le film, nous voyons un équipage se gausser des opinions de Lowell, le poussant ainsi aux choix les plus extrêmes. Nous découvrons un Freeman (qui prendra donc ses décisions en « homme libre », donc) tenter l’impossible tandis qu’il se retrouve seul, entouré, entouré, aidé, de la technologie même qui est à l’origine de la destruction prochaine de l’humanité. Lowell développe des relations « humaines » avec les Drones, fait des courses de karts, seul, perdu à l’intérieur du « Valley Forge ». Mais il n’est plus en osmose avec son univers... pas plus que ses compagnons (« l’homme moderne ») ne l’était avec la nature la nature. Lowell n’a donc plus sa place nulle part, de même que l’Homme, perd sa place dans la nature anéantie, au profit de la technologie. La seule échappatoire de Lowell deviendra sa propre disparition et, c’est l’ironie du film, passera la main aux Drones pour l’entretien de la dernière serre.
La machine a remplacé l’homme dans son harmonie avec la nature.
La boucle est alors bouclée.
Visuellement, la comparaison avec « 2001 » est tout aussi immanquable... un peu au détriment du film de TRUMBULL, il faut bien le dire. Tout d’abord, le budget pour les deux films n’ont pas été les mêmes (l'enveloppe de "Silent Running" était d'un million trois cent mille dollars, sfx compris). Ensuite contrairement à l’Odyssée, aucun scientifique n’a participé à l’élaboration du film et la conséquence évidente est que d’un point de vue exclusivement graphique, le film n’a pas la même tenue que le métrage du grand Stanley, alors même que les techniques utilisées pour l’élaboration des deux films sont les mêmes. Il subsiste toutefois de beaux restes : si on exclue le fait que le film sent parfois (pas trop souvent quand même... Ca reste quand même du TRUMBULL, le grand maitre de l'époque, donc respect!) la « maquette », les effets restent très bien filmés et certains intérieurs tiennent aussi toujours très bien la route. Visuellement, que ce soit « 2001 » ou « Silent Running », certains décors intérieurs annoncent déjà l’autre chef-d’œuvre à venir, sept ans plus tard, qu’est « Alien » de Ridley SCOTT (et frère de Tony « Man on Fire » SCOTT). Du point de vue de la réalisation, nous sommes face à un film lent, sans violence, et filmée de façon assez classique. L’on retrouve les codes désormais imposés par KUBRICK : la musique omniprésente, le silence de l’espace (les vaisseaux ne font pas de bruit, contrairement à ceux de Star Wars) et une approche « réaliste » de la conquête spatiale. Le propos reste très bien illustrée : les serres sont anéanties par les armes nucléaires, celles-là même qui ont tout ravagé sur Terre (l’Homme commet toujours les mêmes erreurs), les machines prennent le pas sur l’Homme (l’Homme abandonne son humanité... non pas à son bénéfice comme dans « 2001 », mais à son détriment) comme le montre d’ailleurs l’humanisation progressive des drones de Lowell (lesquels se montrent émotifs lors de la perte de l’un des leurs... tandis que Lowell n’hésite pas, lui, à éliminer ses collègues), et la fin est magnifique de poésie, avec cette serre botanique vide, entretenu par le dernier drone et voguant tel un îlot dans l’infini, illuminé comme un sapin de Noël sous la musique de Joan BAEZ. On ressent alors un grand pincement au cœur qui fait de ce film une petite perle mésestimée et désormais méconnue*.
"Silent Runing" est donc un très joli film à découvrir.
Douglas TRUMBULL, fort de son expérience et de sa renommée acquise sur « 2001 » (l’on notera au passage que « Silent Running » se passe la même année), passe donc à la réalisation avec ce premier film située dans une mouvance assez comparable et pourtant si opposée. L’on pourra ne pas manquer d’observer la présence au générique de Michael CIMINO (futur réalisateur de « l’année du dragon » ou de « Voyage au bout de l’enfer », sans parler du légendaire « porte du paradis », film qui a littéralement coulé tout un studio...) au scénario ou de Richard YURICICH (déjà employé sur « 2001 », et l’un des futurs artisans de « Blade Runner » (1982 - Ridley SCOTT), de « Rencontre du troisième type » (1979 - Steven SPIELBERG), de Brainstorm (1983 - Douglas TRUMBULL) ou « D’Event Horizon » (1997 - Poul ANDERSON)) aux effets spéciaux.
« Silent Running » a été primé au festival de Trieste en 1972.
TRUMBULL réalisera son deuxième film en 1982 avec « Brainstorm » (sorti en 1983). Brainstorm, qui comptera aussi Christopher WALKEN en rôle principal, restera dans l’histoire du cinéma comme étant le dernier film de Nathalie WOOD, morte noyée durant le tournage. La même année, il supervisera les effets spéciaux de « Blade Runner ».
Le pitch de Brainstorm : Un scientifique, joué par WALKEN, crée un casque susceptible d’enregistrer les souvenirs comme on enregistre une chanson à la radio... En mode lecture, son invention permet revivre dans leur intégralité, lesdit souvenirs. Tandis que l’armée tente de lui voler son invention afin de l’utiliser comme moyen de torture, l’une de ses collaborateurs décède en les en empêchant. Walken récupérera l’enregistrement et entreprendra alors un voyage qui l’emmènera dans l’au-delà, grâce au souvenir de sa collaboratrice.
Brainstorm est un film à (re)découvrir, notamment pour sa réelle poésie visuelle.
*Quoique le film ait acquis un petit statut culte ces dernières années. Le DVD est vendu dans les grandes surfaces à très bas prix. NB. Il existe aussi, depuis peu, un coffret collector comprenant un reportage sur la création des effets spéciaux du film. A ne pas manquer !
Le Rêveur de la clé d'argent
Puisque j'ouvre, en cette magnifique journée d'hiver du 13 février 2006, la section littérature de mon blog, je vais commencer par parler d'un bon ami, bien que quelque peu oublié du grand public, j'ai nommé Howard Phillips Lovecraft...*
*Déjà, celui qui me dit "Howard The Duck", on ne va pas être copain...
Non, loin d'être un canard, excepté vis à vis de ses injustes pairs de l'époque, Lovecraft reste aujourd'hui reconnu comme étant l'un des plus grand auteurs de la littérature fantastique, auteur qui a influencé jusqu'à Stephen king Himself.
Né le 20 août 1890, "HPL" comme le surnommeront plus tard ses amis et ses fans, trouve très tôt le moyen de se distinguer de la jeunesse de l'époque : Son père, Winfield Scott Lovecraft, représentant de la Gorham Silver Company (et les connaisseurs se demanderont au passage s'il n'y aurait pas une sorte de clin d'oeil à cette société dans le nom de la villé bien plus tard imaginé par l'auteur : Arkham - ville qui s'inspire à la fois de Salem et de Providence), propriétaire et hommes d'affaire, sombre dans la folie dès 1893. Il sera interné à Providence, ville natal de l'auteur.
Lovecraft n'a alors que 3 ans.
A cinq ans, l'auteur découvre la littérature fantastique : il tombe amoureux des "Milles et une nuits" au point de se "convertir" à l'Islam et de déclarer s'appeller Abdul Alhazred.
Ce nom n'est bien sûr pas inconnu aux connaisseurs du bonhomme : il s'agit du nom plus tard donné à l'inventeur du Nécronomicon, livre démoniaque fictif imaginé par Lovecraft.
L'enfant HPL écrit sa première nouvelle en 1896, à l'âge canonique de seulement 6 ans... (Aujourd'hui, y en a pas mal qui ne savent même pas lire... honte à vous, parents indignes!) Ce sera "la petite bouteille de verre".
La même année, il écrira son premier poème : "The poem of Ulysses" (Non, mécréants! Ca ne fait pas allusion à Ulysse 31!!!).
1898 sera une autre année marquante : son père décède à l'hopital, sans jamais être sorti de sa démence... et il entre à l'école. Sa mauvaise santé l'empêcheront d'y rester au delà d'une année. Cela lui vaudra une enfance solitaire, coupée des autres enfants, à l'exception des frères Chester et d'Harold Munroe (ce dernier en particulier, restera proche tout au long de sa vie). En 1899, il rédigera le premier numéro de "The scientific gazette", alors tiré à cinq exemplaires à partir d'un dupplicateur à Alcool. Cette revue durera 32 numéros.
En 1903, passioné d'astronomie, il entammera une nouvelle revue "Rhode island of Astronomy", qui comptera pour sa part 69 numéros (j'aime ce chiffre... 69... Quoi, je m'égare? Je dis ce que je veux, d'abord!).
Imaginez qu'il n'a alors que... 13 ans...
Entre temps, HPL retourne sporadiquement à l'école et accède aux classes secondaires. Il continue d'écrire ses nouvelles fantastiques et ses poèmes. Son premier texte publié parait en 1906 dans le "Providence journal". Il s'agira d'un courrier contre "l'astrologie". Il acquierera la même année la machine à écrire qu'il utilisera toute sa vie pour taper ses textes (c'est à dire pas trop souvent... Lovecraft avait une profonde aversion pour la machine à écrire et un amour immodéré pour l'écriture manuelle - au grand dam de ses futurs éditeurs et amis
Entre 1909 et 1913, HPL découvre l'univers des Pulps (ces fameuses BD évoquées dans le non moins fameux "Pulp fiction" de Tarantino). Il est aussi à noter que le racisme (déplorable... oui, malgré son génie littéraire et bien que cela n'apparaisse pas trop directement dans ses textes, HPL a eu ce fichu défaut pendant toute une partie de sa vie, du moins jusqu'en 1929... après cette date, il reniera progressivement ses égarements au point de rejeter certaines de ses nouvelles à caractère excessif) de l'auteur apparait aussi à cette période : il rédige un poème satirique pour dénoncer l'afflux des immigrés aux USA.
En 1914, tout bascule : Edward F Daas l'invite à adhérer à la United Amateur Press Association. Il entamme alors une carrière d'écrivain... sera régulièrement publié dans des magazines amateurs, mais ne deviendra jamais de son vivant un profesionnel vivant de son écriture.
En 1915, le jeune auteur (de 15 ans, rappellons-le), crée son fanzine " The conservative", revue contenant des articles tels que "Renaissance de la fierté nationale" (hum...) et autre pamphlet contre l'alcool (Vas-yyyyy lààààà... on n'a plus le droit de picoler en voiture? C'est le drame!).
En 1917, à cause de sa mauvaise santé (encore et toujours), il est réformé de la garde nationnale (vas-yyyyyyy le planqué làààààà!). Mais par-dessus tout il écrit "la tombe" et "Dagon", nouvelle qui reste donc comme étant la toute première incursion dans le célèbre univers mythologique des Dieux démoniaques extraterrestres (oui, je sais, c'est bizarre, décrit comme ça... mais chut! On se tait et on lit, merci!) créé par l'auteur. En 1918, il stoppe sa chronique astronomique dans "The Providence Evening News" car selon lui, le journal est "vendu aux démocrates" (forcément, c'est chaud pour un conservateur... faut se mettre dans le contexte, sinon... ). C'est aussi à cette époque qu'il commence ses premiers traveaux de révisions rémunérés pour d'autres auteurs amateurs. C'est ainsi que naitra "En rampant dans le Chaos" (Winifred Jackson), ou la "verte prairie" (idem - j'ai la flemme de réécrire le nom, désolé).
Il n'a que dix-huit ans.
En 1919, sa mère perd la boule.
Pardon, je voulais dire qu'elle fut prises à son tour de crises de démences (en lisant les nouvelles de son fils, peut-être?...
La vie influence l'art.
L'art influence la vie.
La même année, il écrira "Le témoignage de Randolph Carter", première histoire mettant en scène ce qui pourrait être considéré comme étant son personnage fétiche... Au total, il écrira quatre histoires mettant en scène ce personnage, lequel sera cité sporadiquement (pour "sporadiquement", veuillez chercher dans le dictionnaire si vous ne savez pas ce que ça veut dire... hé hé hé...) dans d'autres de ses nouvelles.
Pendant ce temps là, dans l'espace... il est nommé rédacteur en chef de l'UAPA et le restera jusqu'en 1925 (En gros, il a décroché un genre de CDI amateur...). Il commencera aussi à correspondre avec Franck Belnap Long, écrivain lui-aussi, et grand admirateur de l'oeuvre de Lovecraft.
En 1921, il écrit la "Cité sans nom" (au moins, il ne s'est pas fait iech pour trouver le nom de la cité, lui...) et fait allusion dans la nouvelle au futur auteur du Nécronomicon, j'ai nommé Abdul Alhazred (A vos souhaits!...). Il rencontre sa future et femme, Sonia Greene, sur Meetic la même année.
Quoi? J'ai écrit Meetic?
N'importe quoi! J'ai écrit qu'il l'avait renconté à Quincy House!!! Mais si! Lors d'une conférence... sur le journalisme amateur! Il est même intervenu sur le thème "Ce que le journalisme amateur et moi avons fait l'un pour l'autre" ("Oooooh, c'est beau, j'aime ce titre" - "Il l'a rencontré sur meetic quoi..." - "Mais taisez-vous donc, mécréants! Un peu de respect pour Lovecraft, je vous prie!)
Bref,
Entre 1921 et 1922, HPL se fera l'heureux papa de la mini-série "Herbert West, réanimator".
Oui, mécréants, vous avez bien lu...
Entre 1922 et 1926, il écrit "Le Molosse", "La peur qui rode", "Les rats dans les murs", "Le Nécrophile" (Rien à voir avec Dallas, non...), une mini-série sympathique pour Houdini himself, magicien qui se réclamait de notre Robert Houdin nationnal, et joué par Starsky à la téloche... il était tellement bon magicien qu'il a réussi à payer Lovecraft au prix bas pour son travail. ("Tu l'as vu le flouze? Hop? T'as vu, il est plus là... c'est magique!"). La mini-série en question se nommera "Prisonnier des Pharaons".
Il écrira aussi "Azathoth", "l'indicible", "Lui" (Non, ce n'est PAS le magazine du même nom...), et beaucoup d'autres petites merveilles que je vous invite à lire.
Au passage, il en profitera pour épouser Miss Greene (1924), à publier dans le désormais célèbre fanzine amateur "Weird tales" (avec Robert "Conan" Howard, Robert "Psychose" Bloch, ou Clark Asthon Smith... la revue n'a jamais payé des cacahuettes, mais elle a compensé en révolutionnant la littérature fantastique au point que plus rien n'a plus jamais été pareil ensuite... Pas mal pour un fanzine amateur regroupant les mecs les plus dérangés du genre...). Il profitera aussi de l'occasion pour déménager à NYC, et chercher - sans jamais trouver - du travail, divorcer et revenir à Providence chez Tata (En gros, c'était le gentleman "Tanguy" de la Littérature... Ne riez pas, merci... Sincèrement, c'était un très grand écrivain fantastique et sans ses faiblesses, il n'aurait sans doute pas non plus été ce qu'il a été).
En 1926, il écrit ce qui pourrait être considéré comme un roman :" L'appel de Cthulhu".
La pierre angulaire de son oeuvre, citée dans Dieu seul sait combien de chansons, de romans ou de films... (d'ailleurs un film du même nom doit sortir cette année... 60 ans après l'écriture de ladite oeuvre).
Il écrira "A la recherche de Kadath" l'année suivante. Ce sera la seconde apparition de Randolph Carter.
Et la plus longue.
La nouvelle pourrait d'ailleurs être comparée à une sorte de seigneur des anneaux lovecraftien (en raison de l'aspect "quète" de l'histoire, et de la longue visite que l'on fait d'un univers parallèle à la fin de laquelle le personnage rencontre Nyarlathotep, autre "Grand Ancien" privilégié de l'auteur). On y trouve, pour l'anecdote, les plus belles traces de son autre passion, Carter, rencontrant le "peuple des chats" dans le monde éponyme (pour HPL, le chat était le plus bel animal. Le meilleur ami de l'homme, en somme).
En 1927, toujours, il écrira "La couleur tombée du Ciel", qui sera publié dans Amazing Stories. Il s'atèlera aussi à la rédaction de l'histoire du Nécronomicon, livre bien connu des amateurs de fantastiques... que l'on retrouve notamment dans le fameux "Evil Dead" (Salutation au passage à Bruce Campbell... Taré, cet acteur...)... et surtout il écrira son second "roman", à savoir le génial "L'affaire Charles Dexter Ward" dont l'histoire rend frappadingue rien qu'à la lecture (je me suis tapé la gueule contre les murs en la lisant... j'ai encore les bosses. J'ai bien failli finir à Sainte-Anne...).
Entre 1928 et 1937, année de sa mort, il écrira toutes les nouvelles les plus connues de ses mythes de Cthulhu (prononcez "Ctoulou"), avec "La malediction de Yig", "L'Abomination de Dunwich", "Le tertre" (à la base l'un de ses multiples révisions rémunérées), "Celui qui chuchotait dans les ténèbres", "Les montagnes hallucinées" (hautement conseillé par votre serviteur), "Le Cauchemar d'Innsmouth (idem), les deux autres nouvelles centrées sur Carter "La clé d'argent", et "A travers les portes de la clé d'argenté. Il écrira aussi "Dans l'abîme du temps" (conseillé aussi...), et bien d'autres nouvelles.
Ses amis de Weird Tales s'amusent déjà à le pasticher, puisque C.A. Smith invente Tsathoggua (autre Dieu Ancien intégré par la suite par HPL lui-même dans ses textes... s'étant entiché de ce nouveau "Grand Ancien"), et un autre invente "Yig", créateur des serpents, lequel sera à son tour intégré dans la mythologie.
Il est à noter aussi - au passage - que ses amis auteurs, que ce soit Bloch, Smith ou Howard, font des apparitions "cachées" dans ses nouvelles. De même, HPL s'est retrouvé occasionnellement mis en scène dans certaines nouvelles écrites par ses congénaires...
En 1933, il écrit "Celui qui chuchotait dans les ténèbres".
L'introduction de la nouvelle ne peut pas laisser indifférente. Je cite :
"Il est vrai que j'ai logé six balles dans la tête de mon meilleur ami, et pourtant j'espère montrer par le présent récit que je ne suis pas son meurtrier"...
Il écrira au total 18 nouvelles et deux romans situés directement dans la mythologie "Cthulhu", sans compter les quatre de Randolph Carter (qui font complètement partie du cycle), les "Fungis de yuggoth" (reccueil de poèmes fantastiques), et les révisions qu'il a pu faire pour d'autres auteurs et danslesquelles HPL a intégré son propre univers.
Au total, mis à part ses travaux de révision, il aura signé de sa nom propre une cinquantaine de nouvelles. Il aurait pu aller bien plus loin s'il en avait eu le temps, s'il s'était moins occupé de ses propre correspondances (abondantes jusqu'à l'hallucination totale) et de ses révisions rémunérées (néanmoins nécessaires car Lovecraft n'a jamais "travaillé" de sa vie, hormi son boulot d'écriture, bien entendu. Il a aussi pour beaucoup dépendu des revenus de sa femme, puis de sa famille).
En 1934, il commence à souffrir de maux de ventre. Ce seront les premiers signes de la maladie qui l'emportera.
En 1936, son ami, Robert Howard, créateur de la série Conan le Barbare et autre pilier de Weird Tales, perpetuel solitaire dépressif (soit dit en passant, contrairement à la légende, loin d'être un souffreuteux, Howard était un homme fort massif et aussi musclé que son personnage... il faisait plus de deux mètres et pesait tout en muscles plus de cent kilos. Eh oui... surprenant, non?), apprend le décès de sa mère et, accablé, se suicide d'un coup de pistolet en pleine tête à l'âge de 30 ans.
(Ah oui, pour écrire, après c'est plus dur, c'est sûr...)
Lovecraft rédigera un hommage à son intention.
Lovecraft décèdera à l'Hopital Jane Brown le 15 mars 1937. Il n'y aura que quatre personnes à son enterrement, ses amis ayant été prévenu que trop tardivement pour pouvoir se rendre à la cérémonie.
Et l'homme deviendra Légende.
Entre 1938 et 1939, August Derleth et Donald Wandrei, deux de ses amis et grands admirateurs, fondent Arkham House, maison d'édition dédiée à l'oeuvre de Lovecraft. C.A. Smith, Franck Belknap Long, R.E. Howard, Lord Dunsany, Shéridan Le Fanu, Carl Jacobi, ou David Keller y seront publiés. Donald Wandrei ou August Derleth, garants de la mémoire d'HPL publieront eux aussi, et notamment une série de nouvelles "pastiches", histoires reprenant la mythologie de Cthulhu, reprenant pour ce faire les notes de Lovecraft lui-même.
Ray Bradbury, Van Vogt et Fritz Leiber seront aussi publié chez Arkham House.
De nos jours, en dehors des adaptations directes de la mythologie Cthulhu, nous pouvons retrouver l'héritage lovecraftien au travers d'oeuvres divers et variées. On peut reconnaitre son influence dans des BD comme Hellboy ou même Batman (l'asile D'Arkham pour ne citer que cela), ou au cinéma avec des métrages comme Evil Dead.
Il restera connu pour avoir quasiment inventé tout un genre littéraire du fantastique, à mi-chemin entre la SF et l'horreur orientée démonologie. L'ironie est qu'il est toujours plus connu en Europe qu'aux USA, son pays natal.
Son ex femme, Sonia Shifirkine Davis (Sonia Greene, donc), décèdera le 26 décembre 1972 à Sunland, en Californie.
Pour en savoir plus sur son univers, sur son oeuvre, ou sa biographie, bande de sympathiques mécréants, je ne peux que vous inviter à visiter les adresses suivantes :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Phillips_Lovecraft
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_de_Cthulhu
Je vous invite aussi à vous procurer au plus vite les oeuvres complètes de Lovecraft, parus en trois volumes chez Robert (prononcer "Robeurte", surnommé "Bob la chance", "Bob l'anguille" et "Pat la fraise" par ses intimes, ou "Force jaune" par les autres - ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas) Laffont dans la série "bouquins".
Ils ne sont pas ruinants (genre 25/25 Euros l'exemplaire, pour presque 3000 pages au total - Faut être rapiat pour trouver que c'est cher...















