david_SarrioDavid Sarrio est l’un des metteurs en scènes les plus doués du cinéma fantastique français actuel. Le jeune réalisateur français, s’apprête à nous présenter son prochain court-métrage : « the Punisher ». Déjà metteur en scènes des remarquables « Daredevil », « Project Gamma » et « Feedback », il accepte, pour nous, de répondre à quelques questions. Remercions-le de tout cœur pour sa gentillesse et sa disponibilitéJ.

-Sonador : David... Tu as décidé de devenir réalisateur dès l'âge de quinze ans. N'ayant pas eu la possibilité d'entrer dans l'industrie cinématographique, tu as commencé par investir de toi-même, avec des propres économies, dans tes propres courts. Qu'est ce qui a provoqué cette étincelle? Pourrais-tu nous parler de tes débuts ?

-David Sarrio : En fait, lorsque je me suis décidé à faire un court, et donc de me lancer enfin dans une carrière de réalisateur, m’à première envie a été de faire vivre les (super) héros de mon enfance. Je savais que dans le paysage cinématographique français c’était quelque chose d’inhabituel et que dans un premier temps je passerais sûrement pour un ado attardé qui va droit dans le mur avec un projet pareil. Moi, j’y voyais un pari esthétique à relever ainsi que le moyen de payer mon tribut aux comics.

Il se trouve que  je dois aux comics de faire de la réalisation. En effet, j’ai très tôt, dès tout petit avec les Walt Disney, « Godzilla » (NDA. L’original japonais de 1954, produit par la Toho et réalisé par Ishirô Honda, ainsi que ses suites… David ne parle pas du film US), puis Conan, James Bond, les films fantastiques des années 1930/1960 qui passaient à la tv...) eu un rapport très émotionnel avec le cinéma, mais c’est l’adaptation au cinéma des « Superman » qui m’a amené à lire Starfix (NDA. Starfix était un journal de cinéma qui défendait aussi bien le film de genre que le film d'auteur. Christophe Gans, Nicolas Boukhrief, Doug Headline et d'autres fondent le mensuel en 1983. Il disparaît au milieu des années 90 pour réapparaitre au cours des années 2000 sous une nouvelle déclinaison, indépendante du magazine original), Mad Movies, etc., des magazines qui m’ont alors ouvert au travail  des cinéastes. A partir de là, je ne pensais plus qu’à voir des films, à lire les textes de ceux qui en parlaient avec passion et à comprendre comment se fabriquait un long métrage. En fait, le « futur » père de Michael J Fox dans « Retour vers le futur 1», c'était moi !(rire)

J'imagine que c'est comme cela  que j'ai « appris » la grammaire cinématographique. Disons que si depuis 4/5 ans je commence à comprendre comment s'écrit un scénario (j'ai surtout compris que c'est un vrai métier et que les scénaristes avec qui je travaille maîtrisent cela mieux que moi), en ce qui concerne le langage filmique, c'est vraiment un rapport avec l’image qui m'a toujours paru plus ou moins évident. Faire un découpage pour raconter une scène, c'est quelque chose (après réflexion sur ce que devait traduire visuellement la scène en question) que j'ai, assez tôt, plutôt bien conceptualisé. Pour raconter une histoire, mon stylo, c'est la camera !

-Tu es donc complètement autodidacte ? (Que ce soit en matière de réalisations, de conceptions de scénarii ou de story-board ?)

-David Sarrio : Oui… Et non ! J'ai appris en regardant des films et en lisant principalement Starfix, Mad movies, et l'Ecran Fantastique.

-Une question plus personnelle : Y a-t-il, quelque part UN film en particulier qui t’as donné l’envie de faire du cinéma ?

-David Sarrio : Ce que je peux dire, c'est que je voulais faire un « Superman » parce que je pensais savoir comment traiter le sujet.

Mais, si je repense à mes chocs cinématographiques de pré-adolescent  (« Blade Runner » en tête, sur nos bonnes VHS granuleuses  d'il y a quinze ans), je ne suis pas sûr que ces grands films  m'aient donné envie de faire des films. Je restais un humble spectateur espérant surtout voir de nouveau des films de cette qualité. Donc, je me demande, si ce n'est pas plutôt les sympathiques films de série B d'action, d'horreur, etc.,  que je dévorais et qui me donnaient envie d'être réalisateur. Je me disais que je ne pouvais pas faire pire que certains et qu'en bossant, je pouvais aussi faire un film sympathique.

Puis, je me rappelais que l'on était en France, pays de grande culture, et que vouloir faire ce genre de cinéma ici était un peu mission impossible !

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-Jeune, passionné de "genre" et de comics, avec un budget de seulement 30 000 francs (4500 euros environ), tu t'es lancé dans la production de ton premier court-métrage : Daredevil.  Comment a commencé la production du film ? Comment l'as-tu financé ?

-David Sarrio : J’avais au départ 20 000 francs pour produire Daredevil the teaser. Puis j’ai eu un imprévu (EDF ne voulant plus me faire les branchements) d’environ 6 000 francs suite à la nécessité  d’utiliser un camion pour l’électricité. C’est mon père qui m’a avancé l’argent. Il a juste « tapé » quelques jours supplémentaires de travail (il fait le taxi).

-Concernant EDF, j’ai déjà entendu une anecdote similaire de la part d’un ami réalisateur... Quoiqu’un peu différente : il avait oublié de les prévenir... et le matos était plutôt exigeant en énergie (si je me souviens bien). Il ne se fera pas avoir deux fois ! Les aléas de la réal… Autrement, tu as convaincu Marvel de te laisser les droits d'adaptation ? Comment as-tu réalisé ce qui me parait être un joli tour de force ?... Ca parait assez surprenant, étant donné ton peu d’expérience qui était alors la tienne dans le domaine du cinéma.

-David Sarrio : Ceux qui font des fans films n'ont pas les droits d'adaptations. Ils s'engagent tacitement à ce que leurs films ne soient  pas commercialisés. Sachant qu'un court ne rapporte pas d'argent généralement. Donc, je n'avais pas les droits d'adaptation. J'ai tenté le coup, me disant qu'il n'allaient pas sanctionner une demarche de pur fan. Puisque un court ne rapporte pas d'argent mais en coute, je ne  faisais pas de profit sur leur dos.

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-Etant donné que tu n'as pas fais d'école de cinéma, comment as-tu appris les "techniques", les SFX, les ficelles et le langage cinématographique ? Tes expériences précédentes se sont elles révélées suffisantes pour mener à bien tous les aspects d'une production tel que ton premier court ?

-David Sarrio : Bien avant de réaliser des courts, lorsque j’imaginais des scènes (souvent d'action !), je cherchais toujours comment je pouvais tricher pour faire efficace et pas cher. J'adorais les astuces, comme celle de faire croire à un lancer de couteau qui se plante dans le plan d'après (un truc que j'ai testé dernièrement sur « Le frelon vert » d'Aurélien Poitrimoult). Pour mieux comprendre ce que je dis, écoutez  le commentaire audio du Pacte des Loups, Gans explique bien le truc.

-Puisqu’on parle de ça, de quelle façon abordes-tu le travail d’écriture ? Ecris-tu le scénario, dès le départ, en fonction des scènes, voire des angles de prises de vue que tu imaginais ? Ou commences-tu par l’histoire, de la façon la plus basique, pour ensuite, seulement, te concentrer sur la façon dont tu allais les mettre en images (via le story-board, en particulier) ?

-David Sarrio : Au début, je fonctionnais ainsi (Ecrire le scénario, dès le départ, en fonction des scènes, voire des angles de prises de vue que j’imaginais). Maintenant, je fais les choses dans l'ordre. Le scénario avant tout !

Tout ça pour dire que ce qui participait aussi à l'envie de faire ce projet c'était de trouver des astuces pendant le tournage pour faire croire aux exploits de notre DD. Par exemple, le plan de Daredevil arrivant face camera dans la ruelle, c'est en regardant des gymnastes à la TV, que j'ai eu l'idée d'utiliser un gymnaste de l'INSEP, de le faire rebondir sur un trampoline, et qu'il atterrisse sur un matelas. La camera étant placée en contre plongée, raz du sol, avec un cadre précis sur l'angle de l'immeuble. Ensuite c'est le montage d'un insert sur les pieds de DD qui sautent (depuis une fausse corniche en bois fabriquée par mon beau père), d'un plan de réaction des deux malfrats, et enfin, d'un plan d'atterrissage qui donne l'illusion du saut depuis un toit.

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Ce plan face camera, j'y tenais d'autant plus que dés le story-board c'était mon hommage aux cases de comics faites par Gene Colan et Kirby.

-Sincèrement, le résultat est bluffant. C’est totalement invisible, à l’écran. Et en dehors de tes premières expérimentations, comme celle de l'anecdote du couteau (qui me fait d'ailleurs penser aux débuts de Spielberg ou de Georges Lucas, soit dit en passant... mais beaucoup de réalisateurs ont débuté ainsi, bien sûr), quel était ton background, avant de monter le projet Daredevil? Ou peut-être es-tu directement passé à la réalisation de Daredevil ?

-David Sarrio : Un an avant, il y a eu uniquement un court, qui n’était qu’une suite de scènes dialoguées, fait avec un pote d'enfance comédien. J'ai juste retenu de cette expérience que je me sentais effectivement « vivant » sur un plateau. Si je n'avais pas d’abord accepté de coproduire et de coréaliser ce court avec mon pote, j'aurais certainement réalisé Daredevil plus tôt. Il faut savoir que je me suis (enfin !) lancé dans ce court avec mon pote suite à une rencontre avec Gilles et Tristan, deux réals qui m'on dit qu'avec 30/40 000 francs on pouvait faire un court en pelloche. A cette époque j'étais tellement loin de ce milieu (et pas très malin, non plus) que je pensais qu'il fallait minimum 6/7 fois plus pour commencer un projet de court. C'était des chiffres que j'avais dû lire quelques part. Un document provenant du CNC, je penses. Clairement, je ne pensais pas que beaucoup de gens pouvait participer gratuitement à un projet de film ou qu’une caméra, avec de la persuasion, pouvait vous être prêtée…

-Comment s'est passé le tournage? Peut-être as-tu des anecdotes...

-David Sarrio : Le tournage c'est déroulé sur quatre nuits... Je suis en panne d'inspiration sur ces questions !

-Eh bien, pour ce qui est matériel, par exemple (et je ne parle pas du décor, puisque tu viens toi-même d’en parler) ? 20 000 francs me paraît a priori assez court pour réunir le matos nécessaire à un tournage. Comment tu t’y es pris ?

-David Sarrio : J'ai tout négocié comme un marchant de tapis ! Plus sérieusement, beaucoup de gens m'ont aidé.

-Côté technique, tu as utilisé le latex pour le costume, et les maquillages, pour le caïd - faute de moyens - semble avoir été réalisé en "flux tiré" (prêt une heure avant le tournage). Vu ton manque d'expérience dans ce domaine, on ne peut qu'être impressionné par le résultat... (si, si!). D'un côté, sur manwithoutfear (site Web auquel tu as accordé un interview, il y a quelques années), tu sembles satisfait des choix qui t'ont permis d'aboutir à un résultat satisfaisant... et en même temps, dans tes réponses, sur Mad Movies, tu me semblais craindre, à une époque, de te faire "lyncher" (pour reprendre tes propres termes) à cause de l'apparence ratée du caïd... Peux-tu nous en dire plus?

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Le caïd

-David Sarrio : Canon Ball (le caïd) voulait mettre une sorte de grosse carapace en latex qu'il avait déjà utilisé dans une pièce de théâtre. J'ai trouvé l'idée bonne, mais une fois l'œil derrière l'objectif ma chef opératrice, Sophie Cadet, m'a fait remarquer que cela passait mal à l'image. Plutôt que perdre un temps fou à l'ôter et parce que le comédien avait tenu à le mettre, j'ai pris la mauvaise décision. Dès le départ j'aurais du dire à mon pote Canon Ball qu'il ressemblait au caïd sans ça (Un catcheur de 180kg pour 1m85 quant même !). Deuxième soucis, et là je n'avais pas de solution,  impossible de lui raser la tête. Donc une prothèse de faux crâne lui a été posée juste avant de tourner. Malheureusement, cela lui gommait les marques d'expression du front. Le personnage devenait trop « gros bébé ». La représentation du caïd devenait très Cartoon.

Mais bon, je n’allais pas stopper le tournage pour autant. Je me suis alors dis que Je n'avais plus qu'à compter sur l'indulgence du public.

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Le caïd... au naturel

-Ton expérience des effets spéciaux, affûtée par tes travaux précédents, a-t-elle été suffisante pour mener à bien toutes tes astuces sur Daredevil, ou as-tu fait appel à un professionnel de l'extérieur pour t'aider à les concrétiser? (en clair : tes idées, comme celles d'utiliser le coup du trampoline, viennent de toi seul ou tu as bénéficié d'un coup de main pro)?

David Sarrio : Pas de coup de main de pro ! Et puis ce sont surtout plein de petites astuces plus que des FX, d'après moi.

Comment s’est déroulée la phase post-production ? Le montage, en particulier ?

David Sarrio : Cela prend surtout du temps car  il faut s'adapter aux disponibilités des gens. Montage image, montage son, génériques, quelques Fx digitaux, et l'étalonnage, tout cela c'est repartis sur un an.

-Comment as-tu "diffusé" le court métrage? Dans les festivals (comme ça se fait souvent)? Autres? Quel en a été l'accueil, au départ? Il semble avoir connu un franc succès... : 1er prix du meilleur court-métrage 2001 décerné par SFX Magazine, Sélection officielle au Festival International du Film d'Athènes, Remarqué au festival international Fantastic Films de Manchester et au salon Paris BD.... Il semble avoir été comparé au Batman de Burton (d'ailleurs, effectivement, il y a de "ça")... Pas mal, tout ça !

-David Sarrio : En fait tu as tout dit !

-Quel en a été le bilan? Les retombées directes? Quelle expérience en as-tu retiré?

-David Sarrio : Disons que les retombées n'ont pas été conséquentes financièrement (avec un court on ne gagne pas d'argent faut le savoir; Et trouver tout de suite du boulot en réalisation lorsque que l'on film des type en Spandex, J, en France ce n’est pas évident), mais je me suis crée des contacts. Et surtout, j'ai rencontrée Thomas Kornfeld avec qui j'ai créé Nomad Films (http://www.nomad-films.com/) et Luc Damie qui est la personne qui a instiguée Projet Gamma.

-Que penses-tu de l'adaptation de Daredevil, le film de Mark Steven Johnson (j'imagine déjà ta réponse...)? N'as-tu pas tenté d'en proposé l'adaptation "officielle", en long? (c'était sans doute trop tôt...?). Vu la réussite critique de ton court, ça aurait peut-être pu être une aventure à tenter...

-David Sarrio : Je prefere ne pas repondre. Les critiques, en me mettant en avant par rapport au long de MSJ, en ont suffisament dit. Le film est ce qu'il est, mais faut rester humble, MSJ en est à son 2eme long, et moi je n'en ai tjs pas fait un premier. 

La suite de l’interview la semaine prochaine… « Project Gamma » J.

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