03 juin 2007
Interview de David Sarrio (suite) : "Project Gamma"
David Sarrio nous parle donc aujourd'hui de la continuité de sa carrière, de son second court métrage... Project Gamma.
-Sonador : Ok, venons-en à la suite... le fameux project Gamma... J’avoue qu’il m’a encore plus impressionné que Daredevil. Sans doute simplement à cause de la gestion des sfx, l’apport de moyens plus importants... et bien sûr, le court dure plus longtemps. En fait ce qui est assez remarquable, c’est ta progession d’un court à l’autre. Le premier, Daredevil, aussi bien fait soit-il, reste relativement amateur, tandis que Project Gamma fait vraiment “film”. On sent que tu tends à progresser dans la direction du long métrage, aussi bien dans l’approche du sujet que dans le traitement du montage et de la narration. De l’autre côté, on retrouve ton style propre, très BD (sans parler du personnage lui-même, issus de DC Comics). On peut le voir notamment au travers du générique, très stylé. Comment est né ce projet? Est-ce toi-même qui l’a lancé pour te situer dans la continuité de Daredevil? Pour affiner ton style dans ce genre particulier qu’est l’adaptation BD au cinéma? Ou plus simplement ta narration, ta réalisation ?
-David Sarrio : C'est après avoir vu DD sur Internet que Luc Damie, un pur geek, m'a contacté. Il m'a proposé de refaire (en le finançant) un faux teaser mettant en scène un personnage de Marvel. Il avait l'idée de faire en quelques minutes les origines soit de Thor, d'Iron man, ou de Hulk. Avec l'accord de Luc, je me suis tout de suite focalisé sur Hulk, dont la faisabilité, l'imagerie et les thématique me semblaient exploitables en format court.
Au même moment, mon chemin a croisé celui de Thomas Kornfeld, qui m'a demandé de faire parti de la boite de prod (Nomad films) qu'il montait. Je lui ai alors amené le projet. Et Luc, Thomas et moi avons réfléchi ensemble. Thomas m'a alors rapidement demandé de trouver un petite histoire à raconter, et pas simplement de filmer les instant de la première transformation de Banner. Et nous voila, Fréderic Roumy (co-scénariste) et moi, excités comme tout, à plancher sur un film de 15mn maxi d'après un personnage avec lequel nous avions grandis. La gageur était donc de m'affirmer un peu plus de ce genre qu'est l'adaptation de comics de super héros en film, mais surtout d'avancer en tant que réalisateur tout simplement. C'est à dire, travailler la dramaturgie, la direction de comédiens... Enfin, le Ba-ba du métier (en ce qui me concerne, plus simple à dire qu'à faire, J) .
Après DD je ne pensais pas pouvoir refaire (question de moyens) une adaptation d'un « super héros » en court. Je peux vous dire que Luc est le deux ex machina dont rêve tout les réalisateur.
-La série Matrix a-t-elle participé à tes influences ? Je pense (spoilers… je précise pour ceux qui n’auraient pas vu le court métrage) au côté monde virtuel dans lequel le personnage se trouve perdu. Ou est-ce une résurgente d’un autre genre de BD, le Manga (lequel a largement influencé Matrix, et bon nombre d’oeuvres SF). L’aspect intéressant de cette idée, soit-dit en passant, c’est que précisément, il mélange pour ainsi dire deux univers : celui du manga SF et le style super héros.
-David Sarrio : Avec Frédéric, on réfléchissait à ce qu'exprimait la dualité Banner/Hulk, et notamment à ce que d'un point de vue dramaturgique cela pouvait engendrer. Et en déconnant, on a imaginé un Banner dans une ville factice à la Truman show ou toutes situations de stress lui serait évitées. Sauf qu'un môme n’arrête pas de lui casser les pieds en lui disant qu'il ressemble à un personnage de comic book...Ce qui finit par excéder notre mister Banner. D'un coup, avec une approche sérieuse, je me suis dis que l'on avait notre sujet. Et puis, bien que je ne sois malheureusement pas un gros lecteur de romans, j'ai eu la chance de lire du Philip K. Dick (NdA. L’auteur des romans à l’origine de « Blade Runner », Total recall, et Minority Report, pour ne citer que les meilleures adaptations. Le romancier, mort en 1982, tournaient souvent ses œuvres autour des sujets tels que la dualité ou « qu’est-ce que la nature humaine… », etc… Ses thématiques découlaient pour beaucoup de ses propres problèmes personnels : il était à la fois schizophrène et drogué. Des œuvres – par ailleurs remarquables - telles que la récente série « Galactica » s’inspirent largement de son travail. Il est considéré à juste titre comme étant l’un des grands auteurs SF du vingtième siècle), et ses thématiques me semblaient bien se marier avec le personnage de Hulk. L'utilisation du monde virtuel comme outil de contrôle m'est alors immédiatement venu a l'esprit. Je me suis aussi inspiré du principe narratif du “one-shot” en comics. J'ai également eu la chance de découvrir certains ouvrages d'Henry Laborit (biologiste de renom). Ses écrits m'on permis de m'éloigner de l'approche “dualiste”et Psychanalytique du personnage, à la façon de Dr Jekil et Mr Hyde. Je lui préférais un approche biologique du fonctionnement du cerveau qui à mon sens nous éclaire sur la nature humaine. Je voulez parler de cette part animale (je précise que le propos n'était pas de suggérer que les animaux sont plus dangereux que les hommes. Un préjugé ancré dans l’inconscient collectif.), venant de notre cerveau reptilien, qui influence nos actes de tous les jours. J’ai ensuite décidé d’utiliser le générique de début comme un outil narratif pour résumer les origines de Hulk. Un principe de mise en place hérité du serial…et des comics books (sous la forme d’un court texte en 1ière page, accompagnée ou pas des quelques cases)
-Ce « côté reptilien » n’est pas sans rappeller Pitch black (mais c’est une très bonne idée, hein...! Tu as d’ailleurs traité ton cours très différemment). De même que ce traitement entre monde virtuel peut être vu sur plusieurs niveaux (du moins tel que je le vois) : tu as le monde virtuel, dit “parfait”, calme, un monde de quiétude, et le mond réel, brutal, stressant. Ça évoque un peu ce que l’on peut ressentir lorsque l’on pénètre dans un jeu vidéo... voire dans un monde dit “littéraire”... comme le comic book par exemple... en clair, de l’extérieur, cela pourrait être presque percu comme étant un sous-texte de ta part, la représentation de ce que l’on ressent lorsqu’on est plongé dans l’univers “alternatif” du comic... voire l’agacement, la frustration ressentie lorsqu’on nous en sort! En tout cas, sincèrement, je trouve que c’est l’iéde brillante du court, la valeur ajoutée qui, immédiatement, lui donne toute sa personnalité et son identité propre par rapport à ce qui aurait pu être classiquement fait par quelqu’un d’autre (en clair, le réalisateur lambda se serait sans doute probablement focalisé sur un événènement plus “simple”, moins imaginatif, pour illustrer la transformation de Hulk, et se serait sans doute centré sur les dégats que causeraient le personnage... ça aurait été une autre approche, pas moins bonne en soit, sans doute plus spectaculaire – à condition d’avoir les moyens pour, bien sûr - mais qui aurait été nettement moins originale et thématiquement beaucoup moins riche, et au final, moins intéressant sur le fond... bon, bien sûr, sur le seul principe, je n’aurais pas été contre une bonne vieille destruction de décor...). Autrement, pour ce court-ci, comment vous êtes vous débrouillé pour le budget?
-David Sarrio : Comme on a pu avec 25000 euros. Ce qui est le prix moyen (plutôt en dessous même) d'un court avec copie 35mm au bout. Sauf que là, vu les ambitions du projet, je revoyais, régulièrement tout a la baisse lors de l'écriture du scénario...
-Vraiment? Mais quelle type de scène as-tu abandonnées ?
-David Sarrio : C'est plutôt de l'ampleur dans les scènes que j'ai du abandonner. Car consciemment ou inconsciemment, l'écriture étant conditionnée par la contrainte budgétaire liée au projet, on finissait par “coincer” nos personnages dans quatre murs. J'aurais aimé commencer le film par des prises de vue extérieures sur l'appartement virtuel de Banner, c'est également un appartement que j'aurais aimé proche de celui de Jude Law dans « Bienvenue à Gattaca »…J'aurais aimé plein de plans de ce type suivant les décors.
-La production s’est déroulée sur combien de temps? Des anecdotes à offrir à nos lecteurs? Où avez-vous tourné? Dans quelles conditions? Comment avez vous élaboré le décors?
-David Sarrio : On a eu six jours de tournage : Deux jours sur Paris et quatre jours dans une usine désaffecté en banlieue. On tournait en moyenne 25/27 plans (sfx et comédie) par jours (de grosses journées !). C'est avec ce qu'il avait à sa disposition dans l'usine, ainsi qu'avec des objets empruntés ci et là, que le chef déco à “bricolé” le décor du labo et du bunker retenant Banner. Il a fait des miracles avec environ 1700 euros. Je me souviens que dès que je changeais d'axe de camera, on déplaçait le seul écran plasma, que l'on avait loué (NdA : pour l’anecdote, Ridley Scott a eu recours aux mêmes aux mêmes genres de techniques pour les mêmes raisons sur Blade Runner), afin d'habiller l'image. Je précise que l'on diffusait des graphismes concoctés par Francois Ferraci (le même qui a fait des miracles avec les sfx du Frelon vert).
-Puisque tu évoques le frelon vert... le court métrage d’Aurélien Poitrimoult (2005) a été tourné en gros deux ou trois ans après Project Gamma (2002). Tu as travaillé sur le court comme cadreur, probablement en raison de ton expérience sur Project gamma et sur Daredevil. Comment t’es-tu retrouvé sur ce projet ? C’est le réalisateur qui t’a contacté ? Apparemment, Aurélien avait rencontré Manu Lanzi durant le tournage de ton court métrage de Feedback (dans lequel Manu Lanzi oeuvrait en tant que coordinateur des cascades). De cette rencontre est née le « Frelon vert », semble-t-il... court métrage dans lequel joue Manu Lanzi, justement (il fait le personnage titre). Visiblement le metteur en scène du frelon et to, vous avez de fortes accointances ! Aurélien a donc travaillé sur Feedback, lui aussi ?
-David Sarrio : Si tu cherche à faire une filiation avec mes courts, je dirais que le frelon vert est plus dans la continuité de Daredevil. L'ambition du court d'Aurélien (j’espère ne pas trahir sa pensée) se situait au niveau de l'ambiance visuelle, de l'icônisation des héros, et des combats. Aurélien et moi nous nous sommes rencontrés dans les locaux de Nomad films, et nous avons vite accroché ensemble. Je lui ai demandé d'être assistant réalisateur sur Feedback (démo réel d'un long métrage toujours en chantier). Une fonction qu'il a partagée avec Cheyenne Core. Sur le tournage il a rencontré Manu Lanzi avec qui il a finit par préparer Le Frelon Vert. Aurélien m'a ensuite demandé de filmer son court avec lui. Je l'ai alors mis en contact avec Marc Romani, un chef op’ qui travaille régulièrement avec un pote real Grégory Morin (ces courts sont vraiment à voir !). Sur le tournage, Aurélien s'est retrouvé avec Marc à établir les plans larges, et moi j'allais chercher à l'intérieur des scènes la matière filmique nécessaire au montage. C'était un travail sur les plans serrés des réactions des comédiens, sur les inserts et les raccords entre les plans qui m'a valu d'être aussi cité au générique comme conseiller technique. Aurélien est un mec à l'écoute des autres, alors lorsque que parfois nous n'étions plus que lui et moi sur le tournage (dans un court tout le monde ne peut pas toujours se libérer au même moment pour des raisons professionnelles) avec les comédiens, cela se passait vraiment bien. Sa mise en scène étant claire et limpide, et les chorégraphies de Manu et Vo hyper « carrées », le filmage des scènes allez de lui même. Et je peux vous dire que ce n’est pas tout les jours que Kato vous fait un sandwich…C’est vous dire que tout le monde mettait la main à pâte sur ce tournageJ.
-Ledit réalisateur avait comme idée de faire du court une série... ou de reprendre un autre personnage de super héros et d’en faire un nouveau court. Je ne sais pas si tu es encore en contact avec lui, mais tant qu’on y est... sais-tu où en sont ses projets ?
-David Sarrio : C'est un vrai pote, donc, oui, je sais qu'il prépare un court dans le même genre... Attendons qu'il l'annonce lui même.
-Le fait que l’on ne voie le personnage de Hulk à la fin est une volonté directe de ta part, ou est-ce une conséquence d’un manque de budget? (si c’est le cas, du reste, ça ne t’a pas desservi, puisque cela te permet d’y adjoindre ce concept particulier qui est celui du “à suivre” particulièrement plaisant, ici).
-David Sarrio : Disons que, dans le domaine du court métrage les choix narratifs sont souvent liés aux moyens dont on dispose. Déjà que vouloir montrer une transformation de Hulk avec nos moyens c'était casse-gueule... Alors, une scène – ou même seulement quelques plans avec un Hulk en pied crédible – c'était pas faisable. Cela dit, le concept du « à suivre » et cohérent avec la BD mainstream, non ?
-Parfaitement! Et comment as-tu attiré des noms comme celui de Féodor Atkine ou celui de Jean-claude Bouillon ? Comment les avez-vous rencontré? Comment s’est déroulé le tournage avec eux (bien, je m’en doute mais bon...) ?
-David Sarrio : Tu demande autour de toi si quelqu'un a leur coordonnées, tu les appelles, le projet les amuse, et sauf empêchement de dernières minutes, ils viennent jouerJ.
-Evidemment… Ça a l’air bougrement simple, présenté ainsi... J’imagine que tu t’es mis en contact avec François Ferraci de la même façon qu’avec les acteurs... (quoique... il semble faire partie du staff de réalisateurs de Nomad-films : http://www.nomad-films.com) Pour les sfx... Vous êtes passé par l’étapes CGI, par moment. A priori, c’était la première fois que tu en venais à utiliser ses outils. Tu es passé par une société extérieure?
-David Sarrio : J'ai d'abord fait un découpage précis des ma scène de transformation et spécifié l'approche graphique que je désirais. C'est a dire que je tenais à garder un aspect organique, à obtenir un effet de « chair en souffrance ». Je prenais souvent comme références les transformation de The Thing de Carpenter et du Loup Garou de Londres de Landis, et un superbe Dessin de Gabriel D'el Lotto. enfin, j'aurais aimé aller encore plus loin dans ce sens... Ensuite, malgré mes notions rudimentaires en matière d'effets spéciaux, j'ai fait une première déduction de ce qu'il me fallait : des sfx en latex, de la 2D, du morfing, le plan final en 3D, deux doublures aux physiques hors normes... Et du bidouillage de dernières minutes. Donc, d'un coté Jacques Olivier Molon et son équipe ont commencé a créer le buste et le pied de Hulk (une dépense conséquente de 3000 euros), pendant que l'on cherchait notre responsable des effets spéciaux numériques. C'est Kroa (l'un des meilleurs de France) qui a fini par venir sur le tournage pour en assurer les sfx. Il a, ensuite, dirigé une équipe de truquistes qui travaillaient chacun sur l’un des aspects des sfx. mais le plan le plus impressionnant, je le dois à Krao, c'est le plan large de Hulk/Banner sur son siège. C'est un morphing entre le comédien, la doublure (un body-builder) et le buste en latex. C'est vraiment un plan dont je suis fier !
-Molon, c’est l’équipe de FX/cinéma, je crois? (Pour voir le travail d’fx cinema : http://www.fxcinema.com/index.php) Ils ont fait aussi quelques boulots pour Guillaume Pin (pour “game cube”, la ba de “Paris cinema”, et les maquillages de “Medulla need”... Ils assurent). J’imagine que le montage a été considérablement plus long et compliqué que pour Daredevil... Tu as bossé sur quelles bécanes pour le montage et les effets spéciaux digitaux ?
-David Sarrio : Non, le montage (environ sept jours sur un banc Avid classique) n'a pas été - techniquement - particulièrement difficile, pas plus qu'un court lambda. De toutes façons, vu le temps de tournage réduit, et en raison d'un découpage précis qui donnait déjà la direction narrative à suivre, nous n’avions, me semble-t-il, qu'une seule voie à suivre pour monter le film.
-Tu as de nouveau travaillé avec Canonball, sur ce court (cf. http://www.canon-ball.biz/cv/cv.htm pour voir l’acteur au “naturel”). Ce catcheur est une vraie masse... et le bonhomme est visiblement touche à tout : catcher, acteur, professeur de lutte scénique, réalisateur... Il est pour le moins eclectique. Comment l’as-tu rencontré?
-David Sarrio : Canonball est un pote. Sur Projet Gamma, j’avais besoin de lui pour mouler le pied de Hulk et pour “jouer” le plan du pied pendant le tournage. C'était pas quelque chose de très gratifiant, mais Canonball et un mec sur qui vous pouvez compter.
-Tu as des scènes coupées de tes courts, quelques part?... Peut-être susceptibles d’être visibles en dvd, le cas échéant?
-David Sarrio : Des Scènes coupées ??!! Pour le moment, en ce qui me concerne (et c'est le cas de beaucoup de courts), vu les moyens qu'auraient demandé mes films, j'ai plutôt un manque de scène ou de plans au final.
-On a parlé de toi dans le magazine de Mad Movies. En dehors de cet accueil, positif, quel retour as-tu eu, pour ce court (question récurente, mais logique)
-David Sarrio : J'ai aussi eu des articles dans Comics Box, SFX magazine, sur plusieurs sites de BD et de cinéma étrangers, des reportages tv dans le journal du cinéma de C+, 13ème rue, Allociné Tv, pleins de bonnes choses, quoi. Après, si le sens de la question est de savoir si j'ai eu des propositions de travail, voir de longs métrages, il faut savoir que vivre de la réalisation (clips, pubs, films institutionnels...) est très difficile, et plus encore lorsque vous êtes catalogué comme réalisateur de film de mec en collant moule burnes (lol). De plus, pour enchaîner sur un long métrage, il vaut mieux avoir un scénario prêt à tourner et pas cher à produire. Ce qui n'était pas mon cas à ce moment là.
-Tu souhaitais, semble-t-il, adapter en court métrage le personnage du “surfer d’argent”? (vu dans une autre interview, celle de manwithoutfear… Mais il semble en fait qu’il s’agisse d’une erreur de traduction de ma part) C’est toujours en projet ?
-David Sarrio: Je ne me souviens pas de ça! Dans une économie à la Daredevil, j'avais écrit une sorte de suite à mon court qui s'intéressait principalement à Bulleys et Elektra. Sinon, je pensais à des super héros plus urbains et lunaires genre Luke Gage, Iron fist (c'est surtout Pierre, un pote pratiquant d'art martiaux qui m'en parlait) Batman (mais avec le p'tit bijoux “Batman Dead End” je me suis dit que je devais vraiment avoir des moyens pour faire aussi fun), Wolfwerine, le Punisher… Et puis à un moment, on se dit, et l’on vous dit, qu’il serait bien de créer son propre super héros!
26 mai 2007
Cinéma fantastique... Exclusif! Interview du réalisateur David Sarrio!
David Sarrio est l’un des metteurs en scènes les plus doués du cinéma fantastique français actuel. Le jeune réalisateur français, s’apprête à nous présenter son prochain court-métrage : « the Punisher ». Déjà metteur en scènes des remarquables « Daredevil », « Project Gamma » et « Feedback », il accepte, pour nous, de répondre à quelques questions. Remercions-le de tout cœur pour sa gentillesse et sa disponibilitéJ.
-Sonador : David... Tu as décidé de devenir réalisateur dès l'âge de quinze ans. N'ayant pas eu la possibilité d'entrer dans l'industrie cinématographique, tu as commencé par investir de toi-même, avec des propres économies, dans tes propres courts. Qu'est ce qui a provoqué cette étincelle? Pourrais-tu nous parler de tes débuts ?
-David Sarrio : En fait, lorsque je me suis décidé à faire un court, et donc de me lancer enfin dans une carrière de réalisateur, m’à première envie a été de faire vivre les (super) héros de mon enfance. Je savais que dans le paysage cinématographique français c’était quelque chose d’inhabituel et que dans un premier temps je passerais sûrement pour un ado attardé qui va droit dans le mur avec un projet pareil. Moi, j’y voyais un pari esthétique à relever ainsi que le moyen de payer mon tribut aux comics.
Il se trouve que je dois aux comics de faire de la réalisation. En effet, j’ai très tôt, dès tout petit avec les Walt Disney, « Godzilla » (NDA. L’original japonais de 1954, produit par la Toho et réalisé par Ishirô Honda, ainsi que ses suites… David ne parle pas du film US), puis Conan, James Bond, les films fantastiques des années 1930/1960 qui passaient à la tv...) eu un rapport très émotionnel avec le cinéma, mais c’est l’adaptation au cinéma des « Superman » qui m’a amené à lire Starfix (NDA. Starfix était un journal de cinéma qui défendait aussi bien le film de genre que le film d'auteur. Christophe Gans, Nicolas Boukhrief, Doug Headline et d'autres fondent le mensuel en 1983. Il disparaît au milieu des années 90 pour réapparaitre au cours des années 2000 sous une nouvelle déclinaison, indépendante du magazine original), Mad Movies, etc., des magazines qui m’ont alors ouvert au travail des cinéastes. A partir de là, je ne pensais plus qu’à voir des films, à lire les textes de ceux qui en parlaient avec passion et à comprendre comment se fabriquait un long métrage. En fait, le « futur » père de Michael J Fox dans « Retour vers le futur 1», c'était moi !(rire)
J'imagine que c'est comme cela que j'ai « appris » la grammaire cinématographique. Disons que si depuis 4/5 ans je commence à comprendre comment s'écrit un scénario (j'ai surtout compris que c'est un vrai métier et que les scénaristes avec qui je travaille maîtrisent cela mieux que moi), en ce qui concerne le langage filmique, c'est vraiment un rapport avec l’image qui m'a toujours paru plus ou moins évident. Faire un découpage pour raconter une scène, c'est quelque chose (après réflexion sur ce que devait traduire visuellement la scène en question) que j'ai, assez tôt, plutôt bien conceptualisé. Pour raconter une histoire, mon stylo, c'est la camera !
-Tu es donc complètement autodidacte ? (Que ce soit en matière de réalisations, de conceptions de scénarii ou de story-board ?)
-David Sarrio : Oui… Et non ! J'ai appris en regardant des films et en lisant principalement Starfix, Mad movies, et l'Ecran Fantastique.
-Une question plus personnelle : Y a-t-il, quelque part UN film en particulier qui t’as donné l’envie de faire du cinéma ?
-David Sarrio : Ce que je peux dire, c'est que je voulais faire un « Superman » parce que je pensais savoir comment traiter le sujet.
Mais, si je repense à mes chocs cinématographiques de pré-adolescent (« Blade Runner » en tête, sur nos bonnes VHS granuleuses d'il y a quinze ans), je ne suis pas sûr que ces grands films m'aient donné envie de faire des films. Je restais un humble spectateur espérant surtout voir de nouveau des films de cette qualité. Donc, je me demande, si ce n'est pas plutôt les sympathiques films de série B d'action, d'horreur, etc., que je dévorais et qui me donnaient envie d'être réalisateur. Je me disais que je ne pouvais pas faire pire que certains et qu'en bossant, je pouvais aussi faire un film sympathique.
Puis, je me rappelais que l'on était en France, pays de grande culture, et que vouloir faire ce genre de cinéma ici était un peu mission impossible !
-Jeune, passionné de "genre" et de comics, avec un budget de seulement 30 000 francs (4500 euros environ), tu t'es lancé dans la production de ton premier court-métrage : Daredevil. Comment a commencé la production du film ? Comment l'as-tu financé ?
-David Sarrio : J’avais au départ 20 000 francs pour produire Daredevil the teaser. Puis j’ai eu un imprévu (EDF ne voulant plus me faire les branchements) d’environ 6 000 francs suite à la nécessité d’utiliser un camion pour l’électricité. C’est mon père qui m’a avancé l’argent. Il a juste « tapé » quelques jours supplémentaires de travail (il fait le taxi).
-Concernant EDF, j’ai déjà entendu une anecdote similaire de la part d’un ami réalisateur... Quoiqu’un peu différente : il avait oublié de les prévenir... et le matos était plutôt exigeant en énergie (si je me souviens bien). Il ne se fera pas avoir deux fois ! Les aléas de la réal… Autrement, tu as convaincu Marvel de te laisser les droits d'adaptation ? Comment as-tu réalisé ce qui me parait être un joli tour de force ?... Ca parait assez surprenant, étant donné ton peu d’expérience qui était alors la tienne dans le domaine du cinéma.
-David Sarrio : Ceux qui font des fans films n'ont pas les droits d'adaptations. Ils s'engagent tacitement à ce que leurs films ne soient pas commercialisés. Sachant qu'un court ne rapporte pas d'argent généralement. Donc, je n'avais pas les droits d'adaptation. J'ai tenté le coup, me disant qu'il n'allaient pas sanctionner une demarche de pur fan. Puisque un court ne rapporte pas d'argent mais en coute, je ne faisais pas de profit sur leur dos.
-Etant donné que tu n'as pas fais d'école de cinéma, comment as-tu appris les "techniques", les SFX, les ficelles et le langage cinématographique ? Tes expériences précédentes se sont elles révélées suffisantes pour mener à bien tous les aspects d'une production tel que ton premier court ?
-David Sarrio : Bien avant de réaliser des courts, lorsque j’imaginais des scènes (souvent d'action !), je cherchais toujours comment je pouvais tricher pour faire efficace et pas cher. J'adorais les astuces, comme celle de faire croire à un lancer de couteau qui se plante dans le plan d'après (un truc que j'ai testé dernièrement sur « Le frelon vert » d'Aurélien Poitrimoult). Pour mieux comprendre ce que je dis, écoutez le commentaire audio du Pacte des Loups, Gans explique bien le truc.
-Puisqu’on parle de ça, de quelle façon abordes-tu le travail d’écriture ? Ecris-tu le scénario, dès le départ, en fonction des scènes, voire des angles de prises de vue que tu imaginais ? Ou commences-tu par l’histoire, de la façon la plus basique, pour ensuite, seulement, te concentrer sur la façon dont tu allais les mettre en images (via le story-board, en particulier) ?
-David Sarrio : Au début, je fonctionnais ainsi (Ecrire le scénario, dès le départ, en fonction des scènes, voire des angles de prises de vue que j’imaginais). Maintenant, je fais les choses dans l'ordre. Le scénario avant tout !
Tout ça pour dire que ce qui participait aussi à l'envie de faire ce projet c'était de trouver des astuces pendant le tournage pour faire croire aux exploits de notre DD. Par exemple, le plan de Daredevil arrivant face camera dans la ruelle, c'est en regardant des gymnastes à la TV, que j'ai eu l'idée d'utiliser un gymnaste de l'INSEP, de le faire rebondir sur un trampoline, et qu'il atterrisse sur un matelas. La camera étant placée en contre plongée, raz du sol, avec un cadre précis sur l'angle de l'immeuble. Ensuite c'est le montage d'un insert sur les pieds de DD qui sautent (depuis une fausse corniche en bois fabriquée par mon beau père), d'un plan de réaction des deux malfrats, et enfin, d'un plan d'atterrissage qui donne l'illusion du saut depuis un toit.
Ce plan face camera, j'y tenais d'autant plus que dés le story-board c'était mon hommage aux cases de comics faites par Gene Colan et Kirby.
-Sincèrement, le résultat est bluffant. C’est totalement invisible, à l’écran. Et en dehors de tes premières expérimentations, comme celle de l'anecdote du couteau (qui me fait d'ailleurs penser aux débuts de Spielberg ou de Georges Lucas, soit dit en passant... mais beaucoup de réalisateurs ont débuté ainsi, bien sûr), quel était ton background, avant de monter le projet Daredevil? Ou peut-être es-tu directement passé à la réalisation de Daredevil ?
-David Sarrio : Un an avant, il y a eu uniquement un court, qui n’était qu’une suite de scènes dialoguées, fait avec un pote d'enfance comédien. J'ai juste retenu de cette expérience que je me sentais effectivement « vivant » sur un plateau. Si je n'avais pas d’abord accepté de coproduire et de coréaliser ce court avec mon pote, j'aurais certainement réalisé Daredevil plus tôt. Il faut savoir que je me suis (enfin !) lancé dans ce court avec mon pote suite à une rencontre avec Gilles et Tristan, deux réals qui m'on dit qu'avec 30/40 000 francs on pouvait faire un court en pelloche. A cette époque j'étais tellement loin de ce milieu (et pas très malin, non plus) que je pensais qu'il fallait minimum 6/7 fois plus pour commencer un projet de court. C'était des chiffres que j'avais dû lire quelques part. Un document provenant du CNC, je penses. Clairement, je ne pensais pas que beaucoup de gens pouvait participer gratuitement à un projet de film ou qu’une caméra, avec de la persuasion, pouvait vous être prêtée…
-Comment s'est passé le tournage? Peut-être as-tu des anecdotes...
-David Sarrio : Le tournage c'est déroulé sur quatre nuits... Je suis en panne d'inspiration sur ces questions !
-Eh bien, pour ce qui est matériel, par exemple (et je ne parle pas du décor, puisque tu viens toi-même d’en parler) ? 20 000 francs me paraît a priori assez court pour réunir le matos nécessaire à un tournage. Comment tu t’y es pris ?
-David Sarrio : J'ai tout négocié comme un marchant de tapis ! Plus sérieusement, beaucoup de gens m'ont aidé.
-Côté technique, tu as utilisé le latex pour le costume, et les maquillages, pour le caïd - faute de moyens - semble avoir été réalisé en "flux tiré" (prêt une heure avant le tournage). Vu ton manque d'expérience dans ce domaine, on ne peut qu'être impressionné par le résultat... (si, si!). D'un côté, sur manwithoutfear (site Web auquel tu as accordé un interview, il y a quelques années), tu sembles satisfait des choix qui t'ont permis d'aboutir à un résultat satisfaisant... et en même temps, dans tes réponses, sur Mad Movies, tu me semblais craindre, à une époque, de te faire "lyncher" (pour reprendre tes propres termes) à cause de l'apparence ratée du caïd... Peux-tu nous en dire plus?
Le caïd
-David Sarrio : Canon Ball (le caïd) voulait mettre une sorte de grosse carapace en latex qu'il avait déjà utilisé dans une pièce de théâtre. J'ai trouvé l'idée bonne, mais une fois l'œil derrière l'objectif ma chef opératrice, Sophie Cadet, m'a fait remarquer que cela passait mal à l'image. Plutôt que perdre un temps fou à l'ôter et parce que le comédien avait tenu à le mettre, j'ai pris la mauvaise décision. Dès le départ j'aurais du dire à mon pote Canon Ball qu'il ressemblait au caïd sans ça (Un catcheur de 180kg pour 1m85 quant même !). Deuxième soucis, et là je n'avais pas de solution, impossible de lui raser la tête. Donc une prothèse de faux crâne lui a été posée juste avant de tourner. Malheureusement, cela lui gommait les marques d'expression du front. Le personnage devenait trop « gros bébé ». La représentation du caïd devenait très Cartoon.
Mais bon, je n’allais pas stopper le tournage pour autant. Je me suis alors dis que Je n'avais plus qu'à compter sur l'indulgence du public.
Le caïd... au naturel
-Ton expérience des effets spéciaux, affûtée par tes travaux précédents, a-t-elle été suffisante pour mener à bien toutes tes astuces sur Daredevil, ou as-tu fait appel à un professionnel de l'extérieur pour t'aider à les concrétiser? (en clair : tes idées, comme celles d'utiliser le coup du trampoline, viennent de toi seul ou tu as bénéficié d'un coup de main pro)?
David Sarrio : Pas de coup de main de pro ! Et puis ce sont surtout plein de petites astuces plus que des FX, d'après moi.
Comment s’est déroulée la phase post-production ? Le montage, en particulier ?
David Sarrio : Cela prend surtout du temps car il faut s'adapter aux disponibilités des gens. Montage image, montage son, génériques, quelques Fx digitaux, et l'étalonnage, tout cela c'est repartis sur un an.
-Comment as-tu "diffusé" le court métrage? Dans les festivals (comme ça se fait souvent)? Autres? Quel en a été l'accueil, au départ? Il semble avoir connu un franc succès... : 1er prix du meilleur court-métrage 2001 décerné par SFX Magazine, Sélection officielle au Festival International du Film d'Athènes, Remarqué au festival international Fantastic Films de Manchester et au salon Paris BD.... Il semble avoir été comparé au Batman de Burton (d'ailleurs, effectivement, il y a de "ça")... Pas mal, tout ça !
-David Sarrio : En fait tu as tout dit !
-Quel en a été le bilan? Les retombées directes? Quelle expérience en as-tu retiré?
-David Sarrio : Disons que les retombées n'ont pas été conséquentes financièrement (avec un court on ne gagne pas d'argent faut le savoir; Et trouver tout de suite du boulot en réalisation lorsque que l'on film des type en Spandex, J, en France ce n’est pas évident), mais je me suis crée des contacts. Et surtout, j'ai rencontrée Thomas Kornfeld avec qui j'ai créé Nomad Films (http://www.nomad-films.com/) et Luc Damie qui est la personne qui a instiguée Projet Gamma.
-Que penses-tu de l'adaptation de Daredevil, le film de Mark Steven Johnson (j'imagine déjà ta réponse...)? N'as-tu pas tenté d'en proposé l'adaptation "officielle", en long? (c'était sans doute trop tôt...?). Vu la réussite critique de ton court, ça aurait peut-être pu être une aventure à tenter...
-David Sarrio : Je prefere ne pas repondre. Les critiques, en me mettant en avant par rapport au long de MSJ, en ont suffisament dit. Le film est ce qu'il est, mais faut rester humble, MSJ en est à son 2eme long, et moi je n'en ai tjs pas fait un premier.
La suite de l’interview la semaine prochaine… « Project Gamma » J.
01 avril 2007
Ab Irato, enfin! Enfin... presque!
Le court "Ab Irato", réalisé par Sir Erwan Le GAC, dont j'ai parlé dans le cadre d'un précédent article, étant presque terminé (enfin!) je ne peux qu'inviter les intéressés (c'est à dire la Terre entière) à venir faire un saut sur le site consacré au court métrage.
L'adresse?
http://www.myspace.com/padre_abirato.
Courez-y, làààààààà!!!!
25 septembre 2006
World Trade Center, le film catastrophe... - Review
- World Trade Center -
11 septembre 2001. Une chaleur étouffante règne dès le lever du jour dans les rues de New York. Will Jimeno, du Port Authority Police Department, se demande s'il ne va pas prendre un jour de congé pour s'adonner à la chasse à l'arc. Il choisit finalement de se rendre au travail et rejoint le sergent John McLoughlin, alors que celui-ci et ses collègues du PAPD commencent leur tournée quotidienne dans les rues de Manhattan. Une journée banale qui commence comme tant d'autres...
Sitôt l'alerte donnée, cinq policiers, dont John McLoughlin et Will Jimeno, se rendent au World Trade Center et s'introduisent dans les Tours jumelles. McLoughlin et Jimeno survivent par miracle à l'effondrement des gratte-ciel. Ils se retrouvent piégés sous plusieurs tonnes de béton, de charpentes métalliques tordues, de verre et de gravats...
Producteur : Michael Shamberg, Moritz Borman, Debra Hill, Stacey Sher, Oliver Stone, Moritz Borman. Scénariste : Andrea Berloff : Réalisateur : Oliver Stone
Acteurs : John McLoughlin : Nicolas Cage, William J. Jimeno :Michael Pena, Donna McLoughlin : Maria Bello, Allison Jimeno : Maggie Gyllenhaal, J.J. McLoughlin : Anthony Piccininni, Caitlin McLoughlin : Morgan Flynn, Erin McLoughlin : Alexa Gerasimovich, Steven McLoughlin : Connor Paolo, l'nspecteur Fields : Jude Ciccolella, Dominick Pezzulo : Jay Hernandez, Antonio Rodrigues : Armando Riesco, Judy Jonas : Donna Murphy, Lynne : Patti D'Arbanville, Jerry : Brad William Henke, Karen, soeur de Will : Lucia Brawley, Pat McLoughlin : Wass M. Stevens, Dave Thomas, sergent des Marines : William Mapother.
Souvenez-vous, c’était le 11 septembre 2001.
Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait ce jour là. Tout le monde se rappelle de ces images effroyables, de ces deux avions pénétrant dans les tours, de ces pauvres hères se jetant dans le vide pour ne pas finir brûlé dans d’atroces souffrances. Tous se souviennent avoir pensé : ça y est, c’est la guerre...
Oliver Stone, réalisateur de "Platoon", "Né un quatre Juillet", "Entre ciel et terre", décida d’en narrer le fil des événements. On pouvait s’attendre à y retrouver sa verve habituelle à travers cette mise en images de la mésaventure de ses deux survivants bien réels que sont John MacLoughlin et William Jimeno. On pouvait s’attendre à ce qu’il en profite pour, une fois de plus, analyser, autopsier les mentalités de son pays et en faire un portrait incisif.
Que nenni ! Stone n’est pas Verhoeven (Ni Michael Moore... Dommage, le film aurait été beaucoup plus marrant...), et malheureusement, il nous le prouve. La déception est à la hauteur de l’évènement cinématographique que le film aurait pu constituer.
Le réalisateur de "JFK", de "Nixon", loin de porter un point de vue sur ses frèles petites épaules, s’en tient à décrire le calvaire des deux hommes, coincés sous leurs décombres, et aux réactions de son entourage qui attend de savoir s’ils sont vivants. Le tout, finalement au détriment des 2750 autres victimes du World Trade Center qui ont pourtant lutté pour survivre, et dont l'histoire étaient pourtant instantanément cinématographique et dramatique.
Et pourtant, les vingt premières minutes nous laissaient entrevoir un excellent film. Il débute par un carton qui nous assure que les faits montrés dans le film sont réels (ce qui, de l’aveu du réalisateur lui-même, n’est pas tout à fait vrai), puis par la présentation des différents protagonistes du film. McLoughlin et Jimeno, se levant comme tous les autres matins, la petite vie de tous les jours des uns et des autres, les discussions dans le métro, et le tout entrecoupée par des plans des tours jumelles, fièrement dressées dans le ciel de New York.
La reconstitution est impeccable, implacable, fascinante.
Jusqu’au premier « bang », perçu partout dans la pomme.
« La journée risque d’être longue », dira l’un des policiers, présent dans la tour numéro 2. Les informations se contredisent : un avion a heurté le WTC, puis deux, puis un, puis Israël est « rayée de la carte », etc. Les policiers eux-mêmes ne savent pas, ne comprennent pas, ce qui se passe. Mais courageux comme ils pouvaient l'être (je dis ça sans ironie) ils y vont quand même. La reconstitution des buildings en feux, la description des victimes s’échappant de l’enfer touchent au plus juste. Nous sommes dans un documentaire.
Tout est bon... Qui finira mal.
La première tour s’écroule au bout d’une vingtaine de minutes, dans une séquence courte mais littéralement apocalyptique. Vous ne saurez donc rien de l’odyssée des survivants, dans les bâtiments.
Le metteur en scène préfère s’attacher à l’histoire des survivants coincés sous les décombres, à celle de leurs épouses, qui attendent de savoir si leurs maris ont survécu, et enfin aux faits et geste du marine qui les sauvera.
Stone, pour justifier cette approche du sujet, explique qu’il n’a pas souhaité montrer ce qui se passait dans les tours « par respect pour les familles et parce que l’évènement est encore trop frais ». Pourtant, c’est bel et bien cette volonté qui entraînera l’effondrement du film, à l’image des deux buildings. Soutenu par un scénario aux dialogues plus que discutables, sinon carrément kitchs (« J’ai vu Jésus : il me tendait une bouteille d’eau, je ne l’ai pas saisi... » aussitôt suivi de « je me souviens quand je regardais Starsky et Hutch » !! Bel enchaînement... quoique d'un autre côté, certes, les héros sont des Américains de la classe moyenne, pas des philosophes façon "Platon"), le réalisateur nous fait subir cliché après cliché et bondieuserie après bondieuserie, nous cite, dans ses dialogues, le métrage "à armes égales" (Ridley Scott - 1998 - film "d'entraînement" avec Demi Moore dont les relents étaient déjà plutôt douteux - et je ne parle pas du fameux "suce moi la bite", la grande réplique de la miss... réplique totalement Z mais - rééllement - hilarante de n'importe quoi) sans avoir le courage d’adopter le moindre point de vue critique, la moindre réflexion sur la nature, le fond, les causes ou les conséquences à venir de l’attentat. Or en l’absence de point de vue personnel (élément qui caractérise tout cinéma qui se respecte), autre qu’un patriotisme sans recul, le spectateur se retrouve avec un film sans personnalité sur les bras. De plus, les dialogues et cette même volonté de montrer le moins possible les tours finit par séparer l'évènement-titre de la mésaventure que subit les deux policiers. Le résultat? Pour tout ce qui concerne les séquences relatives à leur emprisonnement dans les décombres, le film finit par donner l'impression d'être hors sujet et ce qui arrive à MacLouglhin et Jimeno pourrait se passer n'importe où lors de n'importe quelle autre catastrophe lambda (et le 11/09 est tout sauf "lambda" - sans oublier ce drame est précisemment du thème du film), ce qui ne serait assurément pas arrivé si le réalisateur s'était concentré sur les évènements se déroulant à l'intérieur des tours. Ce parti-pris est d'autant plus dommage, en fait, qu'un autre survivant, un pompier, cette fois, a vécu à la fois le calvaire de l'enterrement sous les décombres et celui d'avoir vécu ce qui se passait à l'intérieur du WTC. Quant à savoir si vraiment raconter l'attentat et les évènements qui s'ensuivent dans les buildings était trop tôt pour les familles - comme le pense Stone - ou potentiellement trop politiquement incorrect... le débat est ouvert et chacun aura son propre avis. Oliver Stone, lui, a fait son choix. L'autre problème, enfin, réside dans son concept. Si l'on excepte tous les autres défauts du film, le fait d'avoir choisi de raconter l'histoire de deux survivants bien réels, dont on connait dès le départ le destin (la prod' l'a précisé mille et une fois lors de la promo du film) induit un désamorçage immédiat de tout suspens. Le réalisme, l'aspect documentaire étant à son tour déchu par la réalisation plombée et le propos sous-jascent du réalisateur, on peut déjà dire "au temps pour le film et les spectateurs". On pourrait arguer que le but de World Trade Center n'est pas de faire du "cinéma", mais du documentaire à destination des générations à venir. Sauf que le traitement réservé au réalisme et la représentation caricaturale de certains personnages démolissent d'eux-mêmes cet argument. Dommage car, visuellement, le film - au moins dans ses vingt premières minutes - se tient remarquablement bien.
Dieu sauvera l’Amérique...
Le Sergent-chef Dave Kearnes nous est d’abord présenté comme un simple civil assis - en transe, devrais-je dire - dans une église. Tandis que le prêtre qui l’accompagne lui demande de rester, l’ancien marine répond que Dieu lui a donné une mission : il doit se rendre à NYC pour sauver les survivants (entre temps, sans doute pas trop pressé, il fera un break chez le coiffeur pour se faire raser la tête, à la militaire... Lourd, le symbole, lourd, M'sieur Stone). Le tout est suivi d’un plan bien appuyé, face à l’homme, de la croix dans la paroisse. Le personnage est tellement caricatural, totalement illuminé (même son regard...), qu’on pourrait y voir une critique à l’encontre d’une certaine Amérique et des conséquences de la catastrophe (après tout, l'un des sauveteurs lui balance qu'il "a pêté les plomb"). Mais le seul fait de voir les personnages principaux prier tous les quart d’heure, de découvrir que l’un d’eux, au bout du rouleau, aperçoit le « Christ » à deux reprises (une révélation !!) désamorce non seulement d’emblée toute critique potentielle, toute analyse et tout recul. Les mêmes personnages sont tellement filmés au premier degré qu'on a des difficultés à y voir de l'ironie, et ce même en connaissant Stone. Et le réalisateur souligne bien, à la fin du film, que le même homme ("va falloir venger ça", qu'il dit, dans le film, "au cas où vous n'auriez pas remarqué, nous sommes en guerre", remarque-t-il aussi...) aussitôt après les évènements, s'en alla s'engager pour de bon - en bon héros qu'il est - dans la seconde guerre USA/Irak.
Le film n'offre aucun point de vue contradictoire. Il apparaît propagandiste, transparent dans sa démarche, notamment avec ce fameux soldat Kearnes déambulant dans les ruines. L’un des sauveteur, marine lui aussi , lui demande son nom. L’autre répond « Je suis le sergent chef Dave Kearnes ». « Vous n’avez pas plus court ? » Et l’autre : « Appelez-moi Sergent chef »... On a presque l’impression – surtout que le marine est vêtu en militaire – qu’il y a une autre sorte de symbole : celui du soldat prêt à sauver les civils des attaques des terroristes. Et cette métaphore, volontaire ou non, dénature le film, puisqu’en ces instants, le vrai héros semble être le militaire religieux... ce qui parait de mauvais goût et fichtrement déplacé au vu du sujet du film : la catastrophe elle-même et le calvaire des survivants. Le métrage semble donc répondre au fanatisme par un autre fanatisme. Inquiétante dérive...
Stone nous offre le travail (le métier des « héros »), la famille (les deux femmes sont enceintes), et la patrie (Dieu bénisse l’Amérique). Il nous offre un double discourt, à la fois religieux et simpliste : le pays a subit le pire, mais uni par le malheur, derrière la bannière étoilée, il en fera ressortir le meilleur.
Le metteur en scène aurait pu montrer – s’il avait voulu garder un oeil critique sur l’attentat et tout ce qui s’est passé autour – la toute première réaction du président Bush, à l’annonce de l’évènement (à l’école maternelle). Il n’en fera rien et bien au contraire, nous aurons droit à un bel extrait bien patriotique du président exhortant le peuple à s’unir contre l’axe du mal...
On peut aussi citer le cas du fils de MacLoughlin qui accuse sa mère de laisser tomber son père, simplement parce que, désespérée, elle attend des nouvelles ou parce que, carrément, elle se fiche(rait) de la destinée de son homme. Etant donné l’orientation du film, on peut légitimement se demander si ce n’est pas ici une façon de prôner une politique interventionnisme face un immobilisme politique. Un symbole ? Celui de la guerre préventive ? Peut-être. Peut-être pas. Le métrage n’en est pas exempt de lourdes métaphores, certaines aussi lourdes que les gravas du WTC : pour exemple, cette séquence de la libération de MacLoughlin, sauvé par ses prières, qui semble alors tout simplement sortir d’une tombe.
Le film en fait tellement des tonnes, que l’on finit vite par s’en lasser. Au bout du compte, on finit même par ne plus rien ressentir pour les victimes – un comble ! La nature de l’histoire et la réalisation de Stone, ici particulièrement plate, lisse, sans le moindre mouvement de caméra, n’arrangent certes pas les choses. Le tout, véhiculant des idées puantes, ne donnent qu’une envie : fuir la salle, avec une grosse, très grosse déception d’avoir payé sa place.
Stone, avec son iconographie pieuse, son soldat sauveteur, déjà prêt pour l’Irak, non seulement rate son sujet, mais en plus, le transforme en grotesque défense des idéaux du gouvernement américain actuel. Il suffit de comparer les soldats désabusés de Platoon à celui du film pour comprendre que le bonhomme a changé. Et il déçoit, aucun doute là-dessus. Les Américains eux-mêmes ne s’y sont pas trompés : le film est un semi-échec aux USA, et il semble bien être aussi un ratage critique auprès du monde entier... (du moins si j'en crois la majorité des critiques que j'ai vu sur le web). Pour une fois, c’est indéniable, le métrage est un nanar écoeurant.
Mais pourquoi ?
Outre sa décision de ne pas affronter son sujet de l’intérieur, c’est tout juste s’il ose nous montrer les tours de près (pourtant impressionnantes de réalisme). Du reste, le spectateur ne verra pas non plus l'attentat lui-même (le metteur aura sans doute jugé - assez justement, cette fois - que le monde les a déjà assez vues. Ou alors, tout simplement, dans la réalité, MacLoughlin et Jimeno n'ont effectivement pas vu l'attaque et Stone, s'étant fixé sur leurs seuls points de vue, ne l'a alors pas montrée). À l’inverse, il préfère brosser l’Américain moyen dans le sens du poil. Deux conclusions possibles : le réalisateur n’a pas eu le courage d’aller au bout de son projet, craignant sans doute les réactions épidermiques face à un sujet dont l’actualité reste encore trop sensible. Le résultat : au lieu de procéder à une dissection en bonne et due forme, il se plonge dans les clichés les plus détestables. Ou bien, pire encore, il croit sa vision de l’évènement, ce qui est beaucoup plus effrayant de la part d’un réalisateur de cette trempe. Dans les deux cas, Stone aurait mieux fait de ne pas réaliser ce film. Je dois dire, personnellement, que tout cela m'étonne. Je me suis laissé entendre que Stone serait anti-Bush et anti-religion, de surcroît. En voyant le résultat, j'ai d'autant plus de mal à comprendre ce qu'il voulait faire. Si le personnage du marine, par exemple (bien qu'il existe et qu'il soit effectivement tel qu'il est décrit), est une manière de critiquer une certaine Amérique, la façon dont il est filmé laisse planer le sentiment contraire et dans ce cas : ratage. Si Stone s'est simplement attaché à décrire le personnage tel quel, sans ajouter son propre point de vue de cinéaste (avec la lourde responsabilité que ça incombe - au vu de l'appréciation qu'ont les Américains de la religion, actuellement), alors, là encore : ratage (pas de point de vue, donc... bon, c'est un vieux débat. Mais ajouté à ses idées personnelles sur la question, le non apport de point de vue est ici étonnamment surprenant). Idem pour les apparitions du Christ, retranscrit telles quelles, sans réflexion, sans la moindre ironie et sans même laisser planer le moindre doute sur la véracité de l'apparition, qui aurait pu être décrit comme n'étant simplement qu'une hallucination dûe à la soif, la fatigue et l'environnement. Seulement voilà, tout est présenté au premier degré et le film coince.
De par son discours, tel qu'il m'apparait, le film, loin de rendre hommage aux victimes, en dénature donc l’abominable évènement, et le salit en le politisant - même si c'est involontaire (la question reste ouverte) - dans la lignée des idées du gouvernement Bush. Allez voir Vol 93 si vous voulez, mais surtout, SURTOUT pas World Trade Center. Car le 11 septembre aura fait une autre victime : Un certain réalisateur du nom d’Oliver Stone. Le roi est mort. Vive le roi.
PS. Le nom de (tristement feu) Debra Hill à la production pourra surprendre : la femme de cette vieille carne contestataire de Carpenter, productrice de son ex mari, lequel avait en son temps réalisé un certain « New-york 1997 » dans lequel... Un avion percutait le WTC. Le même Carpenter avait réalisé sa suite, LA 2013, lequel mettait en scène un président... fanatique religieux dans un pays d’extrême droite. Quand l’Histoire imite l’art...
Je laisse, en plus deux liens supplémentaires. Le premier, celui du figaro, offre de nombreuses explications quand à l'orientation du film : http://www.lefigaro.fr/culture/20060809.FIG000000123_world_trade_center_sage_sortie_aux_etats_unis.html
Le second, celui de DvDrama, écrit par Arnaud Bordas (ex très bon journaliste de mad movies) présente une critique en totale opposition avec ma propre analyse du film :
http://www.dvdrama.com/excessif/news.php?16400&page=1
Je laisse, enfin, une interview de Stone et des deux survivants, tout droit issu du site cinémovies :
http://www.cinemovies.fr/news_fiche.php?IDtitreactu=3603
Chacun choisira son camp, bien sûr.
Note : 0/10
(Sans pitié ! Et encore, j'ai failli lui coller un chiffre négatif... genre -20/10 pour son mauvais goût!)
30 août 2006
Pirates des Caraïbes 2 - Review - Deux avis (spoilers inside).
- Pirates des Caraïbes 2 -
- Le secret du coffre maudit -
Exportation/Distribution internationale : Buena Vista Pictures, Production : Jerry Bruckheimer Films, Walt Disney Pictures, Scénariste : Ted Elliott, Terry Rossio. D'après les personnages créés par Ted Elliott, Terry Rossio, Stuart Beattie, Jay Wolpert. Directeur de la photographie : Dariusz Wolski. Compositeur : Hans Zimmer. Monteur : Stephen E. Rivkin, Craig Wood, Costumière : Penny Rose, Liz Dann. Directeur artistique : John Dexter. Chef décorateur : Rick Heinrichs. Décoratrice : Cheryl Carasik. Effets spéciaux : Chris Bailey, Kenneth Van Order. Superviseur des effets visuels : Derrick Carlin, Marc Chu, Cameron Folds, John Knoll. Assistant réalisateur, Peter Kohn. Directrice du casting : Denise Chamian, Priscilla John.
Jack Sparrow : Johnny Depp, Will Turner : Orlando Bloom, Elizabeth Swann : Keira Knightley, Bill Turner : Stellan Skarsgard, Tia Dalma : Naomie Harris, Capitaine Sam Bellamy : Alex Norton, Norrington : Jack Davenport, Davy Jones : Bill Nighy, Pintel : Lee Arenberg, Gouverneur Weatherby Swann : Jonathan Pryce, Joshamee Gibbs : Kevin McNally, Ragetti : Mackenzie Crook, Lord Cutler Beckett : Tom Hollander, Pintel : Lee Arenberg, Cannibal : Anthony Patricio, Madame : Claudia Adams, Koleniko : Clive Ashborn, Scarlett : Lauren Maher, Barbossa : Geoffrey Rush, Cotton : David Bailie, Marty : Martin Klebba, Madame : Claudia Adams, Garde turc : Hayati Akbas, Cannibal : Robert Alonzo, Giselle : Vanessa Branch
(Etant donné que Nio me fait l'honneur de me permettre de poster son avis sur le film, je place sa critique en tête de cet article).
CONTRE :
"On m'en avait beaucoup parlé en bien, et comme j'avais bien aimé le premier, j'y suis allé.
Catastrophe.
Non seulement j'étais très déçu et je me suis grandement fait chier malgré quelques gags sympathiques.
Je me demande si je suis le seul dans ce cas...J'avoue quand même être assez bon public, capable de passer de Allen et Tarkovski à Spielberg, voire Luc Besson (quoique là pour ce dernier, je met une réserve sur angel-a et certains films récents même si j'adore Nikita et le grand bleu)...
Gags revus et resaupoudrés en double (vous n'avez pas aimés le coup de la boule aux prisonniers ? Tendez, on vous le refait en mieux avec la roue du moulin), musique parfois inaudible sauf a de rares passages violonisés sur l'île (venant de Hans Zimmer, c'est un peu décevant), idées reprises et déjà existantes un peu partout (l'exemple des yeux sur Depp, ça avez déjà été fait par Takeshi Kitano dans Zatoïchi en 2002 mais aussi bien avant ça par Woody Allen...), références littéraires ou cinéphiles qu'on se sent obligé de resservir (la marque noire, c'est dans L'île au trésor, on sait merci...), Knightley qui fait juste un peu de figuration dans la 1ere moitié du film avant d'être enfin plus présente dans la seconde partie, fin ouverte qui nous laisse choir d'un coup tout en esquissant une porte pour un 3e volet (où l'on apprendra sûrement que Jack Sparrow il est pas mort-euh, sans blague !), impression d'ailleurs à souligner que Norrighton se barre avec le coeur dans la jungle et l'offre au gouverneur Beckett mais on en saura pas plus.
De plus, cette attitude "coucou on s'amuse mais on pense a autre chose" se ressent dans le jeu des acteurs et je me souviens que Depp a déclaré n'être pas du tout intéressé pour participer à cette suite mais qu'il l'a fait à contrecoeur juste pour faire plaisir à ses gosses. Quand au grand acteur de second rôle qu'est Jonathan Pryce, il vient juste après les frères Grimm pour à nouveau faire un coucou et toucher ses impôts (dans le premier "pirates..." il était un peu plus présent quand même, merde)...
Et puis les clichés, notamment le méchant ténébreux qui ne peut s'empêcher de faire de l'orgue. Sans blague, comme c'est original... Même Gannondorf sait jouer de l'orgue dans Zelda : Ocarina of time auquel j'ai rejoué récemment sur la game cube (edition speciale)...Tss tss...
Et n'oublions pas le rythme du film et son étirement sur 2 h 30 assez mal géré...
Pourtant le film tient assez bien la route et les personnages sont plus ou moins consistants (enfin, Johnny Depp et le pirate Davy Jones) et je m'étais pourtant bien remis de ma déception précédente (Alien vs predator, daube infâme jeux vidéoisée MTV à fond. Pour un fan de Predator et des aliens comme moi, ça fout mal) et bien non.
En fait ce que j'ai beaucoup apprécié et qui pour moi est ce qui sauve le film, ce sont les effets spéciaux (le design des pirates marins sous Davy Jones, excellent) et puis le Kraken, créature légendaire citée dans de nombreux récits de marins de l'époque (notamment en hypothèse de ce qui aurait pu arriver à la Mary-Celeste dans un énorme livre que j'ai sur les phénomènes et mystères paranormaux), qui en jette. C'est la première fois après le Moby Dick de Huston (avec Gregory Peck) et Les dents de la mer --pour citer un maître étalon du film de genre de requin-- (Spielberg) que l'on peut a nouveau observer une créature fascinante et terrifiante, même si ces apparitions sont plutôt limitées, ce qui renforce son pouvoir de terreur. On pense à "un cri dans l'océan" de Sommers mais en mieux.
Bref film sympathique mais plutôt moyen en ce qui me concerne, j'en attendais peut-être un peu trop après le plaisir du premier volet."
Je lui met 2/6...Pour le Kraken, les excellents SFX et quelques gags sympathiques (dont Depp en brochette de fruit) mais bon je suis un peu exigeant à la base...
NIO
POUR :
(Plus ou moins)
Petit retour en arrière : En 2003 sortait le premier volet, produit par Jerry Bruckeimer, spécialiste de films d'actions aux scenarii minima, sous la houlette de Walt Disney (et à partir d'une animation assez connue des parcs de ladite société). Comme le souligne le Mad Movies numéro 188 de Juillet/août 2006, le risque était grand : le genre "film de pirates" n'a produit que des échecs notoires ces vingt dernières années (citons pour exemple : le "Pirates" de Polanski, ou "l'île au pirates" d'un Renny Harlin en roue libre). Le Polanski était un film survendu, plombée d'une réalisation lourde par un auteur qui n'était bien sûr pas habitué au genre. C'était toutefois un honnête divertissement, faute d'être pleinement original. L'île aux pirates, un film pop corn, doublé d'un véhicule publicitaire pour la femme du réalisateur, Gina Davis - divorcée depuis (faute de succès sans doute : pas de bons chiffres, pas de films. Pas de films, pas de pognon. Pas de pognon, dehors le mari. Une vieille histoire... Non, je plaisante, bien sûr). La question à cent balles était donc : quelle orientation pour un nouveau film de "pirates", surtout tirée d'une simple attraction... Pop corn? Plus sérieuse?
Pop corn a gagné, mais c'est un pop corn assez particulier. Alors que l’île aux pirates accumulaient les clichés, les poncifs, avec une invraisemblable régularité (Cf. rien que Modine, grimé en Errol Flynn), Pop corn version pirates des caraïbes se la joue référentiel, et comédie loufoque. Or loufoque, le film boursouflée d'Harlin ne l'était pas du tout. Ainsi, au lieu d'un clone d'Errol Flynn, on a un héros maquillé, maniéré, un peu taré, et poilant (au grand dam de Disney, qui tenta, en vain, de changer cet aspect du personnage. Depp, qui interpréta le rôle, faillit claquer la porte pour pouvoir interpréter son personnage à sa façon, s'inspirant pour l'occasion du look de rocker Keith Richards, des Rolling Stones), dont l'entrée en scène, sur le port, se fait à bord d'une épave déjà coulée. Au lieu d'avoir une ambiance voulue "à l'ancienne", nous découvrons une bonne humeur communicative à la fois de la part des acteurs et du réalisateur, dans un métrage qui mixe allégrement fantastique, parodie, aventure et serial (par ailleurs référenciel, lui aussi, comme on pouvait le voir avec ce passage où Will et Sparrow se balade sous les océans, une barque sur la tête pour pouvoir respirer : le passage étant issu directement d'une petite merveille, le "corsaire rouge" - 1952 - avec Burt Lancaster et réalisé par Robert Siodmak). Bref un pop corn, certes, mais qui prends le contre-pieds des films sortis ces dernières années. Une surprise sympathique, quoique plombée par une réalisation malgré tout plate. Un film qui d'ailleurs pourrait se rapprocher - dans sa manière d'être - d'un "masque de Zorro" (Martin Campbell), sorti en 98 (le fantastique en moins et le glamour en plus) qui, lui-même, en son temps ressortait un personnage, un mythe et le remettait au goût du jour (à ne pas confondre, toutefois, avec sa suite, la légende de Z. qui lui se révéla... tout simplement nul).
Le succès fut au rendez-vous.
Deux ans passent, les chiens trépassent ("hein?!" - ouais, je sais... mais ça rime), et deux autres films sont mis en route. La première suite, le secret du coffre maudit est donc sorti sur nos grands écrans cet été.
La recette reste la même : les personnages n'ont pas changé. Depp est toujours aussi barré, Orlando toujours aussi effacé, Keira (Ex "fausse" reine Amidala dans "la menace fantôme" (Georges Lucas - 1999), entre parenthèse) toujours aussi mignonne. Et l'on retrouve la totalité du casting du film précédent. La prod' est la même, et Gore Verbinski, réalisateur du premier opus, rempile comme les autres. Le scenario reprend (peu subtilement mais assez intelligemment) divers élèments présentés dans le premier film et en donne même une origine (Cf. Le compas de jack, notamment). Et la volonté, dans la structure de la trilogie en devenir, est visiblement de coller à celle de star wars (premier film : découverte des personnages. Second film : développement de l'histoire, personnages et situations "éclatés", sans parler de la "mort" de Han Solo/Sparrow. Troisième film... Résurrection de Jack et la conclusion). On peut s'attendre à ce que le film soit de la même eau que le premier, sur le fond et la forme générale, excepté le point que je viens d'évoquer, bien sûr.
Ce sera le cas. En partie, du moins. Comme le souligne assez bien Nio, le film souffre de quelques lacunes non négligeables : tout d'abord, la narration et la gestion du temps sont pour le moins mal gérées. Ainsi certaines séquences s'étirent en longueur de façon tout à fait inutiles, et l'introduction au film - pourtant un excellent gag (je vais y revenir), est un tantinet maladroite. Après un série de très beaux premiers plans (des tasses sur une tables, dégoulinant sous la pluie tombante), on passe à l'introduction de Depp découvrant que Davy Jones est à sa poursuite, suivie de l'histoire de Bloom et Kingsley. Puis, on retrouve Depp, sans explication explicite, coincé en "roi" sur une île peuplée de cannibales, avec son navire échoué sur l'île. Avant de passer à l'histoire - brève et anecdotique - des deux comparses comiques du grand Jack, fraîchement sorti (ou évadés, je ne sais plus) de prison, à la recherche du capitaine et du black pearl (en vue de le dérober - alors qu'il est toujours échoué sur la plage!). De mémoire, peut-être pas très fraîche, on ne sait pas pourquoi ils ont atterri en zonzon, et on ne le saura jamais. Le pitch lui-même est plus un prétexte à relancer les aventures des personnages d'Elisabeth et de Will Turner à la poursuite de Sparrow qu'autre chose et nous donne brièvement l'occasion d'apercevoir - de nouveau - le personnage joué par Pryce dans le rôle du papounet d'Elisabeth... mais son rôle, au contraire de ce qu'il avait fait dans le premier film, s'avère très anecdotique.
(P... on dirait presque Erwan, sur la photo ci-contre) La réalisation, comme par moment, la musique, reste assez plate, conforme à ce qui avait été fait lors du premier film, à l'exception des trois grosses scènes d'actions (ou de gags) du film (seconde équipe au secours? Allez savoir) : l'évasion de l'île aux cannibales (le premier meilleur moment du film), le combat sur l'île, sur la roue (certes, très gadget, très "jeu", et rappelant les attractions Disney dans l'esprit), et l'attaque du Kraken. La durée du métrage (2 heures 30), en regard des séquences inutilement longues, et en regard de l'introduction de l'histoire, laisse imaginer un montage relativement discutable du film. Après, certes, on peut arguer que les poncifs du genre ou les "copier coller" - bien que ma vision du film soit tout autre (chacun choisira son camp) - puisse déparer cette suite. L'autre défaut notable, est le léger effacement du personnage héroïque de Sparrow, au profit de son côté crapule. Ce n'est que dans les dernières secondes du film que le personnage prend une autre dimension que celle du capitaine comique. Pourquoi? Sans aucun doute pour mettre en valeur les dialogues que lui lancent Elisabeth à la fin du film et leur permettre de multiples échanges "ping pong", qui, autrement, aurait manqué (à l'évidence, hormis sympathiquement se vanner et se lancer des piques, les deux personnages n'ont pas grand chose à se dire). Ceci étant dit, le film souffre peut-être plus que d'autres du même genre, à savoir de n'être que la jonction entre deux autres métrages d'une même série. Une place inconfortable, il faut bien le dire, que Jackson et Lucas (du moins pour la première trilogie, puisque la seconde est contreversée) ont gérée avec une certaine réussite.
Le capitaine comique...
Justement, l'une des forces du film est là : les références, volontaires, assumés et les multiples gags du film, qui fusent toutes les quatre minutes. Jack la brochette, ou l'évasion de la prison "boule" au début (qui m'a fait irrésistiblement penser à une certaine autre scène de balançoire... dans le King Kong de Jackson) épate la galerie par son dynamisme et sa drôlerie (a contrario sans doute de ce qui suit jusqu'au grand final, où, enfin, le film redevient "fou"). Les références avouées au genre (la main noire, le trésor, l'île, la malédiction, de quoi rajeunir un grand coup) et d'autres plus subtiles, comme celles de Davy jouant de l'orgue, directement issu de 20 000 lieux sous les mers (Richard Fleisher 1954), de la présence des cannibales et du Kraken lui-même... (et je rappelle que 20 000 lieux - une sorte de film de pirate, en un sens - fut en son temps une production Disney) ou celle de l'évasion de Jack Sparrow, au tout début du film, évoquant instantanément celle d'un certain Monte-Cristo, lorsqu'il quitta son bon vieux château d'If (que je vous conseille de visiter, soit dit en passant), et son abbé Faria. On pourrait même parler de références historiques (un peu logique, me direz-vous, vu l'époque à laquelle se déroule l'histoire) : les cages dans lesquelles sont enfermés les pirates, sur le port, sont les mêmes qui ont servis à exposer le cadavre du capitaine Kidd au dessus de la Tamise, en 1701. Or le légendaire capitaine, et sa mystérieuse carte au trésor (bien réelle celle-là, et jamais déchiffrée) ont inspiré RL Stevenson pour son "île au trésor", roman serial (1881 - 1882) fondateur du genre "pirates" littéraire et plus tard... du film de pirates. Le métrage devient alors un véritable petit jeu de piste pour cinéphile averti (avec l'inconvénient qu'il risque de laisser sur place monsieur tout le monde, lequel ne pourra que subir la longueur excessive du film sans pleinement profiter des clins d'oeils). On peut aussi saluer les effets spéciaux d'ILM et l'ambiance artistique du film : Davy Jones évoque instantanément un Cthulhu humain (je rappelle que le Cthulhu est une sorte de Dieu maléfique marin inventé par HP Lovecraft, auquel j'ai consacré un long article, encore présent quelque part dans mes archives), et son navire se situe entre une version biologique du sous-marin de Nemo, et le vaisseau traditionnel des pirates... et son bestiaire reste pour le moins impressionnant. A la fois tragique et effrayant - comme son capitaine - on regretterait presque qu'ils doivent être éliminés dans le prochain film, tant ils sont chouettes à voir.
Quel peut donc être le bilan du film? Trésor ou pas trésor? Souvent faiblard dans sa réalisation, il surprend quand même par quelques éclairs de mises en scène, ci et là. Pareil pour la musique, et le scénario est celui d'un deuxième opus pour trois films - autre inconvénient. Mais il est largement rehaussé par la multiplication des gags, par le jeu outrancier de Depp (reconnaissons-le : s'il n'avait pas cabotiné, il nous aurait déçus!) et des autres acteurs. On reste malgré nous emporté par l'enthousiasme général du projet - si l'on n'est pas largué par la lenteur du milieu du film, bien entendu. La fin (avec au passage la résurrection surprise et on ne peut plus plaisante de cette vieille trogne de Barbossa, bad guy du premier film) nous laisse sur notre faim, nous obligeant malgré nous, à plus ou moins devoir patienter jusque mai 2007 avant la sortie du troisième film, dans lequel figureront d'ailleurs un Chow Yun Fat en pirate asiatique - dans le rôle de Sao Feng (puisqu'une grande partie du film se déroulera du côté des mer de Chine), et Keith Richards en personne (à priori, du moins), dans le rôle du papounet de Sparrow.
Personnellement, pour conclure, en dépit des sérieuses faiblesses du film, je vous avouerais que je l'ai bien apprécié et que je me suis bien amusé. Je suis curieux de voir la suite. Donc je mets "pour" et je l'assume, bien que je ne puisse lui donner que 3/6, voire 3.5/6, cinématographiquement parlant, et en étant cool, à cause de la réalisation molle de Gore (sans jeux de mot). Ce n'est pas un bon film, techniquement parlant, mais c'est un film frais et fun, sans prétention autre que de nous amuser et nous distraire. Un film d'été, pas bien méchant mais rigolo et sympathique.
CHRIS
Que demande le peuple?
23 août 2006
Miami Vice - Deux critiques.
- Miami Vice -
Michael Mann : réalisateur, scénariste, producteur, Pieter Jan Brugge : producteur, Anthony Yarkovich : producteur exécutif, créateur de la série, Dion Beebe : directeur de la photographie, Victor Kempster : chef décorateur, Paul Rubell : chef monteur, Janty Yates : chef costumière, Michael Kaplan : chef costumier
John Murphy : compositeur, William Goldenberg : monteur, R. Bruce Steinheimer : responsable des effets spéciaux et de l'animation, Distributeur : UIP
Colin Farrell : L’inspecteur Sonny Crockett, Jamie Foxx : L’inspecteur Ricardo Tubbs, Gong Li : Isabella, Naomie Harris : Trudy Joplin, Danny Trejo : Wes Studi, Luis Tosar : Arcángel de Jesús Montoya, Justin Theroux : le détective Larry Zito
Isaach De Bankolé : Neptune, Ciaran Hinds : Agent Fujima, Barry Shabaka Henley : Le lieutenant Castillo, Elizabeth Rodriguez : Gina, John Ortiz : José Yero
Miami... Deux agents fédéraux et la famille d'un informateur ont été sauvagement exécutés. Une nouvelle enquête commence pour Sonny Crockett et son coéquipier Ricardo Tubbs, avec une certitude : la fuite qui a permis ce massacre en règle provenait des sommets de la hiérarchie... Les deux inspecteurs découvrent rapidement que les tueurs étaient au service de la Fraternité Aryenne, organisation suprématiste liée à un réseau de trafiquants internationaux doté d'un système de protection ultra-sophistiqué. Poursuivant leurs investigations, les deux partenaires prennent contact avec l'administratrice
financière du cartel, Isabella, une sinocubaine aussi experte en investissements et transferts de fonds qu'en blanchiment d'argent.
Faute de temps, et étant pleinement d'accord avec leurs avis respectifs, je publie ci-desssous les articles écrits par Guillaume Meral et Daniel Sebaihia, intervenants bien connus du site Mad movies. En les remerciant... :
En 1996 sortait Heat, immense polar épique, où Mann portait à son apogée ses obsessions et sa mise en scène impressionante de maitrise. Un sommet dans sa carrière, devenu une référence mondiale (voir 36, quai des orfèvres ou Infernal Affairs). Après un tel monument, qui constituerait l'oeuvre d'une vie chez certains autres cinéastes, il paraissait quasiment impossible d'évoluer, de proposer quelque chose de plus fort, de plus grand. A moins que...
1999, Révélations est une ENORME claque dans la gueule. Et Mann nous fait comprendre que, désormais, il n'a plus qu'une solution pour faire évoluer son cinéma : se mettre en danger permanent. Révélations relève d'une démarche contradictoire, quasi-suicidaire : déstabiliser le spectateur, perturber ses sens pour au final l'hypnotiser. Pour celà, il expérimente comme un malade dans tout les domaines et pousse l'abstraction jusqu'à un point jamais atteint jusque là. C'est une sorte de nouvelle carrière qui débute.
Avec un nouveau projet de mise en scène, faire ressentir au public ce que Rimbaud aurait qualifié de "dérèglement des sens".
10 ans après Heat, Miami Vice constitue donc un nouveau sommet dans la carrière de Mann. Autant le dire tout de suite : c'est à la projection d'un monument sur pelllicule que l'on assiste durant la séance. Un film qui propose une véritable évolution de la forme cinématographique, et en cela, l'un des films les plus importants de la décénie. Et aussi l'un des moins accessibles. Car Mann, atteint d'une sorte de rage créative tout simplement stupéfiante, pousse dans ses derniers retranchements non seulement ses expérimentations formelles (j'en parlerai plus bas) mais amorce également un renouveau narratif aussi destabilisant que sa réalisation.
Ainsi, alors que l'on pensait avoir droit à un nouveau Heat, à une nouvelle fresque sur la vie des flics et des gangsters, à l'intrigue aussi complexe, Mann prend une toute autre direction : il prend le risque d'associer l'un des pitchs les plus banal de l'année à un synopsis vu 150000 fois. Une prise de risque totale, qui lui permettra à la fois d'attirer un large public et... de le déstabiliser encore plus. Car si l'histoire en elle même est complètement bateau, le scénario, lui, est en béton armé.
Le fait de prendre le pitch le plus vu et revu dans le genre lui permet d'être carré et efficace, et de dire clairement que le film appartient bien au genre, avec ses règles, ses "limites" mais, Mann oblige, l'aspect hyper réaliste, documentaire de son métrage, ainsi que les expérimentations et innovations transcendent littéralement le genre.
A condition que l'on s'y laisse entrer sans resister.
Le côté peu accessible du film pour moitié dûe à ce scénario pourtant d'une maitrise rare. Ainsi, le synopsis banal rebutera directement le spectateur le plus exigeant, là où les expérimentations narratives laisseront le spectateur "lambda" sur le bord de la route. Dans les deux cas, l'ensemble leur paraitra froid et dénué d'humanité. Or l'humanité des personnages est bien présente, autant que dans les précédents films du cinéaste mais, et c'est là que Mann se met le plus en danger, elle n'est plus apportée par l'histoire en elle-même ou par les situations, qui font ici "clichés" sur le papier. Prenons Heat : l'humanité est en grande partie présente grâce aux situations et à la façon dont les personnages y réagissent (Al Pacino qui console la mère de la victime par exemple), plus grâce à des petites touches, des petits détails qui permettent de rendre ses personnages "vrais". Dans Miami Vice, Mann supprime le premier élément pour pousser le deuxième aussi loin qu'il le peut, faisant de son film le plus intense de sa carrière. Les larmes d'Isabella pendant l'amour, Sonny regardant au loin vers l'océan, la scène d'amour entre Ricardo et sa copine, etc. Le film regorge de petits détails comme ça qui humanisent au maximum les personnages. Cette façon de peindre les protagonistes, leur passé, leur personnalité, juste par petites touches subtiles qui créent un ensemble cohérent, vivant, c'est ce que j'appellerais de l'impressionnisme cinématographique. Et Mann le pousse aussi loin qu'il le peut, offrant à son film une sensibilité inédite, bouleversante, mais évidemment exigeante. Ce parti-pris de faire primer l'histoire sur les personnages, comme l'explique très bien Guillaume Meral, là où c'était les personnages qui faisaient l'histoire dans ses précédents films, à au moins trois justifications :
1. (Comme je viens de le dire) créer une nouvelle forme narrative impressioniste.
2. Coller à la personnalité des personnages, qui décendent proggressivement vers une sorte d'enfer sans rien contrôler, s'en même essayer de prendre le contrôle. Il n'y a pas d'illusions, il n'ont aucun contrôle sur le milieu, ils ne peuvent que survivre ou mourrir.
3. Permettre d'appliquer le concept de la réalisation à la narration : le scénario participe maintenant activement à l'immersion du spectateur.
Par exemple, le metteur en scène reprend l'une des expérimentations de Collatéral, l'absence de générique, et pousse le concept encore plus loin en supprimant l'introduction. Parti-pris destabillisant qui immerge directement le spectateur dans le film. On ne sait rien des personnages, Mann nous les révèlera dans toute leur vérité grâce à son écriture subtile, forte et maitrisée.
De plus, cette absence de commencement, de fin et d'évolution des personnages (le plan final nous le montre bien : c'est le quotidien, ici, qui nous est montré), donne une ampleur suplémentaire à l'aspect réaliste et documentaire de la forme, aspect crucial à l'immersion du public.
Miami Vice, d'un point de vue narratif, ammorce un tournant dans la carrière du plus grand réalisteur du monde. Et la révolution tant attendue depuis Révélations ne pouvait au final qu'avoir lieu dans ce cadre narratif.
Et révolution il y a.
D'un point de vue formel, le film représente l'aboutissement du projet de mise en scène sensitive et immersive initiée il y a 7 ans de celà. Mann nous avait déjà balancé une droite avec Collatéral, il y a 2 ans. Pourtant, le film, aussi génial et immersif soit-il n'atteignait véritablement qu'à deux reprises l'abstraction vers laquelle tend toute la carrière de Mann : le passage, inoubliable, où la personnalité de Vincent nous est révélée sous sa forme la plus brute, celle d'un coyote traversant la route, et la fusillade dans la boite de nuit, veritable chaos ou Mann poussait très très loin sa réalisation.
Maimi Vice débute par une scène assez similaire, se déroulant également dans une boite de nuit, et au moins aussi puissante que cette fusillade. Une manière de nous faire comprendre que la logique de mise en scène dévellopée dans cette scène va s'appliquer désormais au film dans son intégralité ? En fait, on se trompe. Mann va encore bien plus loin. Toute la "non-introduction", jusqu'au suicide de l'indic, est faite pour altérer les sens des spectateurs : montage impressionant, bande son hallucinante, cadrages déstabilisants... Et ce n'est que le début. Le film se permet d'aller encore plus loin, en explosant totalement nos repères lors du suicide de l'indic. Quelques minutes auparavent, Mann nous aura balancer deux uppercut en pleine gueule : le mini affrontement ultra brutal dans la scène de la boite de nuit, et la fusillade fulgurante, encore plus brutale, vue du siège arrière de la voiture. Tout ça pour, en quelque sort nous habituer à son style, sans nous préparer à ce qui va suivre. Ainsi, lors de cette scène, un homme se fait écraser par un camion, dans le silence le plus total, en seulement trois plans, totalement suggestifs. Une scène presque planante qui contraste violemment avec ce à quoi Mann avait commencer à nous habituer.
Ici commence alors LE trip : planant et viscéral, abstrait et documentaire, furieux et contemplatif. Totalement paradoxal. Ici le film franchit le point de non-retour. La majorité des spectateurs restera sur le bord de la route, les autres seront embarqués dans le film viscéral ultime.
Emportés par cette tentative furieuse et deséspérée de survie. Car il faut bien parler de survie quand on parle de Miami Vice tant ses expérimentations et sa sensibilité novatrice auraient pû (et auraient logiquement dû) lui être fatales. Un équilibre, un dosage aussi parfait, qui parvient à atteindre de tels sommets cinématographiques, une telle perfection, tout en étant à deux doigts de la nulité, je n'en avais pas vu depuis le Phantom of the Paradise, de De Palma. Miami Vice est un film malade de ses obsessions, de son envie de perfection. Ce qui pourrait, et le fera pour certains, tuer le film, c'est aussi ce qui en fait un chef-d'oeuvre absolu. Le simple fait que le film soit devant nous, brûlant d'une rage, d'une vie extrêmement rare au cinéma, est en soi un miracle.
A partir du moment ou l'indic se suicide sous les roues du camion, le film, dans un élan désespéré, entame une course contre sa propre mort, sa destruction par lui-même.
Le point de non retour est franchi. Place à l'abstraction.
Ce qui empêchait Collateral d'atteindre cette forme d'abstraction totale, brute, furieuse, hallucinatoire, c'était ce qui en faisait également un film parfait en son genre : son suspense. Un suspense quasi-hitchcockien (voir la derniere demi-heure, son uttilisation du montage et de la musique) qui maintenait en éveil les sens du spectateur.
Dans Miami Vice, Mann supprime toute trace de suspense, et le remplace par la tension. Quand la copine de Riccardo est enlevée, on n'a pas peur pour elle, on attend, tendus, le moments où elle va mourir, on souffre avec elle, on souffre avec Ricardo et on sait pertinemment, comme lui, que tout va mal se terminer. Et Mann ne rajoute pas de suspense, nous laisse dans cet etat.
Pendant tout le film, à aucun moment on n'a peur pour nos deux héros. Eux-même n'ont pas peur. Il ne subsiste que cette sensation de vertige tragique et déséspérée. L'impression indicible, furieuse et pourtant paradoxalement calme que l'on descend droit vers l'enfer, sans rien pouvoir contrôler. Sans même le besoin de contrôler. Plus de suspens, juste le chaos.
Et un chaos comme on avait pas vu depuis au moins Time and Tide (2001 - Tsui Hark). Le suspens supprimé, l'abstraction créée par la mise en scène de Mann fait atteindre au public un etat de quasi-sommeil, à la limite du métaphysique, qui décuple par 1000 les sensations (et les émotions qu'elles provoquent chez le spectateur).
Zooms nerveux, décadrages violents, caméra portée tremblotente, etc. Miami Vice est le film sensitif ultime, jusque dans le moindre de ses cadrages : tellement complexes, travaillés, qu'il paraissent pris sur le vif, brutes, tout en faisant ressentir une infinités de sensations.
Mais ces cadrages représentent surtout l'uttilisation de la HD la plus parfaite à ce jour. Collatéral s'en servait pour faire de L.A. le personnage principal du film, filmant la ville de nuit d'une manière contemplative, presque onirique. Un parti-pris qu'il aurait été impossible de dévellopper jusqu'à un tel point sans l'usage de la HD. Cette façon de personnifier la ville dévelopait un thème déjà présent dans Le dernier des Mohicans et Heat : le rapport trouble entre les protagonistes et leur environnement, à la fois protecteur et menaçant, et surtout révélateur de leur personnalité (voir la scène du coyote dont je parle plus haut). Mais si ce rapport ammenait le film à un certain point d'abstraction, ou tout au moins d'onirisme, il l'empêchait également d'aller aussi loin qu'il aurait pu (peut-être n'était-ce pas le but du film). Car la ville, désormais personnage principal, était tellement imposante, inquiétante parfois, qu'elle renforcait le suspense du métrage, empêchant le spectateur de s'abandonner totallement au film.
Dans Miami Vice, Mann prend le risque (encore un) d'abandonner en partie ce thème qui lui est cher. La définition de la HD, permettant de capter l'environnement, de nuit, jusque dans ses moindre détails, est en soi un élément abstractif pour le public. Et Mann utilise cet élément abstractif de manière elle même totalement abstractive. L'environnement, ici, n'est plus présent dans le cadre comme une force indépendante des personnages. Il est utilisé comme faisant partie intégrante du cadre, de telle façon, qu'il n'est plus là que pour renforcer encore plus les sensations que procure le cadre. Dans Miami Vice, tout est utilisé de manière sensitive, même l'environnement. Cette façon de représenter la ville (les villes) est une première chez le réalisateur, tout en représentant une étape logique. Et tout en étant parfaitement cohérent avec le reste du métrage (et avec l'oeuvre général de Mann, ces dernières années, puisque la représentation urbaine, sous toutes ses formes, semble être devenue son obsession - Sonador).
Car tout est fait pour faire passer le maximum de sensations possibles. La bande son alterne silences lourds, dialogues et sons à vous exploser les tympans. L'utillisation de la BO a un impact viscéral ahurissant. Enfin, le montage pousse l'abstraction à son point le plus élevé. En résulte donc un chaos totalement hallucinant mais également hallucinatoire. Un chaos qui explose à la gueule du spectateur dans une dernière demi-heure de fou furieux, entre une scène de "sauvetage" brute, tendue, insoutenable, des plans contemplatifs beaux à en pleurer, une fusillade finale totalement barge et des séquences plus "intimistes" tout simplement bouleversantes.
Malgrés toute l'admiration que j'ai envers Tonny Scott, Mann vient ici d'atteindre une forme hallucinatoire dont il n'atteindra sans doute jamais la puissance.
Malgrès tout le respect que j'ai pour Spielberg, sa guerre des mondes (et pourtant je vénère ce film)ne m'a pas fait ressentir le dixième de ce que je viens de ressentir grâce à Mann (seul point où je suis légèrement en désaccord : Spielberg ne fait pas le même cinéma et n'a pas les mêmes obsessions. Je ne les trouve pas comparable. Tony Scott, par contre, et notamment avec Man on Fire, peut lui être comparé, oui - Sonador).
Miami Vice est en quelque sorte la première drogue cinématographique : totalement hallucinatoire et addictive pour ceux qui ne résistent pas à son effet. Pour les autres, bad trip garanti, Miami Vice se transformant alors en Miami Vide. En attendant, Mann est le plus grand réalisateur en activité, et une nouvelle étape dans sa carrière vient d'être amorcée. Miami Vice en est la première pierre tout en étant l'aboutissement de tout un genre, de toute un projet de mise en scène, et au final, de tout un cinéma. Miami Vice est le film viscéral, sensitif et contemplatif ultime.
6/6
Daniel Sebaihia (Aka Jésus Gris)
Et le second article :
Malgré son incontestable réussite, qui se solda par un succès à la fois public et critique, Collateral n’était pas sans poser un problème à Michael Mann. Depuis au moins Révélations, Mann ne cesse d’expérimenter comme un furieux pour donner une nouvelle définition au point de vue cinématographique, et pour cela il n’hésite pas à aller toujours plus loin dans l’abstraction. En résulte le film-enquête le plus novateur visuellement de l’histoire du cinéma, l’immersion absolue dans l’une des plus éminentes personnalités du 20ème siècle, et enfin le premier polar à faire réellement du lieu typographique le personnage principal de l’histoire. C’est à la sortie de ce dernier qu’on pouvait se demander comment Mann aller pouvoir pousser plus loin l’abstraction. Car la grande réussite de Collateral fut bel et bien de faire de la Cité des Anges le personnage principal de l’histoire, à la fois lieu de mystère où s’entrechoquent les civilisations et révélateur des consciences (la séquence du coyote, tout simplement énorme). A un tel degré de jusqu’au-boutisme, on voyait difficilement comment Mann pouvait aller plus loin. Par conséquent, lorsqu’il annonça la mise en chantier de la série télé qu’il avait lui-même initiée, l’impatience devint aussi forte que la surprise : comment allait-il faire pour faire franchir un palier supplémentaire à sa mise en scène dans le cadre d'un énorme blockbuster estival ? Tout simplement en procédant au mariage le plus harmonieux qui soit : la fusion entre ses obsessions de metteur en scène et le genre qu’il investit, quitte pour cela à mettre ses points forts de côté.
Autant le dire tout de suite, on s’attendait à tout sauf à cela. Pour la première fois dans la carrière du réalisateur d’Ali, l’histoire prime complètement sur les personnages, au point que ceux-ci apparaissent comme les acteurs d’un gigantesque chaos filmé. En effet, Mann ne fait jamais interagir les personnages avec l’histoire, sinon pour être totalement intégrés au récit. Pour être plus clair, Mann a toujours mis en perspective ses protagonistes avec l’histoire, de manière à ce que leur actions aient au moins autant de répercussions scénaristiques que symboliques. Cette démarche avait sans doute atteint son paroxysme avec Ali, où le personnage, de par ses convictions et les décisions qui en découlaient, faisait littéralement l’histoire, et dans l’interaction la plus totale avec le spectateur. Rien de tout cela ici, où l’histoire file à 100 à l’heure, au point que l’on a parfois l’impression de regarder un long épisode de la série télé, et ce dès l’ouverture, sans générique ni présentation préalable des personnages. Cela signifierait-il que Mann l’intransigeant se serait fait abattre par les conditions chaotiques de tournage et les pressions des studios pour voir un film pop-corn, regardé et aussitôt jeté dans une période estivale propice ? Non, car en réalité, Mann sait très bien ce qu’il fait, et le résultat final n’est autre qu’une nouvelle étape de franchie dans sa mise en scène expérimentale.
L’étude de caractères a toujours été l’une des constantes de la filmographie de Mann. Rare sont les réalisateurs contemporains à dresser le portrait de personnages ambigus sans jamais les juger, toujours en interaction symbolique avec l’histoire par le biais de la mise en scène. Pourtant, Mann choisit de sacrifier ceci pour pousser l’abstraction encore plus loin (du moins en apparence). Mann n’étant pas du genre à faire du sur-place, il savait qu’il ne pourrait pousser plus loin l’expérimentation sans remettre en question ce qui faisait son cinéma depuis plus de 20 ans. Le résultat est fulgurant. Miami Vice est un film proprement hypnotique, un tourbillon d’émotions fortes. L’effet est d’autant plus percutant que la mise en scène de Mann, caméra HD et plans très travaillés à l’appui, achève de nous entraîner dans le monde parallèle qu’est celui du crime organisé. Il est évident après vision que Mann a choisit l’adaptation de cette série comme véhicule de ses expérimentations pour deux raisons, la première étant bien évidemment les possibilités infinies qu’offraient le sujet à sa mise en scène : par le biais de cette histoire d’infiltration, Mann pouvait faire plonger le spectateur en même temps que ses héros, le guider dans un monde qu’il ne soupçonnait pas. Pour autant, Mann ne se contente pas d’être réaliste (même si on sent toujours le souci de coller à la réalité, notamment avec les seconds rôles), il fait de ce monde un tourbillon de chaos où les émotions sont balayées (voir l’histoire d’amour impossible entre Farrell et Li) et la menace permanente. Ici, l’apnée dans un monde aux règles étrangères se substitue au point de vue. Miami Vice est un film sensoriel, une expérience unique comme les autres films de Mann, qui est en train de redéfinir complètement les codes de la réalisation. Un paroxysme d’émotion qui explosera lors de la fusillade finale, tout bonnement hallucinante de découpage et d’intensité dramatique.
Cependant, si Mann n’attache pas aux personnages la même importance qu’ils pouvaient avoir dans ses précédents films, cela ne veut pas dire qu’ils défilent dans le film comme des ombres fantomatiques. Au contraire c’est dans les moments où ils leur consacre du temps que son film explose. Tout le cinéma de Mann est fait de plans, de courts instants qui transcende la scène, le film, voir même le genre. Plus que tout autre, c’est dans ces moments que le génie de Mann explose à l’écran. Ici, le réalisateur se contente de quelques plans pour installer la psychologie des personnages qui valent à eux seuls tous les dialogues du mondes, aidé en cela d‘un casting solide (Fox en tête) et d’une direction d’acteur encore une fois imparable. Jamais dans son comportement Sonny Crockett ne trahit ses émotions, sauf au détour d’un plan magistral : alors qu’ils se rendent chez l’un de leurs indics pour que celui-ci les introduise auprès de Montoya, l’espace d’un instant Crockett regarde l’océan à travers la vitre, en quête de quelque chose, puis revient à la raison de sa présence. Tous le film est jalonné de ces plans sur les regards qui permettent aux personnages d’exploser sans plus d’explications : que ce soit le visage de Jamie Fox déformé par la colère après l'enlévement de sa femme, ou alors la réaction de Yero devant la danse amoureuse de Farell et Li. Dans ce film, les personnages ne transparaissent pas avec le dialogue mais avec le regard. Dans ces plans bouleversants d’intensité (qui m’ont même donné envie de chialer, le syndrome de Stendhal (Je pense que c'est plutôt celui de stockholm... - Sonador), que voulez-vous), Mann fait atteindre les sommets les plus haut à son film et à son art, où se croisent le cinéma vérité le plus bluffant ( l’impression d’assister à l’histoire en direct est pour le moins tenace) et l’abstraction totalement hypnotique.
L’autre raison pour laquelle Mann a du choisir d’adapter la série, c’est pour le cadre qu’elle offrait. Comme si'il avait besoin de justifier ses expérimentations par les contraintes d’une structure ultra-codifiée d’un blockbuster se devant d’être fédérateur. En réalité, Mann reste un grand cinéaste narratif et devait accepter de mélanger sa mise en scène unique à une structure bien définie pour ne pas tomber dans l’abstraction la plus totale. Ainsi, si voir le bonhomme à la tête d’une grosse production d’été pouvait surprendre, ça n’en demeure pas moins logique au vu du résultat final. Le fait est admis depuis longtemps : les plus grands films de genre sont ceux où le metteur en scène inculque son univers à la fois personnel et visuel dans l’histoire qu’il raconte, et plus largement dans le genre qu’il investit. Certes, c’est ce qu’a fait Mann pendant toute sa carrière, où il a notamment redéfinit les codes du polar (entre autres, bien évidemment). Mais ici, la gageure était double car non seulement il se devait d’avancer dans l’évolution de sa mise en scène expérimentale, mais en plus il devait l’insérer dans une grosse machine typiquement hollywoodienne. Le pari est doublement gagné, Mann réalisant un des films de genre les plus excitant des dix dernières années. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film récent auquel Miami Vice ressemble le plus dans sa structure est Blade 2, autre claque dans la gueule dans lequel le récit prime sur les personnages, marqué qui plus est par la personnalité de son metteur en scène. Intelligent, racé et intègre, Miami Vice s’impose dès lors comme un idéal de cinéma de genre.
Au final, même si on connaît les multiples problèmes que connut Mann au montage, on l’imagine mal faire mieux. Tous juste faudrait-il quelques scènes supplémentaires pour aérer le récit, mais qu’importe : Mann vient encore une fois de prouver à la face du monde qu’il est le plus grand réalisateur en activité. Un artiste et un artisan, réfléchissant consciencieusement à la façon de faire évoluer son art. Le cinéma de Mann ne ressemble à aucun autre, car lui seul arrive à combiner de cette façon des cojonès énormes (il en fallait pour faire le film de cette façon) et une sensibilité artistique aussi éclatante. Il fait fî des mauvaises langues qui lui prédisaient une catastrophe, et réalise la claque de l’année. Encore une fois, Mann rime avec miracle.
6/6
Guillaume Meral (Aka MacLane)
12 août 2006
Ab Irato - Prewiew
J'ai précédemment eu l'occasion de parler du court-métrage "Ab Irato", alors en préproduction. Erwan Le Gac, jusqu'ici essentiellement assistant réalisateur, allait réaliser son premier film...
C'est chose faite.
Le tournage, toute première prod' d'Invasion film, s'est donc déroulé à Saint Augustin (un comble, vu le sujet du court!) entre le 28 mai et le 31 mai 2006. Il met en scène Philippe Petit, dans le rôle du "Padre", Sabrina Mokhbi, dans le rôle de Rose, et Michel Pagès, dans celui de Mourin. Kesako, Ab Irato? Un court d'une quinzaine de minutes narrant les aventures surréalistes de deux prêtres face aux à des démons pas si diaboliques que ça, aidés en cela par d'autres prêtres, eux-mêmes pas vraiment serviables. On le voit : c'est une comédie fantastique comme on aimerait en voir plus souvent. Un métrage où rien n'est vrai, où rien n'est faux, mais où tout est fou. C'est une petite oeuvre pleine de références - toutes respectueuses (on n'est pas dans Shrek) - des genres auquel il se réfère.
Mais un tournage, ce n'est pas simplement un film. C'est aussi un défi de tous les jours, doublé d'une aventure humaine, pour laquelle chaque participant, technicien, acteur, doublures, et figurant s'est donné à fond avec une énergie communicative. C'est simple : quand il s'est terminé, chacun s'est muté en orphelin du décor. Bien sûr, il y a eu des anicroches. Il y en a toujours. Un acteur ne peut pas venir ? Le régisseur est coincé ? Il faut faire sans. Il faut créer des sfx sur le plateau ? Alors on les fabrique avec trois fois rien pour en faire un immeuble. Il manque de la bouffe ? Pas de problème, MacChris et MacFateh sont là pour taper la brousse. Chaque problème, une solution, sous l'égide de Sir Erwan.
Une après-midi d'essai, trois nuits marquées : le 28, c'est la visite du décor et les essais caméra avec Sabrina Mokhbi (actrice talentueuse déjà vue dans "la petite graine", réalisé par Guillaume Pin, ici producteur et figurant sur le court). Le plateau est encore sans dessus dessous, mais la responsable des décors, Nathalie Metrot, avec l'aide des talentueux Christophe Cauvin et Bruno Vitti, met les bouchées doubles pour finir à temps. Ils y parviendront haut la main.
Le 29, dans la nuit, avec Fateh Mezlef et son amie, Yasmeen, j'assiste, en tant que "régisseur stagiaire adjoint" à mon premier tournage. Les plans sont tournés et l'on procède à la pose de maquillage pour l'actrice principale. David Scherer et Nibelle Nekki (qui commencent d'ailleurs à se faire un joli nom dans le métier) font preuve d'un tel professionnalisme que le maquillage se confond parfaitement avec les dessins de préproduction. Je fais dix mille allers-retour pour prendre cent mille photos, pas aussi réussies que celles que prendra Corinne, la photographe de plateau. Philippe Petit et Michel Pagès entrent dans la peau de leurs personnages. Il suffit d'une soutane pour l'un et d'un bouc pour l'autre et les voilà prêts pour le César (Bon, en exagérant un peu, ok...).
Le 30, c'est l'entrée en scène de Guillaume Pin, en griffu griffé, sous le regard hilare de son compère de toujours, Michael Massias (metteur en scène du Royaume des cendres, ici présent sur le plateau en tant qu'assistant réalisateur). Guillaume Pin fait ses vocalises et le voilà métamorphosé en prêtre à l'agonie. Le 31, après un barbecue fort sympathique, Sabrina et Philippe tournent leurs scènes "intimistes" dans le silence et l'obscurité, sous le regard admiratif de toute l'équipe. Erwan est tendu comme un slip, mais il s'en sort comme un chef. Les cafés vont et viennent, les paupières aussi. Tout le monde est crevé mais c'est le clap final.
Tous, nous nous retrouverons pour le pot de la fin, le 3 juin. Philipe s'est rasé de près. Sans ses poils, il est passé de l'ours à la fesse. C'est la signature en bas de page pour une histoire en quatre feuillets.
Le court est actuellement en montage. La première photo, en exclu, pas encore étalonnée, m'est tombée dans les mains. Erwan, royal d'entre les royaux, m'a fait une fleur : C'est moi, la première photo. Les figurants passent parfois en premier, que voulez-vous...
23 juillet 2006
Superman Returns (spoilers inside)
Superman Returns
Réalisateur : Bryan Singer
Acteurs : Clark Kent / Superman : Brandon Routh. Lois Lane : Kate Bosworth. Lex Luthor : Kevin Spacey. Richard White : James Marsden. Jimmy Olsen : Sam Huntington. Perry White : Frank Langella. Martha Kent : Eva Marie Saint. Stanford : Kal Penn. Kitty Kowalski : Parker Posey. Jor-El (images du "Superman" de Richard Donner) : Marlon Brando. Ben Hubbard : James Karen. Clark Kent, enfant : Stephan Bender. Auxiliaire médical : Raelee Hill. Officier de police de Metropolis : John Ghaly. Brutus : David Fabrizio. Bo le Barman : Jack Larson. Gertrude Vanderworth : Noel Neill. Riley : Ian Roberts. Gil : Jeff Truman. Bobbie Faye : Peta Wilson. Grant : Vincent Stone. Polly : Barbara Angell. Le commandant de la navette : Ian Bliss. Le pilote de la navette : Ansuya Nathan. Le mécanicien de la navette/Le copilote du 777 : Warwick Young. Le navigateur du 777 : Bradd Buckley. La présentatrice française : Frédérique Fouché. Le présentateur français : Julian Pulvermacher.
Producteurs : Jon Peters (Aka le coiffeur, aka l'analphabète...), Gilbert Adler, Bryan Singer.
Scénaristes : Michael Dougherty, Dan Harris, Bryan Singer.
Nous sommes dimanche 23 juillet 2006. Il est 17 heures. Le moral dans les chevilles, je me décide à aller voir le nouveau Superman. J'ai bien sûr lu l'article de mad. Selon eux, c'est un navet. J'ai lu l'article DVDrama, sur la prod et les folies de Peters et Burton. Je sais bien sûr déjà que le film n'a pas choisi une direction "excentrique". Au contraire, Singer a cherché à monter une suite/séquelle aux deux premiers métrages, faisant référence à des passages des anciens films, reprenant la musique originelle et réutilisant, pour l'occasion, Marlon Brando dans le rôle de Jor-El (manipulé par les soins de la technologie infographique pour un rendu invisible). J'ai vu la face de Routh. Un clone de Christopher Reeves, l'irremplacable, l'inoubliable, le regretté. Quoique finalement très impressionné par la ressemblance frappante entre les acteurs, je ne suis pas totalement convaincu. Encore moins, en fait, depuis que j'ai lu que le film n'avait quasiment que deux scènes d'actions et que le reste serait assez lent, voire gnangnan selon certains, étant seulement centré sur l'histoire de Superman et de Loïs Lane. Pour couronner le tout, je ne suis pas un grand fan des X-mens (à quelques séquences près. Des "fulgurances", pour ainsi dire, du réalisateur, laissée en maigres mais belles cacahuettes à ses spectateurs)
Mais j'ai besoin de me changer les idées. Je n'hésite plus. Je prends la décision. J'arrive limite à la bourre, mais assez tôt pour ne pas manquer le début du film.
Le générique.
En à peine trois secondes, je deviens blème.
Soudain, en une petite fraction de seconde, en quelques tonitruantes notes de musiques, écrites par John Williams il y a presque trente ans... comme l'a fait Superman, en 1978, je remonte le temps. Et j'ai de nouveau dix ans.
Les cicatrices du passé disparaissent. Le cynisme, les déceptions, les victoires et les soucis s'évanouissent. Les combats personnels, les conflits intérieurs, n'ont pas commencé.
Je suis redevenu un môme.
Le film commence. On (re)découvre la destruction de Krypton (identique à celle qu'on a connue). Puis, on enchaîne sur une long périple spatial, dans un générique plan/séquence qui nous replonge dans l'introduction du métrage originel. La "météorite" apparait enfin, s'approche de la terre, traverse le ciel et s'écrase dans les champs de la ferme familliale, sous les yeux ébahie, pleins d'espoir de Martha Kent. Elle se précipite dans la cabine de son vieux pick up (le même modèle que celui, là encore, que l'on a déjà découvert dans "Superman, le film"), et part à la recherche de ce qui s'avèrera être un vaisseau... A nouveau, le même qu'au début du film de Donner.
Et cette fois, il n'en sortira aucun enfant. C'est un adulte qui s'en extrait, épuisé, vidé. On ne voit pas son visage. Il s'écroule dans les bras de sa mère adoptive. Fin de l'introduction.
Le lendemain. l'homme d'acier ouvre les yeux. La caméra recule et je découvre alors, enfin, le visage, le sosie quasi parfait, jusqu'au moindre tic, de Christopher Reeves, pas encore paralysé à vie, pas encore entre quatre planches. Oui, Superman est bel et bien de retour.
C'est alors que je découvre un acteur qui, durant tout le film, parvient à transmettre la même naïveté, la même sincérité que son prédécesseur. Il ne le remplace pas. Il lui succède, et il le fait avec un surprenant brio (avec d'autant plus de réussite que c'est son premier rôle au cinéma). Il joue un personnage moins lisse qu'autrefois : une demi-dieu capable de commettre de vraies erreurs, comme celle de partir chercher les siens, au coeur des restes de son monde natal, sans savoir que sa véritable famille, au fond, étaient déjà là, tout autour de lui. Je découvre des relations moins caricaturales, plus humaines que dans les précédents Superman. On se retrouve face à un type qui se casse quand il faut pas, et qui revient pour s'apercevoir qu'il a perdu ce qu'il aurait pu avoir de plus important au monde : une famille. Je découvre un superman humain plein de félures qui peine à vivre au delà de l'image qu'il renvoie au monde et qui finit par crouler sous les regrets. Je découvre l'homme, derrière le demi-dieu, caché derrière le pantin "Kent". Un type capable de faiblesses comme celle d'espionner, à travers les murs de sa maison, les images d'une famille qui aurait pû être la sienne et à laquelle il n'aura sans doute jamais droit. Un type seul, marginal, isolé, finalement rongé par sa condition.
Mais, me dis-je, craintif, le pire peut encore venir. Oui, Luthor... Il peut être le gros point faible du film. Eh pourtant, non. C'est le second miracle. Ca reste bien entendu un "bad guy", une sorte de savant fou millionnaire, toujours pretexte aux multiples touches d'humour (d'ailleurs le coup de la vieille du début et celle des chiens cannibales m'ont fait hurler de rire). Et Kevin Spacey aurait pu cabotiner à outrance, comme l'avait fait, autrefois, Gene Hackmann. Mais non. Il ne le fait pas. Certes, il pousse le bouchon l'espace de trois séquences (juste assez pour que ça reste plaisant). Mais le reste du temps, il est manipulateur, cynique, lance quelques vannes, et reste dans la droite lignée de son prédecesseur... mais son interprétation reste dans l'ensemble très sobre. Le film aurait pu se casser la gueule, faute de méchant d'envergure. Que nenni. Luthor se conduit comme un vrai salopard, violent à ses heures (il n'hésite pas à poignarder le héros à terre, le genre de chose qu'on avait pas vu dans les précédents opus). Son amie Kitty? Un personnage de potiche? Oui, bien entendu. Machisme déplacé? Non. Je ne vois pas ça ainsi. Certes, on est en 2006, les femmes ont changé et le fait est bien illustré par le comportement de la nouvelle Loïs. Cependant, le film recherche tout de même la continuité avec l'ancienne série. Kitty rappelle la jeune femme qui accompagnait Luthor dans les premiers films. C'est sa seule fonction (en dehors de son rôle humoristique, bien sûr). Un personnage à prendre au enième degré, d'ailleurs moins bête que l'ancienne petite amie de Lex.
Je continue d'avoir dix ans.
Je suis ébloui par les effets spéciaux, par le travail artistique, fin, de toute beauté. Chaque plan est un délice pour les yeux. Chaque décor est mis en valeur. Reprenant l'angle du film catastrophe, comme dans le "Donner", les situations sont toutes pretextes à icôniser le personnage (Cf. le sauvetage du bateau, la séquence de l'enfance de Clark et l'enlèvement de l'île en tête). Postures, situations, tout y est. Seul petit bémol : les changements de Kent en "Supe" sont effectivement et, curieusement, expédiés. Mais le fait est qu'il y a plus d'action que les minables deux scènes dont j'avais entendues parler (et elles durent assez longtemps... pour notre plus grand plaisir). Spectaculaire sauvetage d'un avion en flamme. Tremblement de terre. Sauvetage du yacht. L'hallucinante séquence de l'île qui impose définitivement le personnage comme demi-Dieu tombé tout droit de l'Olympe. Que des séquences qui prennent leur temps, parfaitement découpées, et gonflées d'un montage, que, une fois n'est pas coutume, on peut parfaitement suivre... (pas du Michael Bay, donc). Il y aurait des passages à vide? Non, rien que des scènes destinées à creuser les personnage, à développer leurs relations (même Lex acquiert une troisième dimension - même si elle reste limitée...). Parfois même des passages de pure poésie, comme le gamin jouant du piano avec "Brutus" (petit clin d'oeil à Spawn, au passage, avec le tatouage du mec. Et peut-être autre clin d'oeil avec la conclusion de la séquence qui, sur le coup, me fait largement penser à la scène ou Supe/enfant soulevait la bagnole au début du film de 1978). Pendant 2H30, la musique de Williams nous emporte, comme s'il ne s'était pas passé 30 ans entre Superman I et Returns. Ce sera l'un des plus vibrants hommages rendus à l'ancienne série, et, sans doute, plus indirectement, à Christopher Reeves et aux créateurs de la série originelle (Respect... Moi qui - encore une fois - était dubitatif quant à cette idée... je suis bluffé). Puis nous assistons à une séries de scenettes distilées à seule fin d'approfondir la mythologie. Le personnage/titre gagne alors une dimension christique, de quasi martyr (la chute, la resurrection). Et on hésite plus à enchaîner sur d'autres mythes, tel que prométhée, le Titan qui déroba le feu (la science) aux Dieux pour le donner aux hommes.
Bien sûr, il y aura toujours quelqu'un pour souligner que c'est facile, simpliste (Peut-être... Peut-être pas... mais c'est si bien filmé...) ou pour remarquer que tel ou tel plan s'inspire de tel ou tel autre et faire de longs reproches pleins de mépris (j'ai même vu quelqu'un, sur un autre site, qui trouvait le film raté parce que, l'espace d'un plan, la cape de Superman était trop raide à son goût... sans commentaire). Mais quel artiste ne se réfère pas à un autre artiste? Une référence est une référence. Ce qui importe, ce n'est pas tant la scène mais la façon dont elle s'insère dans l'histoire. C'est le traitement qui compte. Et ici, inspiré ou non, le traitement est impeccable. Pourquoi taper sur un Superman qui "reprendrait" (soi-disant, car je ne vois pas le rapport) une scène d'un métrage de Myasaki pour, de la même façon, s'extasier sur un Matrix qui reprenait des plans entiers de Ghost in the shell ? Et qui reprenait, en plus, déjà cette même figure "christique", maintenant critiquée dans Superman ? Ca n'a aucun sens car encore une fois, tout est dans le traitement et rien n'est vraiment comparable. Le principe est sans doute le même, mais le sens des symboles me parait - à chaud - différent. On pourrait critiquer la longueur du film, mais l'original n'est plus court que d'une dizaine de minutes. L'absence de fight avec un bad guy aux supers pouvoirs? Mais y en a pas non plus dans l'original (et dans les suites, c'est franchement kitch...) et le thème du film, c'est en priorité le retour du héros. Le reste viendra après... j'en suis persuadé. L'absence de moment épique? Le personnage/titre arrache un bateau des océans, avant de faire de même avec un quasi continent - qui d'ailleurs me fait irresistiblement penser à l'Atlantide, autre figure mythologique située, selon la légende, entre les continents américains et européens. La présence, la puissance du personnage est bel et bien là, que ce soit dans les postures du héros, dans ses actes ou illustrée par son immense musique. On pourrait démolir le scenario sur la bases des manigances simplistes de Luthor, mais objectivement, lesdites intrigues étaient-elles plus réalistes dans les anciens films? Et nous sommes ici face à un hommage... tiré d'un comic, de surcroît. Il serait donc malvenu de l'oublier. Ou peut-être devrait-on se plaindre, tant qu'on y est, du fait que le personnage vole? C'est tout aussi invraissemblable, me semble-t-il... La mollesse du film durant 3/4 d'heures? Eh, faudrait peut-être revoir le Donner et le Lester... Ils sont autrement plus lents (surtout le 2, en fait). Bien sûr, je dis ça, mais j'adore toujours me remater Superman I. Je tiens tout de même à le préciser.
J'ai dix ans. J'ai le sourire.
La réalisation brille autant par sa "douceur" (premier mot qui me vient à l'esprit pendant la projection. Mais peut-être devrais-je parler de délicatesse de la part d'un réalisateur qui vénère "Superman, le film"), que par son évidente inventivité. La chute de superman ? Une splendide reprise d'un tableau de Dali, dépeignant le Christ sur sa croix, tombant du ciel vers le sol de la Terre. Aucune scène de vol ne se ressemble. Aucune séquence d'action ne se répète. Les images sont léchées, travaillées. On pourrait citer plusieurs passages clés. J'en retiens une, en particulier : le héros, flottant autour de la Terre, écoutant les appels au secours de chacun et devant choisir qui sauver et qui ne pas aider parmi les millions de petits drames se déroulant au sol. Il ressemble alors à un "vrai" Dieu (au sens propre), dominant son monde, lequel, pour sa part, ignore tout de la détresse, de la solitude du personnage (d'ailleurs, ne parle-t-on pas de la "forteresse de la solitude", pour la base cachée de "supe"?). La thématique du film entier pourrait se résumer dans cette unique séquence.
Les scènes d'actions du film dégagent une véritable énergie (à l'exception, peut-être des passages obligés/imposés telles que celles où on "entrevoit" Superman faire ses sauvetages à droite à gauche... Encore qu'il s'agisse de techniques d'expositions vieilles comme le monde, déjà utilisée sur Robocop premier du nom, pour ne citer que cet exemple). Les scènes "catastrophe" sont impressionnantes, même pour nous, qui sommes blasés par des productions blindées, voire boursouflées, d'effets spéciaux et de surenchères. Elles sont tout à fait comparables, sur le principe, aux séquences premier opus, même si, pour être juste, les effets spéciaux du film de 1978 (que du traditionnel, pas de CGI, bien sûr) resteront toujours les plus extraordinaires, tant les moyens techniques étaient différents.
Le second rôle du film, dont je n'ai pas encore parlé. Loïs Lane. D'aucuns considèrent que c'est le point faible du métrage. Pourtant, même si Kate Bosworth fait un peu fade, elle me parait cent fois mieux que Margot Kidder (que même gamin je trouvais insupportable). Un personnage plus mûr (et une actrice plus jolie, soit dit en passant). Une vraie femme, moderne, indépendante, pas une simple vignette. Une femme blessée, ulcérée, par le départ sans explication de son homme et qui s'est retrouvée à assumer un enfant sans père (voilà une idée très moderne, un thème qu'on aurait sans doute pas vu dans un Superman des années 70's). Pas une fofolle égoïste, sans cervelle. Le scénario a aussi le mérite de nous filer quelques jolies réparties ("l'Homme n'a pas besoin d'un sauveur, mais il ne se passe pas une journée sans qu'il ne l'appelle à lui..." en gros), plutôt inattendu, me dis-je, vu les années de developpement Hell qu'a connu la production (merci Peters, hum, et Tim Burton, pas mieux... Cf. http://www.excessif.com/news.php?15767 pour en savoir plus sur cette ahurissante longue période de gestation. Ah, Nicolas Cage en collant bleu... Il faut aussi s'en souvenir, s'il on veut garder à l'esprit qu'on l'a échappé belle).
Superman finit par trouver ce qu'il cherche (très émouvante séquence que celle où il parle à cet enfant de cinq ans qui se révèle donc finalement être son fils - faiblesse face à la kryptonite en moins), mais il substistera toujours une grosse trace d'amertume. Pas de fin facile. Le fiancé de Loïs ne meurt pas, ne laisse pas de champ libre au héros. La belle ne se précipite pas vers son sauveur. Pire encore, le fiancé en question est un type bien, voire une seconde figure héroïque, exclusivement humaine celle-ci (et ayant des accointances de caractère avec Clark Kent). Son fils est destiné à rester loin du vrai père, pas tout à fait conscient de ce qu'il est (mais presque, comme on le voit avec la scène, très réussie, du piano), encore enfermé dans les peurs insuflées par sa mère (aspect du film que j'ai d'ailleurs trouvé très fin : Loïs a tellement peur de perdre son fils, comme elle pense avoir perdu le père, que visiblement, elle a reporté toutes ses psychoses sur l'enfant au point que celui-ci semble asthmatique, presque traumatisé par des pouvoirs dont on peut imaginer qu'ils les cache à sa mère... Un peu, dans le fond, comme la fait "Supe" avec Loïs). Pourtant, on se doute... qu'il finira par comprendre un jour.
C'est alors, après la chute du héros, que l'on assiste à une magnifique scène : Superman est dans le coma, le gamin, geste prophétique d'un avenir tout tracé, caresse le vêtement de l'homme (et je dis bien l'homme : affaibli, dépouillé de tous ses artifices et bientôt face à sa réalité de père)...
Ce passage peut d'ailleurs être interprété d'une manière sensiblement différente. L'enfant vénère le costume (vide), tout en prétant à peine attention au personnage nu, dans le coma, qui se trouve à côté. Il s'attache d'abord à l'image (encore une fois), en oubliant l'homme. Puis, enfin, il finit par serrer l'homme dans ses bras. Ce passage pourrait être une simple réflexion sur l'image que renvoie le "héros".
Mais il pourrait être aussi une sorte d'hommage émouvant, très discret, à rebours fait à un autre homme, un vrai, celui qui nous a quitté trop tôt, à savoir Christopher Reeves. L'acteur dans le costume, finalement dépouillée de son image d'acteur en costume pour se révéler comme l'homme de courage qu'il était : un paraplégique incapable de respirer seul qui s'est battu, en vain, pour pouvoir remarcher un jour. Un homme qui, après son décès, et celui de sa femme, quelques mois plus tard, laissa un jeune orphelin derrière lui. L'enfant du "Superman" cinématographique, symboliquement, présenté ainsi, deviendrait alors le successeur de Reeve... ce qu'est donc précisemment devenu Brandon Routh en reprenant son rôle.
J'aime ces trois interprétations. Et je regrette d'autant plus que ce passage n'ait pas plus attiré l'attention. J'ajoute aussi une petite remarque. La grande différence majeure entre Superman et un "Dieu" à part entière, est qu'il ne crée pas. Pourtant... Avec ce nouvel enfant, ce fils qu'il ne connaissait pas, il a bel et bien créé. Ses caractéristiques physiques de superhéros semblent s'être transmises à son fils. S'il en va de même pour ses descendants (idée purement théorique), alors la présence de ce simple bambin pourrait signifier - dans le film, donc - une nouvelle humanité future, à venir. Une nouvelle ère. Superman, l'homme d'acier deviendrait alors bien un "créateur", un sauveur, et la boucle thématique serait bouclée... Respect, monsieur Singer. Respect... (petite disgression pas sérieuse du tout : au pieux, il devait assurer, Supe, pour que Loïs ait été accroc à ce point... l'homme d'acier jusqu'au bout... warf!)
Toujours est-il que nous avons droit à une foule de séquences qui laissent présager de situations intéressantes, conflictuelles entre les personnages, pour les (j'espère) films à venir. Autre chose que la bluette simpliste de la chambre rose dans superman II (1 heures 30 de blabla pour 10 mm d'actions molassonnes dans lesquelles seul un "top" concours de lancer de bus dans la tronche se distingue du reste du métrage). D'ailleurs, étant donné que le Superman Returns se pose en "suite" de l'épisode 1 et 2, je me dis immédiatement que c'est au terme de cette nuit là que le fiston est conçu.
On pourra toujours me faire remarquer - non probablement sans une certaine justesse - que le film n'est pas parfait. On pourra toujours trouver à redire à propos de tel ou tel passage, voire du traitement lui-même. C'est évident. Nous avons tous des yeux différents. Mais... Quand je vois la somme de purs remakes inutiles ou le nombre de projets idiots en cours ou récents (genre snake plane, ou transformers...), je me dis qu'un Superman Returns, quoiqu'il en "retourne" - si on veut bien me pardonner ce mauvais jeu de mot - peut et doit être défendu.
C'est un vrai film à l'ancienne (malgré ses effets spéciaux, évidemment modernes), qui prends son temps (Rien à voir avec les prods réçentes qui expédient les présentations et les enjeux en 5 minutes par personnage) qui aurait bien pu finir en catastrophe si le projet "burton/peters" avait abouti (et pourtant, j'aime bien Tim Burton, même s'il est parti en vrac ces dernières années). Un film - pour moi, un bijou inattendu - grâce auquel on retombe en enfance.
J'ai dix ans. J'ai toujours le sourire.
Je sors de la salle, en me disant que j'y retournerais bien direct. Mais je dois rentrer.
J'arrive à la maison. Les informations de vingt heures commencent. Le Liban est toujours bombardé, peut-être même sur le point d'être envahi. La France envoie des navires pour ouvrir un pont et reccueillir des réfugiés. Des familles sont anéanties. Un gamin a été retrouvé dans un sous-sol glauque, sombre et sale, dans notre beau pays. Il a été torturé et étouffé avec un sac poubelle enfoncé dans la gorge. Tout le monde s'entretue pour imposer sa propre façon de dire "aimez vous les uns les autres" et certains pensent que l'on peut changer l'Histoire à coup d'attentats. Superman n'existe pas. Il n'y a que la folie des hommes.
C'est fini. J'ai trente et un ans. Je n'ai plus dix ans.
On vit dans le monde réel. Un monde d'attente, sur le point de nous claquer dans les doigts. Un monde à l'intérieur duquel garder son âme est devenu une guerre de tous les jours. Un monde que j'observe, lointain, perplexe, toujours enclopé au delà de toute raison.
J'ai fini de sourire.
Merci, Bryan Singer, de m'avoir rappelé, pendant presque trois heures, ce que c'était que d'avoir dix ans.
23 mai 2006
Phaze 1 - Clap
Après une petite absence (de longue durée?), je viens vous présenter le clip de "Phaze 1".
Le clip est actuellement sur la table de montage. Il sera donc visible dans les semaines à venir (Cf. le site : "Phaze 1" )
Réalisé par Guillaume Pin (le metteur en scène du court métrage "la petite graine"), il a été coproduit par "Invasion Films" (sa propre société de production) et par "Pistoleros" (et Michael Massias en tête, lequel avait déjà scenarisé "La petite graine, que G. Pin avait justement mis en scène. Pour en savoir plus : http://www.pistoleros-prod.com).
Erwan Le Gac (à titre d'assistant réalisateur), et Nathalie Metrot (à la décoration), que l'on peut entrapercevoir sur les photos du site, participèrent au tournage.
En 2004, Guillaume Pin, avait déjà réalisé la bande annonce du célèbre festival "Paris cinéma" (pour voir la BA en question : "Lien"). Il a été interviewé à cette occasion ("Lien").
Les connaisseurs reconnaitront les clins d'oeils au "Nosferatu" de Murnau (1922), à "Blade Runner" (1982), de Ridley Scott, ainsi qu'à d'autres long-métrages reconnus.
Le "Barbare" - sur la troisième photo, n'est autre que Philippe Petit, bien connu des amateurs du "Padre" (personnage fétiche du jeune réalisateur Erwan Le Gac), dont le pilote officiel sera très prochainement tourné. L'acteur, P. Petit a par ailleurs participé au court-métrage "Le royaume des cendres" (avec, entre autres, François Bérléand), réalisé par Michael Massias pour "Pistoleros".
Le metteur en scène a par ailleurs réalisé "la petite graine" (Cf. "Lien" vers la bande annonce), court métrage produit par "Pistoleros", écrit par Michael Massias et sur lequel Erwan Le Gac a usé ses fonds de culottes en tant qu'assistant réalisateur. Guillaume Pin a précédemment oeuvré sur "Schizotypique" ("lien"), en tant que directeur de production, et a réalisé d'autres clips, à commencer par celui de "Medula need" (2003), que l'on pourra télécharger "ici" afin de dévouvrir l'univers visuel si particulier de l'auteur.
Il a par ailleurs travaillé pour des sociétés telles que "Fisheyefilms" ("Lien"), pour ne citer qu'elle, et réalisé des spots comme celui de Résident Evil (2002), pour la Game Cube (effets spéciaux/lien : Fx/cinéma). Il est le metteur en scène d'autres courts-métrages tels que "Que faire quand tout est noir" (2000), présent en bonus sur le DVD de "Baron Vampire", du maitre Mario Bava ("Lien"!).
Sa filmographie sélective :
Tractus (mm) (1994) / Que faire quand tout est noir (cm) (1999)/ Resident Evil-Game Cube (cm) (2002) - ("Lien")/ Medulla Need (clip) (2003) /motherkingdom (2004) - ("Lien")/Paris cinéma (2004) - ("Lien")/La Petite Graine (cm) (2004)/Paris cinéma (2005).
A l'instar d'un Michael Massias, d'un Eric Valette (réalisateur de "Malefique"), ou d'un Erwan Le Gac, un réalisateur français de "genre", à soutenir, à suivre, et dont j'aurais l'occasion de reparler dans les prochains mois...
17 avril 2006
Star Wars Holiday Special Show
L'un de mes lecteurs, Rez, dans ses réponses postées sous l'un des articles de ce site (Cf. Sujet "Dune") a généreusement posé un lien vers le fameux show perdu. Ayant eu une réaction à ce sujet, il serait justice de le mettre en avant sur un article à part. Le remerciant, je met donc le lien, ici même :
http://video.google.com/videoplay?docid=7255661301905279600&q=star+wars+holiday+special&pl=true
En dépit de la barrière de la langue (n'étant pas anglophone), et de la mauvaise qualité de l'image, malgré le fait que tout le show ne soit pas visible (seul 50 minutes peuvent être vus via le lien), force est de reconnaitre que c'est particulièrement kitch... Mais c'est à voir, ne serait-ce que pour la culture générale ou cinématographique et ce d'autant plus que les copies ont théoriquement toutes disparue (Georges Lucas ayant malheureusement fait détruire toutes les copies existantes... Mort de honte, Georges?).
Initialement, on aurait pu considérer cet opus comme étant "l'épisode 4.5" (l'histoire se situant visiblement entre "Un nouvel espoir" et "L'empire contre-attaque). L'OFNI (Objet filmique Non Identifié, pour les non-initiés...), tourné et diffusé en 1978 (le 19 novembre, pour être précis), ne fait donc bien sûr pas partie de l'Univers Etendu officiel.
En remerciement à Rez...
Les commentaires, s'il y en a, c'est en dessous...




























