28 septembre 2006
Alain Vallejo, Scénariste de Choc pour séries Chics
- Alain Vallejo, Scénariste de Choc pour séries Chics -
Alain Vallejo, plus connu par les « madnautes » (les internautes habitués du site Web du magazine célèbre magazine fantastique Mad Movies) sous le pseudonyme de « Hallboy » est scénariste de métier. Sa spécialité ? Les séries animées. Il a donc accepté de répondre à quelques questions, pour nous faire connaître son activité, d’ailleurs finalement assez méconnue du grand public.
(Pour profiter des illustrations présentées sur cet article : cliquer dessus).
Sonador : Salutation, Alain... Tout d’abord, je tiens à te remercier pour le temps que tu nous accordes... Commençons donc par la question traditionnelle : quel a été ton parcours de scénariste ? Etait-ce une vocation ?
Alain Vallejo : En fait, je suis devenu scénariste un peu par accident. À la base, je suis dessinateur. J’ai même fait l’école Duperré. J’ai fait un peu de BD dans des fanzines en Espagne (étant d’origine espagnole, j’y allais souvent), puis plusieurs travaux d’illustrations sans grand intérêt. Un jour, un de mes amis, dessinateur lui aussi, m’a fait savoir qu’il s’apprêtait à commencer une formation de « storyboarder » à l’école des Gobelins (une école spécialisée, réputée dans le monde entier. Les professionnels de l’animation de chez Disney et Dreamworks y font leur marché...). Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai été marqué par beaucoup d’anciennes séries comme « Goldorak » ou même « Candy », et l’idée m’a tout de suite séduit. Le problème, c’est que pour faire cette formation, il me fallait au minimum une expérience dans le storyboard et je n’avais rien fait dans ce domaine... Je me suis donc intéressé aux autres formations proposées et c’est là que j’ai découvert celle de « scénariste de dessins animés pour la télé ». Après réflexion, je me suis rendu compte que ce que j’aimais, finalement, c’était avant tout raconter des histoires. Et puis dessiner « la mort du Prince des Collines » c’est bien... mais en être l’auteur, c’est encore mieux !! Ni une, ni deux, j’ai demandé un dossier (l’école ne demandait aucune expérience particulière, l’entrée se faisant sur concours) et franchement, je ne le regrette pas. Je ne sais pas s’ils proposent toujours cette formation, mais elle est – ou elle était – très complète. On y apprenait non seulement à écrire des histoires, mais aussi tout le processus (ainsi que l’histoire) de l’animation. C’était il y a bientôt dix ans...
Mais, comme tu le vois avec mon autoportrait, je dessine encore, de temps en temps. C’est le dessin qui figure sur ma carte de visite professionnelle. ;o)
-Par la suite, tu as travaillé sur les séries Enigma et Alix. Dans quelle circonstance as-tu été amené à bosser sur ces deux séries?
En sortant de l’école des Gobelins, mon prof d’écriture m’a fait travailler avec un autre élève des Gobelins, l’excellent Pascal Bertho (qui vient de sortir chez Delcourt le non moins excellent « Chéri Bibi ») sur la série « Alix ». Il s’agissait d’adapter les albums de la BD en épisodes de 26 minutes. Comme première expérience, c’était du « costaud ». Et il faut bien le dire : ce n’était pas évident... En effet, le directeur d’écriture de la série (la personne qui chapote les différents scénaristes) n’était autre que Jacques Martin lui-même. En clair, le créateur de la bande dessinée en personne... qui, soit dit en passant, n’a rien à voir avec l’animateur télé, comme tout bon amateur BD le sais... (NDA : la confusion est courante, en effet. Moi-même, quand j’étais gamin, je me suis posé la question). Hors, dès notre premier épisode (« le fils de Spartacus »), Jacques Martin tenait à ce que tout son album soit visible à l’écran. Bien sûr, c’était impossible... Néanmoins, nous avons quand même réussi à faire du bon travail, et ce d’autant plus que les BD sont très violentes (sans être gores non plus, bien sûr, mais on y trouve quand même des morts), pleines d’allusions sexuelles (on peut aussi y découvrir un personnage pédophile...) et comportent énormément de texte dans les bulles (un peu comme dans les « Black & Mortimer »). En ce qui concerne la structure narrative, nous n’avons pas connu trop de problèmes (on en a pourtant vraiment suer à tout remettre d’aplomb !). En fait, c’est surtout sur les dialogues que Jacques Martin était pénible. Il tenait à ce que tous ses dialogues soient dans les épisodes. Résultat : au bout du compte, on avait plus de 300 répliques... alors que pour un vingt-six minutes, il y en a entre 150 et 180. Par la suite, pour « Ô Alexandrie », (Pascal & moi sommes arrivé sur la série vers la fin de l’écriture. Il ne restait que 3 ou 4 épisodes à écrire) notre seconde adaptation, ça a été plus difficile... C’était la fin de la série et j’imagine que Jacques Martin était fatigué car il refusait tout. Bref, avec Pascal, on s’est divisé l’album en deux et on l’a bêtement recopié. Mais chut, il ne faut pas le répéter ! Je ne me souviens plus du nombre de répliques qu’il y avait mais ça ne devait pas être triste. Là, j’étais bien content de ne pas être storyboarder !!! Heureusement, par la suite, ça c’est beaucoup mieux passé avec les autres productions. Pour « Enigma », ma deuxième série, j’étais tout heureux de pouvoir écrire du super héros : je suis un fan de comics (j’ai d’ailleurs été déconfit d’apprendre que l’écriture de la série animée des « Fantastic Four » avait été confiée à des américains...
-Pourquoi ? Il y a des séries de "superhéros" scénarisées dans l'hexagone?
Hélas non. Ou il ne s’agit que de quelques exceptions. Même si, je crois que plusieurs projets pourraient se réaliser avec Marvel ou DC. Faut croire que les p’tits frenchies ont la côte là-bas... Et puis, une précision : la fabrication des séries elles-mêmes se fait en Asie et non en France. Ici, on ne fait que la partie scénar, réalisation (via le story-board) et la création des personnages, des props (avec un accent pourri américain à la Van Damne « Ahh ! Comment est-ce qu’on dit en français... ? »... les ustensiles, quoi, les voitures, les téléphones, etc...) et les décors. Après, tout part en Asie et c’est là-bas que les dessins animés sont fabriqués.
-Dans le cas de séries à caractères plus ou moins historiques, comme Alix, t'attaches-tu à effectuer des recherches complémentaires? Topographiques, historiques ou autres, pour en enrichir les scenarii?
Oui, mais pas pour « Alix » où il s’agissait d’adaptations d’albums. Par contre, j’ai fait des recherches pour « les fils de Rome » qui racontait les aventures d’espions de l’empereur romain Trajan. Et particulièrement dans le cas d’un de mes épisodes, où il me fallait savoir qui était à la tête de l’empire parthe (l'un des pays ennemis de Rome à ce moment-là. NDA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Parthie), s’il avait des enfants et quelle était leur religion. Je ne suis d’ailleurs pas totalement certain que ce que j’ai écrit soit historiquement exact, car les documents que j’ai trouvés étaient plutôt flous...
-Sur Internet, en faisant des recherches, je suis tombé sur le nom de Tony Scott, crédité aux scenarii d'Enigma. Question naïve (et bien que cela me paraisse fichtrement invraisemblable...) Ce n'est tout de même pas LE Toni Scott (le frère de Ridley) ?
Non, ce n’est pas le frère de Ridley. Dommage... J’aurais adoré le rencontrer... (NDA : oui, dommage... ça aurait été fun... bon, franchement, ça m’aurait étonné, quand même... passer de Domino à Enigma...).
Ok, Je m’écarte du sujet... :-) Au final, quel a été ton rôle exact sur Alix et Enigma ?
En fait, j’étais un scénariste parmi d’autres. Je ne m’occupais pas du tout des dessins. D’ailleurs, je ne m’en occupe jamais, sur les séries pour lesquelles je travaille. Je pense par contre que pour un scénariste, c’est un gros plus d’être dessinateur. Car ainsi, c’est plus facile de décrire un décor ou une action.
-Justement, puisqu’on parle de ça, pourrais-tu nous décrire la journée moyenne du scénariste professionnel sur ce type de série...
C’est la même chose que pour tout écrivain : avec beaucoup de café, de whisky et de lunettes noires... Plus sérieusement, cela n’a rien de particulier si ce n’est qu’il s’agit de purs travaux de commande. Personnellement, je suis assez discipliné. Le fait de travailler en dehors de chez moi, d’avoir un bureau indépendant de mon appartement, aide un peu à ne pas traîner en caleçon et débardeur devant la télé... :-) Je suis surtout « du matin ». C’est le moment où j’ai les idées les plus claires. Je commence à travailler sur les coups de 9h00 et en général, j’arrête vers les 16h00. Ça c’est pour le quotidien, je reviendrai par la suite sur le « comment », la technique.
-De quelle façon as-tu été recruté sur « Boule et Bill », « Ratz », et « Corneil et Bernie » ? As-tu travaillé sur ses séries durant la même période?
Non, elles étaient étalées dans le temps. J’ai travaillé sur ces séries car j’avais déjà travaillé avec leurs boîtes de prod’ sur d’autres projets. Quand ça se passe bien sur une série et que je m’entends bien avec la production, je continue à bosser avec eux sur d’autres séries. Par exemple, pour « Boule et Bill », cela remonte à loin : la société productrice d’Enigma, qui s’appelait Millésime Productions, a été rachetée par Marina Production et je me suis pour ainsi dire retrouvé parmi les bagages de Millésime... Avec Marina, j’ai bossé sur « les fils de Rome » et « Swift et le petit cirque ». Quand celle-ci a été à son tour achetée par Dargaud (devenant ainsi Dargaud-Marina), j’ai de nouveau suivi et c’est comme ça que je me suis retrouvé sur « Boule et Bill ». D’ailleurs, en parlant de ça, il y a eu un problème assez important sur cette série : la répartition des droits d’auteur. En effet, le Studio Roba demandait 50% des droits d’auteurs... ce qui est énorme. Pour explication... sur une série en animation, en principe, la répartition des droits d’auteurs dans l’audiovisuel est la suivante : 85% pour l’auteur de l’épisode, 5% pour l’auteur de la «bible» littéraire et 10% pour l’auteur graphique. Bien sûr, ces pourcentages peuvent varier – notamment selon qu’il s’agit d’un travail d’adaptation ou si les personnages existent déjà, que ce soit en BD ou en littérature. Dans le cas de « Boule et Bill », il s’agissait d’histoires totalement originales, écrites spécialement pour la série (le matériel de base était composé de strips ou de gags répartis sur une page, ce qui est inadaptable pour le format de la série qui était de sept minutes). Puisqu’il s’agit d’une série qui existe déjà en album BD, le pourcentage des auteurs de la BD augmente au détriment de celui de l’auteur de l’épisode. En moyenne, ça varie de 25% à 35% (c’est, je crois, ce qui c’est passé sur les séries « Lucky Luke » ou « Titeuf »). Là, 50%, c’était hors de question. En plus, on sentait bien que cela donnait des idées aux autres (ainsi, les auteurs de la BD « Yakari » qui a quand même beaucoup moins de renommée que « Boule et Bill » demandaient, eux aussi, 50% !). BATTONS-NOUS CAMARADE !! LA LUTTE N’EST PAS FINIE !! :-) Au final, on a réussit à faire baisser le pourcentage à 40%.
(Alain : "couverture du concept de la série "Boule et Bill"... un collector auprès des fan de la BD ?").
-Puisqu’on parle de ça, qui négocie la répartition des droits d'auteur? L'auteur de l'épisode a-t-il son mot à dire?
Quand il y a litige, c’est la SACD qui négocie ou le syndicat des auteurs dont j’ai oublié le nom... (Pas bien, ça, Alain, pas bien...). Oui, l’auteur a bel et bien son mot à dire puisque c’est lui qui va voir les différents organismes quand il y problème. Mais c’est vrai qu’il y a un flou à ce niveau. Quand on arrive sur une série - s’il s’agit d’une adaptation – le producteur nous dit que l’auteur prend tant mais ce n’est pas sur le contrat car il n’a pas le droit de répartir des droits qu’il ne possède pas... D’où vient ce chiffre ? Mystère... en tout cas pour moi.
(Alain : "Visuel pour la série "Ratz". Petite particularité, ici : les dialogues des épisodes étaient écrit par le storyboarder et/ou le réalisateur. Nous ne fournissions qu’un synopsis développé").
-Tout à l’heure, tu me parlais de la fabrication de la série... De la « technique ». Alors, justement comment abordes-tu le travail sur un scénario?
Quand j’arrive sur une série, celle-ci est déjà en production. C'est-à-dire qu’il y a des diffuseurs (chaînes de télé) prêts à diffuser la série, un réalisateur, etc. On me présente l’univers de la série grâce à une «bible» littéraire. C’est la nomenclature de la série. Une fois que j’ai étudié la «bible», je dois normalement tout connaître de la série : les personnages, principaux ou secondaires, les interactions entre eux, les décors, le ton de la série, la durée de chaque épisode, le nombre d’épisodes, la cible de la série. J’ai aussi quelques visuels des personnages et des décors principaux. Une fois que j’ai tous ces éléments en main, je propose des pitchs. Ces petits résumés de l’histoire, d’une dizaine de lignes, sont validés ou refusés par le (la) directeur(trice) d’écriture de la série. Sur une série, nous sommes souvent nombreux à écrire, donc il peut parfois y avoir des idées « doublons »... ou, à l’inverse, pas dans le ton de la série ! Le directeur d’écriture est là pour mettre un peu d’ordre.
Une fois que le pitch est validé, je passe au synopsis (en moyenne, trois pages). J’y détermine l’histoire dans son intégralité et je dois y faire apparaître la structure narrative du récit. Et enfin, quand le synopsis est validé par le directeur d’écriture, il part chez le (ou les) diffuseur(s) (ils sont plusieurs, dans la majorité des cas. Une série animée coûtant cher, il existe tout un système de co-production avec les chaînes de télé étrangères). Evidemment, plus il y a de co-producteurs, plus les avis sont nombreux (et parfois, ils sont même contradictoires !). Si/quand le synopsis est validé par les chaînes, on passe en séquencier ou en scénario. (À noter que dans la plupart des cas, c’est seulement à ce stade là qu’on obtient un contrat avec le producteur. La lutte n’est pas finie, je tE L'ai diT, camarade !! :-)) Le passage au séquencier n’est pas obligatoire, mais certains le demandent : ça les rassure. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un séquencier, c’est la même chose qu’un scénario mais sans les dialogues. Les séquences sont numérotées et décrites. Une fois que le séquencier est validé, on passe au scénario qui, pour moi, représente l’ultime étape.
Voilà pour le déroulement du processus.
Les premières idées me viennent toujours en lisant la « bible » pour la première fois. En général, je pars des personnages (j’adore écrire des histoires qui dévoilent un peu leur passé), de leur psychologie, plus que d’événements. Dans un premier temps, c’est le bazar le plus total, puis je trie les bonnes des mauvaises idées (en général, c’est un mot, une phrase ou quelques lignes. J’y mets ce qui m’intéresse dans l’épisode). Ensuite, une fois que j’ai retenu une idée que je juge intéressante, je brode. C'est-à-dire que je bâtis l’histoire sous forme de tirets dans un tableau 3 en actes. Ainsi, même si le pitch ne fait que dix lignes, j’ai déjà le plan de l’épisode par écrit, sous forme de tirets. Voilà tu connais tous mes secrets ! Mais je ne t’apprends rien puisque tu écris toi-même :-) (NDA : en effet, c’est plus ou moins comme ça que je procède aussi. En fait, il n’y a pas trente-six façons de faire...).
(Alain : "visuel de « Shuriken School"... diffusée en ce moment sur France 3").
(Alain :"une page de storyboard faite par le très talentueux Laurent Salou (tiré de mon scénar « comme un poussin sur une branche » de la série "Shuriken School"... diffusée en ce moment sur France 3).
-Et de quelle façon collabores-tu avec les dessinateurs ?
Malheureusement, les scénaristes n’ont aucun contact avec les dessinateurs. C’est très sectorisé. Peut-être est-ce dû au fait que nous travaillons chez nous alors que les dessinateurs sont au studio... Je ne sais pas. Peut-être est-ce une politique délibéré des producteurs... Personnellement, je me débrouille pour avoir une copie du story-board de mes histoires et il m’arrive, quand je trouve que le « boarder » a fait un travail particulièrement bon - et que j’ai pris plaisir à lire son board - d’obtenir son numéro et de l’appeler. J’aime aussi beaucoup avoir les « model sheet » des personnages que j’ai créés pour l’histoire... Je me souviens encore de mon premier personnage créé (il s’appelait M. White – rebaptisé Monsieur Blanc par M6 – pour la série « Enigma ») et de mon émotion quand j’ai vu le personnage sur papier... (petite larme attendrie au coin de l’œil...). Mais ce genre d’attitude est rare. Normalement, une fois que le scénario est validé par le diffuseur, notre travail est terminé et le bébé passe dans d’autres mains. Nous autres, scénaristes, n’avons pas voix au chapitre pour la suite. C’est dommage : ça éviterait les mauvaises surprises qu’on peut avoir lors de la diffusion de l’épisode. Pire, dans la majorité des cas, nous ne sommes même au courant de la date de diffusion de nos épisodes et si on ne le demande pas, nous n'avons aucune copie de nos épisodes finis.
(Alain : "Aaaah ! Mister White... mon premier personnage créé...").
-Mais le scénariste ne pourrait-il pas inclure l’obtention de telles copies dans son contrat ?
C’est assez difficile... Pour la date de diffusion, même les producteurs ne sont pas au courant. La chaîne fait ce qu’elle veut de la série, c’est pour ça qu’il y a peu de série « à suivre » dans l’animation : la chaîne peut très bien décider de diffuser les épisodes dans n’importe quel ordre...
-Autre chose... (tu y as déjà plus ou moins répondu mais...) S'agit-il exclusivement d'adaptations? Ou parfois, créez-vous de nouvelles histoires, spécifiquement pour la télé?
Quand on est scénariste d’animation on fait de tout. Des adaptations de BD, des histoires originales... On doit aussi être capable d’écrire dans tous les formats (cinq, sept, treize, vingt-six ou cinquante-deux minutes) et pour tous les publics (« pré-school » – les moins de six ans ; six/dix ans ; huit/douze ans et maintenant les pré-ados – merci Buffy !). Oui, les séries sont hyper sectorisées. Il y en a pour tous les publics, tous les âges et tous les goûts (action/aventure ; comédie ; sitcom, etc...).
-Le fait de passer d'une chaîne à l'autre change-t-il ta façon d'aborder le travail scénaristique? (Du point de vue de l'organisation ou de la méthodologie).
Non, absolument pas. Je dirais qu’à la limite, on doit plutôt s’adapter aux producteurs : certains sont plus spécialisés dans le pré-school, d’autres dans la comédie, etc. De toute façon, il y a des règles à respecter en matière d’histoires à raconter. Il faut bannir la drogue, le sexe, l’alcool, la mort, etc. Mais cela me semble être d’un tel bon sens... (d’ailleurs, voire ci-joint, un dessin très drôle de Bruce Timm, qui explique – de manière très parlante - ces restrictions).
(Alain :"Le dessin de Batman par Bruce Timm. Sur la légende, en haut, dans le bandeau rouge, il est écrit : "au tout début du développement de la série, une liste a été faite d’après les tabous du bs&p, tous illustrés par Bruce Timm ci-dessous. Essayez de les découvrir (NDA : pour les réponses, surligner en gras, juste en dessous, au dessus de la question suivante).
« 1 les pistolets. 2 les vitres brisées. 4 l’alcool. 5 la cigarette. 6 la nudité. 7 mettre les enfants en danger. 8 la religion. 9 la strangulation ». Amusant, non ? ;o)
-En moyenne (car j’imagine que tout dépend de la durée de l’épisode), de quels délais bénéficiez-vous pour l'écriture d'un scénario ? (Je parle de la phase finale, après l'éventuel séquencier).
Pour un vingt-six minutes, je passe généralement une dizaine de jours à écrire le scénario (à partir de mon synopsis). Pour un synopsis de trois pages, je passe en moyenne deux à trois jours. Le plus long, finalement, ce sont les délais d’attentes entre les différentes versions.
-Après avoir fait des recherches sur le Web, j'ai découvert que tu avais en projet de travailler sur une bande dessinée avec Jean-Marie Minguez (dessinateur et coloriste du grimoire de féerie http://www.pimpf.org/semic/jmm.htm). Ses dessins sont d’ailleurs splendides... Pourrais-tu nous en parler ?
Oui, c’est un p’tit jeune très talentueux. Hélas, ce projet est tombé à l’eau. Visiblement, Jean-Marie est plus à l’aise avec l’heroic fantasy qu’avec le polard urbain hard boiled... C’est assez difficile de trouver des dessinateurs de BD talentueux. Il n’y en a pas beaucoup et bien sûr, ils sont débordés. J’étais donc très content de tomber sur Jean-Marie. Et puis personnellement, je n’ai plus envie de dessiner mes scénarios... C’est trop long ! :-) En plus maintenant, j’ai développé un style trop cartoon... (comme le montre mon autoportrait publié sur ta page). Sûrement une déformation professionnelle ! Donc, s’il y a parmi vous un(e) dessinateur(trice) (ou des dessinateurs(trices)) à la recherche de projets, j’en ai tout plein qui ne demandent qu’à être illustrés ! :-) (NDA : Carbo, si tu me lis, ceci s’adresse à toi... arf !)
-Puisque tu me parles de BD, tu as donc des projets, des souhaits dans ce domaine... Pourrais-tu nous en parler?
En dehors du projet que j’avais proposé à Jean-Marie (dont le scénario est terminé... enfin, celui du premier album... la suite étant à l’état de synopsis), j’ai aussi un projet « steampunk » dans la ligné de Fantômas (les romans... Pas les De Funès) et de Fu Man Chu. En l’état, je n’ai que les premières planches de scénarisées. Le reste, à nouveau, est à l’état de synopsis. Je peux être assez dictatorial dans ma manière d’écrire (à force de décrire tout ce qu’il se passe dans la case ou la planche). Mais maintenant, je préfère plutôt voir comment travaille le dessinateur et ne pas lui donner un scénario complet avec mise en page et tout. Certains aiment que tout soit décrit, d’autres préfèrent avoir plus de marge de manœuvre... J’ai aussi un conte de Noël qui ce ne sera pas de la BD mais une histoire illustrée. Sinon, j’ai aussi des projets de séries en animation que je développe en ce moment, mais chut... tant que rien n’est signé... ;o)
-Eh bien, je ne peux que te souhaiter bonne chance... J’espère bien que tu nous tiendras au courant ! Je te remercie, encore une fois, pour ta disponibilité et tous les détails de ton activité, passionnante, que tu as bien voulu partager avec nous.
You’re welcome, comme dirait Van Damne... Mais qu’est-ce que j’ai avec Van Damne, moi ?! Lol.
Voilà, voilà... Si vous-mêmes avez des questions à poser à Alain, n’hésitez pas : il reste à disposition, sur ce site, pour vous, afin de répondre à vos éventuelles demandes. Petite règle pour les madnautes : posez les questions sur le blog, SVP, pas sur le site de mad, afin que les autres « lumièreux » de mon site puissent eux aussi profiter eux aussi des réponses d’Alain... Simple question de respect pour tous... :-)
25 septembre 2006
World Trade Center, le film catastrophe... - Review
- World Trade Center -
11 septembre 2001. Une chaleur étouffante règne dès le lever du jour dans les rues de New York. Will Jimeno, du Port Authority Police Department, se demande s'il ne va pas prendre un jour de congé pour s'adonner à la chasse à l'arc. Il choisit finalement de se rendre au travail et rejoint le sergent John McLoughlin, alors que celui-ci et ses collègues du PAPD commencent leur tournée quotidienne dans les rues de Manhattan. Une journée banale qui commence comme tant d'autres...
Sitôt l'alerte donnée, cinq policiers, dont John McLoughlin et Will Jimeno, se rendent au World Trade Center et s'introduisent dans les Tours jumelles. McLoughlin et Jimeno survivent par miracle à l'effondrement des gratte-ciel. Ils se retrouvent piégés sous plusieurs tonnes de béton, de charpentes métalliques tordues, de verre et de gravats...
Producteur : Michael Shamberg, Moritz Borman, Debra Hill, Stacey Sher, Oliver Stone, Moritz Borman. Scénariste : Andrea Berloff : Réalisateur : Oliver Stone
Acteurs : John McLoughlin : Nicolas Cage, William J. Jimeno :Michael Pena, Donna McLoughlin : Maria Bello, Allison Jimeno : Maggie Gyllenhaal, J.J. McLoughlin : Anthony Piccininni, Caitlin McLoughlin : Morgan Flynn, Erin McLoughlin : Alexa Gerasimovich, Steven McLoughlin : Connor Paolo, l'nspecteur Fields : Jude Ciccolella, Dominick Pezzulo : Jay Hernandez, Antonio Rodrigues : Armando Riesco, Judy Jonas : Donna Murphy, Lynne : Patti D'Arbanville, Jerry : Brad William Henke, Karen, soeur de Will : Lucia Brawley, Pat McLoughlin : Wass M. Stevens, Dave Thomas, sergent des Marines : William Mapother.
Souvenez-vous, c’était le 11 septembre 2001.
Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait ce jour là. Tout le monde se rappelle de ces images effroyables, de ces deux avions pénétrant dans les tours, de ces pauvres hères se jetant dans le vide pour ne pas finir brûlé dans d’atroces souffrances. Tous se souviennent avoir pensé : ça y est, c’est la guerre...
Oliver Stone, réalisateur de "Platoon", "Né un quatre Juillet", "Entre ciel et terre", décida d’en narrer le fil des événements. On pouvait s’attendre à y retrouver sa verve habituelle à travers cette mise en images de la mésaventure de ses deux survivants bien réels que sont John MacLoughlin et William Jimeno. On pouvait s’attendre à ce qu’il en profite pour, une fois de plus, analyser, autopsier les mentalités de son pays et en faire un portrait incisif.
Que nenni ! Stone n’est pas Verhoeven (Ni Michael Moore... Dommage, le film aurait été beaucoup plus marrant...), et malheureusement, il nous le prouve. La déception est à la hauteur de l’évènement cinématographique que le film aurait pu constituer.
Le réalisateur de "JFK", de "Nixon", loin de porter un point de vue sur ses frèles petites épaules, s’en tient à décrire le calvaire des deux hommes, coincés sous leurs décombres, et aux réactions de son entourage qui attend de savoir s’ils sont vivants. Le tout, finalement au détriment des 2750 autres victimes du World Trade Center qui ont pourtant lutté pour survivre, et dont l'histoire étaient pourtant instantanément cinématographique et dramatique.
Et pourtant, les vingt premières minutes nous laissaient entrevoir un excellent film. Il débute par un carton qui nous assure que les faits montrés dans le film sont réels (ce qui, de l’aveu du réalisateur lui-même, n’est pas tout à fait vrai), puis par la présentation des différents protagonistes du film. McLoughlin et Jimeno, se levant comme tous les autres matins, la petite vie de tous les jours des uns et des autres, les discussions dans le métro, et le tout entrecoupée par des plans des tours jumelles, fièrement dressées dans le ciel de New York.
La reconstitution est impeccable, implacable, fascinante.
Jusqu’au premier « bang », perçu partout dans la pomme.
« La journée risque d’être longue », dira l’un des policiers, présent dans la tour numéro 2. Les informations se contredisent : un avion a heurté le WTC, puis deux, puis un, puis Israël est « rayée de la carte », etc. Les policiers eux-mêmes ne savent pas, ne comprennent pas, ce qui se passe. Mais courageux comme ils pouvaient l'être (je dis ça sans ironie) ils y vont quand même. La reconstitution des buildings en feux, la description des victimes s’échappant de l’enfer touchent au plus juste. Nous sommes dans un documentaire.
Tout est bon... Qui finira mal.
La première tour s’écroule au bout d’une vingtaine de minutes, dans une séquence courte mais littéralement apocalyptique. Vous ne saurez donc rien de l’odyssée des survivants, dans les bâtiments.
Le metteur en scène préfère s’attacher à l’histoire des survivants coincés sous les décombres, à celle de leurs épouses, qui attendent de savoir si leurs maris ont survécu, et enfin aux faits et geste du marine qui les sauvera.
Stone, pour justifier cette approche du sujet, explique qu’il n’a pas souhaité montrer ce qui se passait dans les tours « par respect pour les familles et parce que l’évènement est encore trop frais ». Pourtant, c’est bel et bien cette volonté qui entraînera l’effondrement du film, à l’image des deux buildings. Soutenu par un scénario aux dialogues plus que discutables, sinon carrément kitchs (« J’ai vu Jésus : il me tendait une bouteille d’eau, je ne l’ai pas saisi... » aussitôt suivi de « je me souviens quand je regardais Starsky et Hutch » !! Bel enchaînement... quoique d'un autre côté, certes, les héros sont des Américains de la classe moyenne, pas des philosophes façon "Platon"), le réalisateur nous fait subir cliché après cliché et bondieuserie après bondieuserie, nous cite, dans ses dialogues, le métrage "à armes égales" (Ridley Scott - 1998 - film "d'entraînement" avec Demi Moore dont les relents étaient déjà plutôt douteux - et je ne parle pas du fameux "suce moi la bite", la grande réplique de la miss... réplique totalement Z mais - rééllement - hilarante de n'importe quoi) sans avoir le courage d’adopter le moindre point de vue critique, la moindre réflexion sur la nature, le fond, les causes ou les conséquences à venir de l’attentat. Or en l’absence de point de vue personnel (élément qui caractérise tout cinéma qui se respecte), autre qu’un patriotisme sans recul, le spectateur se retrouve avec un film sans personnalité sur les bras. De plus, les dialogues et cette même volonté de montrer le moins possible les tours finit par séparer l'évènement-titre de la mésaventure que subit les deux policiers. Le résultat? Pour tout ce qui concerne les séquences relatives à leur emprisonnement dans les décombres, le film finit par donner l'impression d'être hors sujet et ce qui arrive à MacLouglhin et Jimeno pourrait se passer n'importe où lors de n'importe quelle autre catastrophe lambda (et le 11/09 est tout sauf "lambda" - sans oublier ce drame est précisemment du thème du film), ce qui ne serait assurément pas arrivé si le réalisateur s'était concentré sur les évènements se déroulant à l'intérieur des tours. Ce parti-pris est d'autant plus dommage, en fait, qu'un autre survivant, un pompier, cette fois, a vécu à la fois le calvaire de l'enterrement sous les décombres et celui d'avoir vécu ce qui se passait à l'intérieur du WTC. Quant à savoir si vraiment raconter l'attentat et les évènements qui s'ensuivent dans les buildings était trop tôt pour les familles - comme le pense Stone - ou potentiellement trop politiquement incorrect... le débat est ouvert et chacun aura son propre avis. Oliver Stone, lui, a fait son choix. L'autre problème, enfin, réside dans son concept. Si l'on excepte tous les autres défauts du film, le fait d'avoir choisi de raconter l'histoire de deux survivants bien réels, dont on connait dès le départ le destin (la prod' l'a précisé mille et une fois lors de la promo du film) induit un désamorçage immédiat de tout suspens. Le réalisme, l'aspect documentaire étant à son tour déchu par la réalisation plombée et le propos sous-jascent du réalisateur, on peut déjà dire "au temps pour le film et les spectateurs". On pourrait arguer que le but de World Trade Center n'est pas de faire du "cinéma", mais du documentaire à destination des générations à venir. Sauf que le traitement réservé au réalisme et la représentation caricaturale de certains personnages démolissent d'eux-mêmes cet argument. Dommage car, visuellement, le film - au moins dans ses vingt premières minutes - se tient remarquablement bien.
Dieu sauvera l’Amérique...
Le Sergent-chef Dave Kearnes nous est d’abord présenté comme un simple civil assis - en transe, devrais-je dire - dans une église. Tandis que le prêtre qui l’accompagne lui demande de rester, l’ancien marine répond que Dieu lui a donné une mission : il doit se rendre à NYC pour sauver les survivants (entre temps, sans doute pas trop pressé, il fera un break chez le coiffeur pour se faire raser la tête, à la militaire... Lourd, le symbole, lourd, M'sieur Stone). Le tout est suivi d’un plan bien appuyé, face à l’homme, de la croix dans la paroisse. Le personnage est tellement caricatural, totalement illuminé (même son regard...), qu’on pourrait y voir une critique à l’encontre d’une certaine Amérique et des conséquences de la catastrophe (après tout, l'un des sauveteurs lui balance qu'il "a pêté les plomb"). Mais le seul fait de voir les personnages principaux prier tous les quart d’heure, de découvrir que l’un d’eux, au bout du rouleau, aperçoit le « Christ » à deux reprises (une révélation !!) désamorce non seulement d’emblée toute critique potentielle, toute analyse et tout recul. Les mêmes personnages sont tellement filmés au premier degré qu'on a des difficultés à y voir de l'ironie, et ce même en connaissant Stone. Et le réalisateur souligne bien, à la fin du film, que le même homme ("va falloir venger ça", qu'il dit, dans le film, "au cas où vous n'auriez pas remarqué, nous sommes en guerre", remarque-t-il aussi...) aussitôt après les évènements, s'en alla s'engager pour de bon - en bon héros qu'il est - dans la seconde guerre USA/Irak.
Le film n'offre aucun point de vue contradictoire. Il apparaît propagandiste, transparent dans sa démarche, notamment avec ce fameux soldat Kearnes déambulant dans les ruines. L’un des sauveteur, marine lui aussi , lui demande son nom. L’autre répond « Je suis le sergent chef Dave Kearnes ». « Vous n’avez pas plus court ? » Et l’autre : « Appelez-moi Sergent chef »... On a presque l’impression – surtout que le marine est vêtu en militaire – qu’il y a une autre sorte de symbole : celui du soldat prêt à sauver les civils des attaques des terroristes. Et cette métaphore, volontaire ou non, dénature le film, puisqu’en ces instants, le vrai héros semble être le militaire religieux... ce qui parait de mauvais goût et fichtrement déplacé au vu du sujet du film : la catastrophe elle-même et le calvaire des survivants. Le métrage semble donc répondre au fanatisme par un autre fanatisme. Inquiétante dérive...
Stone nous offre le travail (le métier des « héros »), la famille (les deux femmes sont enceintes), et la patrie (Dieu bénisse l’Amérique). Il nous offre un double discourt, à la fois religieux et simpliste : le pays a subit le pire, mais uni par le malheur, derrière la bannière étoilée, il en fera ressortir le meilleur.
Le metteur en scène aurait pu montrer – s’il avait voulu garder un oeil critique sur l’attentat et tout ce qui s’est passé autour – la toute première réaction du président Bush, à l’annonce de l’évènement (à l’école maternelle). Il n’en fera rien et bien au contraire, nous aurons droit à un bel extrait bien patriotique du président exhortant le peuple à s’unir contre l’axe du mal...
On peut aussi citer le cas du fils de MacLoughlin qui accuse sa mère de laisser tomber son père, simplement parce que, désespérée, elle attend des nouvelles ou parce que, carrément, elle se fiche(rait) de la destinée de son homme. Etant donné l’orientation du film, on peut légitimement se demander si ce n’est pas ici une façon de prôner une politique interventionnisme face un immobilisme politique. Un symbole ? Celui de la guerre préventive ? Peut-être. Peut-être pas. Le métrage n’en est pas exempt de lourdes métaphores, certaines aussi lourdes que les gravas du WTC : pour exemple, cette séquence de la libération de MacLoughlin, sauvé par ses prières, qui semble alors tout simplement sortir d’une tombe.
Le film en fait tellement des tonnes, que l’on finit vite par s’en lasser. Au bout du compte, on finit même par ne plus rien ressentir pour les victimes – un comble ! La nature de l’histoire et la réalisation de Stone, ici particulièrement plate, lisse, sans le moindre mouvement de caméra, n’arrangent certes pas les choses. Le tout, véhiculant des idées puantes, ne donnent qu’une envie : fuir la salle, avec une grosse, très grosse déception d’avoir payé sa place.
Stone, avec son iconographie pieuse, son soldat sauveteur, déjà prêt pour l’Irak, non seulement rate son sujet, mais en plus, le transforme en grotesque défense des idéaux du gouvernement américain actuel. Il suffit de comparer les soldats désabusés de Platoon à celui du film pour comprendre que le bonhomme a changé. Et il déçoit, aucun doute là-dessus. Les Américains eux-mêmes ne s’y sont pas trompés : le film est un semi-échec aux USA, et il semble bien être aussi un ratage critique auprès du monde entier... (du moins si j'en crois la majorité des critiques que j'ai vu sur le web). Pour une fois, c’est indéniable, le métrage est un nanar écoeurant.
Mais pourquoi ?
Outre sa décision de ne pas affronter son sujet de l’intérieur, c’est tout juste s’il ose nous montrer les tours de près (pourtant impressionnantes de réalisme). Du reste, le spectateur ne verra pas non plus l'attentat lui-même (le metteur aura sans doute jugé - assez justement, cette fois - que le monde les a déjà assez vues. Ou alors, tout simplement, dans la réalité, MacLoughlin et Jimeno n'ont effectivement pas vu l'attaque et Stone, s'étant fixé sur leurs seuls points de vue, ne l'a alors pas montrée). À l’inverse, il préfère brosser l’Américain moyen dans le sens du poil. Deux conclusions possibles : le réalisateur n’a pas eu le courage d’aller au bout de son projet, craignant sans doute les réactions épidermiques face à un sujet dont l’actualité reste encore trop sensible. Le résultat : au lieu de procéder à une dissection en bonne et due forme, il se plonge dans les clichés les plus détestables. Ou bien, pire encore, il croit sa vision de l’évènement, ce qui est beaucoup plus effrayant de la part d’un réalisateur de cette trempe. Dans les deux cas, Stone aurait mieux fait de ne pas réaliser ce film. Je dois dire, personnellement, que tout cela m'étonne. Je me suis laissé entendre que Stone serait anti-Bush et anti-religion, de surcroît. En voyant le résultat, j'ai d'autant plus de mal à comprendre ce qu'il voulait faire. Si le personnage du marine, par exemple (bien qu'il existe et qu'il soit effectivement tel qu'il est décrit), est une manière de critiquer une certaine Amérique, la façon dont il est filmé laisse planer le sentiment contraire et dans ce cas : ratage. Si Stone s'est simplement attaché à décrire le personnage tel quel, sans ajouter son propre point de vue de cinéaste (avec la lourde responsabilité que ça incombe - au vu de l'appréciation qu'ont les Américains de la religion, actuellement), alors, là encore : ratage (pas de point de vue, donc... bon, c'est un vieux débat. Mais ajouté à ses idées personnelles sur la question, le non apport de point de vue est ici étonnamment surprenant). Idem pour les apparitions du Christ, retranscrit telles quelles, sans réflexion, sans la moindre ironie et sans même laisser planer le moindre doute sur la véracité de l'apparition, qui aurait pu être décrit comme n'étant simplement qu'une hallucination dûe à la soif, la fatigue et l'environnement. Seulement voilà, tout est présenté au premier degré et le film coince.
De par son discours, tel qu'il m'apparait, le film, loin de rendre hommage aux victimes, en dénature donc l’abominable évènement, et le salit en le politisant - même si c'est involontaire (la question reste ouverte) - dans la lignée des idées du gouvernement Bush. Allez voir Vol 93 si vous voulez, mais surtout, SURTOUT pas World Trade Center. Car le 11 septembre aura fait une autre victime : Un certain réalisateur du nom d’Oliver Stone. Le roi est mort. Vive le roi.
PS. Le nom de (tristement feu) Debra Hill à la production pourra surprendre : la femme de cette vieille carne contestataire de Carpenter, productrice de son ex mari, lequel avait en son temps réalisé un certain « New-york 1997 » dans lequel... Un avion percutait le WTC. Le même Carpenter avait réalisé sa suite, LA 2013, lequel mettait en scène un président... fanatique religieux dans un pays d’extrême droite. Quand l’Histoire imite l’art...
Je laisse, en plus deux liens supplémentaires. Le premier, celui du figaro, offre de nombreuses explications quand à l'orientation du film : http://www.lefigaro.fr/culture/20060809.FIG000000123_world_trade_center_sage_sortie_aux_etats_unis.html
Le second, celui de DvDrama, écrit par Arnaud Bordas (ex très bon journaliste de mad movies) présente une critique en totale opposition avec ma propre analyse du film :
http://www.dvdrama.com/excessif/news.php?16400&page=1
Je laisse, enfin, une interview de Stone et des deux survivants, tout droit issu du site cinémovies :
http://www.cinemovies.fr/news_fiche.php?IDtitreactu=3603
Chacun choisira son camp, bien sûr.
Note : 0/10
(Sans pitié ! Et encore, j'ai failli lui coller un chiffre négatif... genre -20/10 pour son mauvais goût!)
13 septembre 2006
Phaze 1 - L'interview du réalisateur, Guillaume Pin
Pour les petits curieux que ça intéresse, le clip "Screams of Dying Dogs" de Phaze I sera diffusé ce soir sur MCM dans l'emission Ultra Metal à partir de minuit. Pour ceux qui ont cette chaîne et le sommeil rare... A cet occasion, je publie l'interview du réalisateur, que j'ai réalisé il y a quelques jours à peine. C'est tout frais. Je mettrai en ligne quelques-uns des autres travaux du même metteur en scène. Je l'aurais bien fait ici, mais je ne peux malheureusement diffuser qu'une seule vidéo embarquée par article.
Sonador : Hello, Guillaume. J'ai donc quelques petites questions pour toi. La première, la plus évidente : dans quellles circonstances as tu rencontré ce groupe et dans quellles circonstances en es-tu venu à réaliser ce clip?
Guillaume Pin : Hello à tous ! Eh bien, je faisais une expo de mes photos et collages dans un bar à Paris. Alain Tréhard, (Cf. plus bas dans l'article), était en train de décrocher ses travaux pendant que j'accrochais les miens... On a sympathisé et il s'est souvenu, un an plus tard, que la réalisation m'intéressait plus que la photographie. En effet, lorsque le groupe Lyzanxia - dont il gérait l'image graphique - a commencé à chercher un nouveau clipeur, il a eu la gentillesse de me contacter... Je me suis bien entendu avec les gars, ils m'ont d'ailleurs laissé carte blanche, et "Medulla Need" est né...
Le clip Medulla Need... (http://www.Lyzanxia.com. Pour l'avoir dans une définition optimum : http://www.pistoleros-prod.com/)
De quelle façon tu as rassemblé ton équipe (maquilleurs, caméraman, etc...), sur Medulla?
Comme d'habitude, ça a été un mélange de gens que je connaissais déjà (en majorité) et de nouvelles rencontres... Je connaissais Sabrina Mokhbi - (avec un "H" et sans le "C"... Oui, Guillaume, je sais...) depuis peu et je savais que ça l'éclaterait de jouer une créature sexy... Je savais aussi, pour avoir travaillé avec elle en photo qu'elle avait une manière de bouger très intéressante. C'est Nathalie Metrot qui a fait la déco, mais c'est pareil, on se connaissait déjà depuis un bail sans avoir eu l'occasion de bosser ensemble. Je connaissait Erwan Le Gac depuis un bail aussi, il avait été régisseur sur mon premier court et 1er assistant sur "Game Cube". Jacques-Olivier Molon, je l'avait rencontré sur "Game Cube" par le biais de Jean-Christophe Spadaccini (les amateurs sauront qui il est... Toi-même peut-être... "Oui, il a bossé sur quelques films en département SFX et maquillages pour quelques longs métrages connus : http://www.cinemotions/modules/Artistes/fiche/44223/Jean-Christophe-Spadaccini.html). On s'était très bien entendus et j'avais trouvé son travail sur le zombie superbe, donc naturellement... La maquilleuse, Eve Aknin était aussi de la "famille" depuis un bail ; quand à Bea, elle venait de commencer dans la production, donc, naturellement aussi... (PS. si le clip a été réalisé par Guillaume, la production du clip "Medulla" est de "pistoleros". Cf. le lien, comme toujours). On y trouve également Arthur Rémy, qui était déjà un pote depuis un moment et que tu as pu voir dans "Cartes 51" et "Le Royaume...", et Alexandre Jestaire, écrivain, un très vieux pote qui a une gueule et joue souvent dans nos films (là il fait le mec en chaise roulante, on le voit aussi dans Paris Cinéma 2004, en dandy et en Nosferatu... Concernant le chef Opérateur, je travaille depuis un moment avec Christophe Larue. Je l'ai rencontré sur Game Cube où il était chef électricien. C'est lui qui a éclairé notamment Paris Cinéma 2004 et "Le Royaume des Cendres". (site : http://)www.christophe-larue.com
Revenons-en à Phaze I. Qui a créé le maquillage de la créature?
Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin, qui ont également fait le vieillissement du chanteur de "MotherKingdom" et le monstre du "Royaume des cendres" (voire précédents articles - voire le site Pistoleros.com). Jacques-Olivier était aussi l'auteur (seul) des sfx de "Game Cube", de "Medulla Need" et du Nosferatu de "Paris cinéma" (avec Frédéric Balmer). Sur "Phaze I", ils avaient avec eux un 3ème gars appelé Jérémy Caravita. Leur site : http://www.fxcinema.com/index.php
Quelle technique avez-vous utilisée ?
Pour "Phaze I", mousse de latex, prothèses sur les mains, le visage, la nuque et une partie du dos... Body-painting à l'aérographe sur tout le reste... Les yeux sont en résine ainsi que les dents et les ongles... Les yeux sont pleins d'une matière réfléchissante. Le tout fait d'après mes designs eux-même inspirés de la pochette de "Phaze I" crée par le designer Alain Tréhard (www.trehard.com). Tout a été bien sûr moulé sur mesure pour Yanis Picot qui est assez fou pour faire ce genre de chose. Plus de 7 h de maquillage pour lui... Si tu veux vraiment faire un "reportage" sur eux, j'ai des tonnes de documents, et, bien sûr, si tu veux leur faire une interview, je te met en contact avec eux sans problèmes.... (ça pourrait le faire... On en reparlera...)
(cliquer sur les images)
Combien de temps pour chaque figurant? Et d'ailleurs, qui étaient-ils? Je reconnais bien Erwan Le Gac, je crois avoir entraperçu Béa (Béatrice Borowiec), mais...
Comme on disposait de délais shorts et qu'on avait beaucoup de figurants, on a donc mis au point une technique simple pour maquiller tout le monde en un temps reccord : la pulvérisation d'eau noircie à la gouache dans la tronche, avec un pulvérisateur à plantes de base... Voilà, voilà.... Dans la figu, y'a donc Nath, Bea, Erwan, Pia de Saint-Germain (la costumière), bref tous les gens qui pouvaient à ce moment se libérer de leurs postes... Sinon, essentiellement des potes du groupe, venus spécialement faire les cons une après-midi avec nous...
Qui joue la "sorcière?
Jessica Couplan, une jeune danseuse de 21 ans dont c'était la 1ére expérience de caméra.
Elle assure comme une chef... Mais comment as-tu fait sa connaissance ?
Je devais trouver une fille pour le rôle. Bea la connaissait : elle nous en mis en contact, on a accroché... Voilà...
Autre chose... Combien de temps de préprod'?
Difficile de répondre... Je dirais 3 semaines en tout...
Le storyboard, tu l'as dessiné toi-même ?
Voui....
En collaboration avec le groupe ?
Comme sur "Medulla..." j'ai été très libre, mais Phaze I a vraiment un sujet de fond et un déroulement narratif qui court sur tout l'album... Il y avait une ligne directrice, mais, bon... De la post-apo' avec une créature (c'était dans le sujet, cf. La pochette), c'était pas vraiment très restrictif pour moi, comme commande... La danseuse/chaman, c'est mon idée... Un peu de féminité dans ce monde de brutes.... Les frères Potvin en prêcheurs de l'apocalypse... Ben c'était un souhait général de montrer un peu leurs visages, et j'ai essayé de l'intégrer à la narration... Pour l'esthètique, on voyait la même chose de toutes manières, alors....
(Cliquer dessus...)
Chapeau! (Hum... Me demande pas de faire pareil...).
Merci, mais je ne suis jamais qu'un dessinateur de BD raté et frustré tu sais...
Et il en va de même pour les chorégraphie? Ou s'agit-il de choix solo uniquement ?
"Chorégraphie" c'est beaucoup dire... J'avais des idées de mouvement, Jessica m'a improvisé des choses d'après mes bases... Comme elle est arrivée 4 jours avant le tournage, on a pas répété. Elle m'avait juste montré son niveau (hallucinant) de souplesse et je me suis basé dessus... Même chose pour Yanis avec la créature... Impro sur le plateau, selon la flexibilité du maquillage une fois posé. Concernant les musiciens, je leur ai donné une ligne directrice et les ai laissés totalement libres.
Venons-en aux effets visuels... Je sais que tu les as réalisé toi-même, en solo. Tu as bossé sur quel ordinateur? Sur Mac?
Oui. G5 BiPro 2Ghtz
Le tournage s'est déroulé au même endroit que celui d'Ab Irato, lequel à duré quatre jours plus une après-midi de "reconnaissance de terrain" et de mise au point des effets plateau. Pour comparaison, combien de temps de temps à duré le tournage du clip Phaze I (lequel était un projet très différent, bien sûr - l'un étant un clip, l'autre un court-métrage) ?
2 jours, on a tourné 13 heures le 1er jour, et 9 heures le suivant.
Ok, je vais te poser une question qui te paraitra peut-être un peu plus naïve : comment se passe le tournage d'un clip ? Le groupe chante sur le plateau ou c'est du playback?
Vu l'aspect très cinétique du chant, ici (ils se donnent physiquement!!), ils ne peuvent pas seulement mimer et sont obligés d'interpréter le morceau en direct sur le plateau... La difficulté de cette technique, c'est que pour se caler sur l'enregistrement, il faut avoir une sono sur le plateau qui diffuse le morceau plus fort qu'ils ne gueulent... Sinon, leur voix couvre ce qu'ils entendent et ils ne peuvent plus se caler... On avait pas de matos son assez puissant, donc on a eu des soucis de calage, d'où en partie, le montage hyper saccadé des parties chantées.
Le clip est diffusé sur la six ? ou peut-être ailleurs ?
Pour la France, M6 rock, le vendredi soir, MCM sur l'émission ultrametal le mercredi soir... Je te ferais savoir le reste.
Quel en est le bilan, en l'état?
Quand on voit les retours sur ton blog, ou ailleurs sur le net, ou encore la réaction des labels ou des chaînes, c'est plutôt positif... J'espère que plein de groupes de metal vont venir nous chercher pour faire pareil, et pas que des français... Je crois que c'est une musique très cinégénique, il y a de quoi faire, il faut juste sortir des stéréotypes, les vendeurs croient que c'est ce qui marche, le chevelu en cuir plein de sang dans une crypte, mais le metalleux de tout poil, il préfère voir un truc original, barré et bien foutu.... On attend des clients, quoi....
Quels sont tes projets actuels ou immédiats ?
Finalisation d'Ab Irato, mise en chantier d'autres projets pour Invasion Films (site bientôt). Je met en production de "1203" court-métrage médiéval de Chrystophe Pasquet (avec un "y", ce n'est pas une faute...) avec Invasion Film et on va démarrer, en collaboration Pistoleros/Invasion, le nouveau clip de Lyzanxia, "Unsu". Tournage probable en octobre...
Et tant que j'y suis, Yanis (la créature du clip)... C'est LE Yanis que j'ai croisé sur Ab Irato? (PS. Pour ceux qui ont lu mon article sur "Ab Irato", sur ce site, le Yanis en question est un artiste musical, lui-même chanteur dans un groupe de Hard Rock, Nutcase - http://www.nutcase.fr/. Il était présent sur le court en tant que figurant, à mes côtés en fait, au début du film).
Ben ouaip...
Et bien merci, amigo, pour l'entretien...!
De rien. Et encore merci à tous pour vos appréciations! :-))
















