- Alain Vallejo, Scénariste de Choc pour séries Chics -

Alain Vallejo, plus connu par les « madnautes » (les internautes habitués du site Web du magazine célèbre magazine fantastique Mad Movies) sous le pseudonyme de « Hallboy » est scénariste de métier. Sa spécialité ? Les séries animées. Il a donc accepté de répondre à quelques questions, pour nous faire connaître son activité, d’ailleurs finalement assez méconnue du grand public.

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Sonador : Salutation, Alain... Tout d’abord, je tiens à te remercier pour le temps que tu nous accordes... Commençons donc par la question traditionnelle : quel a été ton parcours de scénariste ? Etait-ce une vocation ?

Alain Vallejo : En fait, je suis devenu scénariste un peu par accident. À la base, je suis dessinateur. J’ai même fait l’école Duperré. J’ai fait un peu de BD dans des fanzines en Espagne (étant d’origine espagnole, j’y allais souvent), puis plusieurs travaux d’illustrations sans grand intérêt. Un jour, un de mes amis, dessinateur lui aussi, m’a fait savoir qu’il s’apprêtait à commencer une formation de « storyboarder » à l’école des Gobelins (une école spécialisée, réputée dans le monde entier. Les professionnels de l’animation de chez Disney et Dreamworks y font leur marché...). Comme beaucoup de personnes de ma génération, j’ai été marqué par beaucoup d’anciennes séries comme « Goldorak » ou même « Candy », et l’idée m’a tout de suite séduit. Le problème, c’est que pour faire cette formation, il me fallait au minimum une expérience dans le storyboard et je n’avais rien fait dans ce domaine... Je me suis donc intéressé aux autres formations proposées et c’est là que j’ai découvert celle de « scénariste de dessins animés pour la télé ». Après réflexion, je me suis rendu compte que ce que j’aimais, finalement, c’était avant tout raconter des histoires. Et puis dessiner « la mort du Prince des Collines » c’est bien... mais en être l’auteur, c’est encore mieux !! Ni une, ni deux, j’ai demandé un dossier (l’école ne demandait aucune expérience particulière, l’entrée se faisant sur concours) et franchement, je ne le regrette pas. Je ne sais pas s’ils proposent toujours cette formation, mais elle est – ou elle était – très complète. On y apprenait non seulement à écrire des histoires, mais aussi tout le processus (ainsi que l’histoire) de l’animation. C’était il y a bientôt dix ans...

Mais, comme tu le vois avec mon autoportrait, je dessine encore, de temps en temps. C’est le dessin qui figure sur ma carte de visite professionnelle. ;o)

Alain_Vallejo___Autoportrait

-Par la suite, tu as travaillé sur les séries Enigma et Alix. Dans quelle circonstance as-tu été amené à bosser sur ces deux séries?

En sortant de l’école des Gobelins, mon prof d’écriture m’a fait travailler avec un autre élève des Gobelins, l’excellent Pascal Bertho (qui vient de sortir chez Delcourt le non moins excellent « Chéri Bibi ») sur la série « Alix ». Il s’agissait d’adapter les albums de la BD en épisodes de 26 minutes. Comme première expérience, c’était du « costaud ». Et il faut bien le dire : ce n’était pas évident... En effet, le directeur d’écriture de la série (la personne qui chapote les différents scénaristes) n’était autre que Jacques Martin lui-même. En clair, le créateur de la bande dessinée en personne... qui, soit dit en passant, n’a rien à voir avec l’animateur télé, comme tout bon amateur BD le sais...  (NDA : la confusion est courante, en effet. Moi-même, quand j’étais gamin, je me suis posé la question). Hors, dès notre premier épisode (« le fils de Spartacus »), Jacques Martin tenait à ce que tout son album soit visible à l’écran. Bien sûr, c’était impossible... Néanmoins, nous avons quand même réussi à faire du bon travail, et ce d’autant plus que les BD sont très violentes (sans être gores non plus, bien sûr, mais on y trouve quand même des morts), pleines d’allusions sexuelles (on peut aussi y découvrir un personnage pédophile...) et comportent énormément de texte dans les bulles (un peu comme dans les « Black & Mortimer »). En ce qui concerne la structure narrative, nous n’avons pas connu trop de problèmes (on en a pourtant vraiment suer à tout remettre d’aplomb !). En fait, c’est surtout sur les dialogues que Jacques Martin était pénible. Il tenait à ce que tous ses dialogues soient dans les épisodes. Résultat : au bout du compte, on avait plus de 300 répliques... alors que pour un vingt-six minutes, il y en a entre 150 et 180. Par la suite, pour « Ô Alexandrie », (Pascal & moi sommes arrivé sur la série vers la fin de l’écriture. Il ne restait que 3 ou 4 épisodes à écrire) notre seconde adaptation, ça a été plus difficile... C’était la fin de la série et j’imagine que Jacques Martin était fatigué car il refusait tout. Bref, avec Pascal, on s’est divisé l’album en deux et on l’a bêtement recopié. Mais chut, il ne faut pas le répéter ! Je ne me souviens plus du nombre de répliques qu’il y avait mais ça ne devait pas être triste. Là, j’étais bien content de ne pas être storyboarder !!! Heureusement, par la suite, ça c’est beaucoup mieux passé avec les autres productions. Pour « Enigma », ma deuxième série, j’étais tout heureux de pouvoir écrire du super héros : je suis un fan de comics (j’ai d’ailleurs été déconfit d’apprendre que l’écriture de la série animée des « Fantastic Four » avait été confiée à des américains...

-Pourquoi ? Il y a des séries de "superhéros" scénarisées dans l'hexagone?

Hélas non. Ou il ne s’agit que de quelques exceptions. Même si, je crois que plusieurs projets pourraient se réaliser avec Marvel ou DC. Faut croire que les p’tits frenchies ont la côte là-bas... Et puis, une précision : la fabrication des séries elles-mêmes se fait en Asie et non en France. Ici, on ne fait que la partie scénar, réalisation (via le story-board) et la création des personnages, des props (avec un accent pourri américain à la Van Damne «  Ahh ! Comment est-ce qu’on dit en français... ? »... les ustensiles, quoi, les voitures, les téléphones, etc...) et les décors. Après, tout part en Asie et c’est là-bas que les dessins animés sont fabriqués.

-Dans le cas de séries à caractères plus ou moins historiques, comme Alix, t'attaches-tu à effectuer des recherches complémentaires? Topographiques, historiques ou autres, pour en enrichir les scenarii?

Oui, mais pas pour « Alix » où il s’agissait d’adaptations d’albums. Par contre, j’ai fait des recherches pour « les fils de Rome » qui racontait les aventures d’espions de l’empereur romain Trajan. Et particulièrement dans le cas d’un de mes épisodes, où il me fallait savoir qui était à la tête de l’empire parthe (l'un des pays ennemis de Rome à ce moment-là. NDA : http://fr.wikipedia.org/wiki/Parthie), s’il avait des enfants et quelle était leur religion. Je ne suis d’ailleurs pas totalement certain que ce que j’ai écrit soit historiquement exact, car les documents que j’ai trouvés étaient plutôt flous...

-Sur Internet, en faisant des recherches, je suis tombé sur le nom de Tony Scott, crédité aux scenarii d'Enigma. Question naïve (et bien que cela me paraisse fichtrement invraisemblable...) Ce n'est tout de même pas LE Toni Scott (le frère de Ridley) ?

Non, ce n’est pas le frère de Ridley. Dommage... J’aurais adoré le rencontrer... (NDA : oui, dommage... ça aurait été fun... bon, franchement, ça m’aurait étonné, quand même... passer de Domino à Enigma...).

Ok, Je m’écarte du sujet... :-) Au final, quel a été ton rôle exact sur Alix et Enigma ?

En fait, j’étais un scénariste parmi d’autres. Je ne m’occupais pas du tout des dessins. D’ailleurs, je ne m’en occupe jamais, sur les séries pour lesquelles je travaille. Je pense par contre que pour un scénariste, c’est un gros plus d’être dessinateur. Car ainsi, c’est plus facile de décrire un décor ou une action.

-Justement, puisqu’on parle de ça, pourrais-tu nous décrire la journée moyenne du scénariste professionnel sur ce type de série... 

C’est la même chose que pour tout écrivain : avec beaucoup de café, de whisky et de lunettes noires... Plus sérieusement, cela n’a rien de particulier si ce n’est qu’il s’agit de purs travaux de commande. Personnellement, je suis assez discipliné. Le fait de travailler en dehors de chez moi, d’avoir un bureau indépendant de mon appartement, aide un peu à ne pas traîner en caleçon et débardeur devant la télé... :-) Je suis surtout « du matin ». C’est le moment où j’ai les idées les plus claires. Je commence à travailler sur les coups de 9h00 et en général, j’arrête vers les 16h00. Ça c’est pour le quotidien, je reviendrai par la suite sur le « comment », la technique.

-De quelle façon as-tu été recruté sur « Boule et Bill », « Ratz », et « Corneil et Bernie » ? As-tu travaillé sur ses séries durant la même période?

Non, elles étaient étalées dans le temps. J’ai travaillé sur ces séries car j’avais déjà travaillé avec leurs boîtes de prod’ sur d’autres projets. Quand ça se passe bien sur une série et que je m’entends bien avec la production, je continue à bosser avec eux sur d’autres séries. Par exemple, pour « Boule et Bill », cela remonte à loin : la société productrice d’Enigma, qui s’appelait Millésime Productions, a été rachetée par Marina Production et je me suis pour ainsi dire retrouvé parmi les bagages de Millésime... Avec Marina, j’ai bossé sur « les fils de Rome » et « Swift et le petit cirque ». Quand celle-ci a été à son tour achetée par Dargaud (devenant ainsi Dargaud-Marina), j’ai de nouveau suivi et c’est comme ça que je me suis retrouvé sur « Boule et Bill ». D’ailleurs, en parlant de ça, il y a eu un problème assez important sur cette série : la répartition des droits d’auteur. En effet, le Studio Roba demandait 50% des droits d’auteurs... ce qui est énorme. Pour explication... sur une série en animation, en principe, la répartition des droits d’auteurs dans l’audiovisuel est la suivante : 85% pour l’auteur de l’épisode, 5% pour l’auteur de la «bible» littéraire et 10% pour l’auteur graphique. Bien sûr, ces pourcentages peuvent varier – notamment selon qu’il s’agit d’un travail d’adaptation ou si les personnages existent déjà, que ce soit en BD ou en littérature. Dans le cas de « Boule et Bill », il s’agissait d’histoires totalement originales, écrites spécialement pour la série (le matériel de base était composé de strips ou de gags répartis sur une page, ce qui est inadaptable pour le format de la série qui était de sept minutes). Puisqu’il s’agit d’une série qui existe déjà en album BD, le pourcentage des auteurs de la BD augmente au détriment de celui de l’auteur de l’épisode. En moyenne, ça varie de 25% à 35% (c’est, je crois, ce qui c’est passé sur les séries « Lucky Luke » ou « Titeuf »). Là, 50%, c’était hors de question. En plus, on sentait bien que cela donnait des idées aux autres (ainsi, les auteurs de la BD « Yakari » qui a quand même beaucoup moins de renommée que « Boule et Bill » demandaient, eux aussi, 50% !). BATTONS-NOUS CAMARADE !! LA LUTTE N’EST PAS FINIE !! :-) Au final, on a réussit à faire baisser le pourcentage à 40%.

Boule_et_Bill

       (Alain : "couverture du concept de la série "Boule et Bill"... un collector auprès des fan de la BD ?").

-Puisqu’on parle de ça, qui négocie la répartition des droits d'auteur? L'auteur de l'épisode a-t-il son mot à dire?

Quand il y a litige, c’est la SACD qui négocie ou le syndicat des auteurs dont j’ai oublié le nom... (Pas bien, ça, Alain, pas bien...). Oui, l’auteur a bel et bien son mot à dire puisque c’est lui qui va voir les différents organismes quand il y problème. Mais c’est vrai qu’il y a un flou à ce niveau. Quand on arrive sur une série - s’il s’agit d’une adaptation – le producteur nous dit que l’auteur prend tant mais ce n’est pas sur le contrat car il n’a pas le droit de répartir des droits qu’il ne possède pas... D’où vient ce chiffre ? Mystère... en tout cas pour moi.

Ratz

(Alain : "Visuel pour la série "Ratz". Petite particularité, ici : les dialogues des épisodes étaient écrit par le storyboarder et/ou le réalisateur. Nous ne fournissions qu’un synopsis développé").

          

-Tout à l’heure, tu me parlais de la fabrication de la série... De la « technique ». Alors, justement comment abordes-tu le travail sur un scénario?

Quand j’arrive sur une série, celle-ci est déjà en production. C'est-à-dire qu’il y a des diffuseurs (chaînes de télé) prêts à diffuser la série, un réalisateur, etc. On me présente l’univers de la série grâce à une «bible» littéraire. C’est la nomenclature de la série. Une fois que j’ai étudié la «bible», je dois normalement tout connaître de la série : les personnages, principaux ou secondaires, les interactions entre eux, les décors, le ton de la série, la durée de chaque épisode, le nombre d’épisodes, la cible de la série. J’ai aussi quelques visuels des personnages et des décors principaux. Une fois que j’ai tous ces éléments en main, je propose des pitchs. Ces petits résumés de l’histoire, d’une dizaine de lignes, sont validés ou refusés par le (la) directeur(trice) d’écriture de la série. Sur une série, nous sommes souvent nombreux à écrire, donc il peut parfois y avoir des idées « doublons »... ou, à l’inverse, pas dans le ton de la série ! Le directeur d’écriture est là pour mettre un peu d’ordre.

Une fois que le pitch est validé, je passe au synopsis (en moyenne, trois pages). J’y détermine l’histoire dans son intégralité et je dois y faire apparaître la structure narrative du récit. Et enfin, quand le synopsis est validé par le directeur d’écriture, il part chez le (ou les) diffuseur(s) (ils sont plusieurs, dans la majorité des cas. Une série animée coûtant cher, il existe tout un système de co-production avec les chaînes de télé étrangères). Evidemment, plus il y a de co-producteurs, plus les avis sont nombreux (et parfois, ils sont même contradictoires !). Si/quand le synopsis est validé par les chaînes, on passe en séquencier ou en scénario. (À noter que dans la plupart des cas, c’est seulement à ce stade là qu’on obtient un contrat avec le producteur. La lutte n’est pas finie, je tE L'ai diT, camarade !! :-)) Le passage au séquencier n’est pas obligatoire, mais certains le demandent : ça les rassure. Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un séquencier, c’est la même chose qu’un scénario mais sans les dialogues. Les séquences sont numérotées et décrites. Une fois que le séquencier est validé, on passe au scénario qui, pour moi, représente l’ultime étape.

Voilà pour le déroulement du processus.

Les premières idées me viennent toujours en lisant la « bible » pour la première fois. En général, je pars des personnages (j’adore écrire des histoires qui dévoilent un peu leur passé), de leur psychologie, plus que d’événements. Dans un premier temps, c’est le bazar le plus total, puis je trie les bonnes des mauvaises idées (en général, c’est un mot, une phrase ou quelques lignes. J’y mets ce qui m’intéresse dans l’épisode). Ensuite, une fois que j’ai retenu une idée que je juge intéressante, je brode. C'est-à-dire que je bâtis l’histoire sous forme de tirets dans un tableau 3 en actes. Ainsi, même si le pitch ne fait que dix lignes, j’ai déjà le plan de l’épisode par écrit, sous forme de tirets. Voilà tu connais tous mes secrets ! Mais je ne t’apprends rien puisque tu écris toi-même :-) (NDA : en effet, c’est plus ou moins comme ça que je procède aussi. En fait, il n’y a pas trente-six façons de faire...).

Shuriken_School

(Alain : "visuel de « Shuriken School"... diffusée en ce moment sur France 3"). 

Storyboard

(Alain :"une page de storyboard faite par le très talentueux Laurent Salou (tiré de mon scénar « comme un poussin sur une branche » de la série "Shuriken School"... diffusée en ce moment sur France 3). 

-Et de quelle façon collabores-tu avec les dessinateurs ?

Malheureusement, les scénaristes n’ont aucun contact avec les dessinateurs. C’est très sectorisé. Peut-être est-ce dû au fait que nous travaillons chez nous alors que les dessinateurs sont au studio... Je ne sais pas. Peut-être est-ce une politique délibéré des producteurs... Personnellement, je me débrouille pour avoir une copie du story-board de mes histoires et il m’arrive, quand je trouve que le « boarder » a fait un travail particulièrement bon - et que j’ai pris plaisir à lire son board - d’obtenir son numéro et de l’appeler. J’aime aussi beaucoup avoir les « model sheet » des personnages que j’ai créés pour l’histoire... Je me souviens encore de mon premier personnage créé (il s’appelait M. White – rebaptisé Monsieur Blanc par M6 – pour la série « Enigma ») et de mon émotion quand j’ai vu le personnage sur papier... (petite larme attendrie au coin de l’œil...). Mais ce genre d’attitude est rare. Normalement, une fois que le scénario est validé par le diffuseur, notre travail est terminé et le bébé passe dans d’autres mains. Nous autres, scénaristes, n’avons pas voix au chapitre pour la suite. C’est dommage : ça éviterait les mauvaises surprises qu’on peut avoir lors de la diffusion de l’épisode. Pire, dans la majorité des cas, nous ne sommes même au courant de la date de diffusion de nos épisodes et si on ne le demande pas, nous n'avons aucune copie de nos épisodes finis.

Monsieur_White

(Alain : "Aaaah ! Mister White... mon premier personnage créé...").

-Mais le scénariste ne pourrait-il pas inclure l’obtention de telles copies dans son contrat ?

C’est assez difficile... Pour la date de diffusion, même les producteurs ne sont pas au courant. La chaîne fait ce qu’elle veut de la série, c’est pour ça qu’il y a peu de série « à suivre » dans l’animation : la chaîne peut très bien décider de diffuser les épisodes dans n’importe quel ordre...

-Autre chose... (tu y as déjà plus ou moins répondu mais...) S'agit-il exclusivement d'adaptations? Ou parfois, créez-vous de nouvelles histoires, spécifiquement pour la télé?

Quand on est scénariste d’animation on fait de tout. Des adaptations de BD, des histoires originales... On doit aussi être capable d’écrire dans tous les formats (cinq, sept, treize, vingt-six ou cinquante-deux minutes) et pour tous les publics (« pré-school » – les moins de six ans ; six/dix ans ; huit/douze ans et maintenant les pré-ados – merci Buffy !). Oui, les séries sont hyper sectorisées. Il y en a pour tous les publics, tous les âges et tous les goûts (action/aventure ; comédie ; sitcom, etc...).

-Le fait de passer d'une chaîne à l'autre change-t-il ta façon d'aborder le travail scénaristique? (Du point de vue de l'organisation ou de la méthodologie).

Non, absolument pas. Je dirais qu’à la limite, on doit plutôt s’adapter aux producteurs : certains sont plus spécialisés dans le pré-school, d’autres dans la comédie, etc. De toute façon, il y a des règles à respecter en matière d’histoires à raconter. Il faut bannir la drogue, le sexe, l’alcool, la mort, etc.  Mais cela me semble être d’un tel bon sens... (d’ailleurs, voire ci-joint, un dessin très drôle de Bruce Timm, qui explique – de manière très parlante - ces restrictions).

Batman

(Alain :"Le dessin de Batman par Bruce Timm. Sur la légende, en haut, dans le bandeau rouge, il est écrit : "au tout début du développement de la série, une liste a été faite d’après les tabous du bs&p, tous illustrés par Bruce Timm ci-dessous. Essayez de les découvrir (NDA : pour les réponses, surligner en gras, juste en dessous, au dessus de la question suivante).

« 1 les pistolets. 2 les vitres brisées. 4 l’alcool. 5 la cigarette. 6 la nudité. 7 mettre les enfants en danger. 8 la religion. 9 la strangulation ». Amusant, non ? ;o)

-En moyenne (car j’imagine que tout dépend de la durée de l’épisode), de quels délais bénéficiez-vous pour l'écriture d'un scénario ? (Je parle de la phase finale, après l'éventuel séquencier).

Pour un vingt-six minutes, je passe généralement une dizaine de jours à écrire le scénario (à partir de mon synopsis). Pour un synopsis de trois pages, je passe en moyenne deux à trois jours. Le plus long, finalement, ce sont les délais d’attentes entre les différentes versions.

-Après avoir fait des recherches sur le Web, j'ai découvert que tu avais en projet de travailler sur une bande dessinée avec Jean-Marie Minguez (dessinateur et coloriste du grimoire de féerie http://www.pimpf.org/semic/jmm.htm). Ses dessins sont d’ailleurs splendides... Pourrais-tu nous en parler ?

Oui, c’est un p’tit jeune très talentueux. Hélas, ce projet est tombé à l’eau. Visiblement, Jean-Marie est plus à l’aise avec l’heroic fantasy qu’avec le polard urbain hard boiled... C’est assez difficile de trouver des dessinateurs de BD talentueux. Il n’y en a pas beaucoup et bien sûr, ils sont débordés. J’étais donc très content de tomber sur Jean-Marie. Et puis personnellement, je n’ai plus envie de dessiner mes scénarios... C’est trop long ! :-) En plus maintenant, j’ai développé un style trop cartoon... (comme le montre mon autoportrait publié sur ta page). Sûrement une déformation professionnelle ! Donc, s’il y a parmi vous un(e) dessinateur(trice) (ou des dessinateurs(trices)) à la recherche de projets, j’en ai tout plein qui ne demandent qu’à être illustrés ! :-) (NDA : Carbo, si tu me lis, ceci s’adresse à toi... arf !)

-Puisque tu me parles de BD, tu as donc des projets, des souhaits dans ce domaine... Pourrais-tu nous en parler?

En dehors du projet que j’avais proposé à Jean-Marie (dont le scénario est terminé... enfin, celui du premier album... la suite étant à l’état de synopsis), j’ai aussi un projet « steampunk » dans la ligné de Fantômas (les romans... Pas les De Funès) et de Fu Man Chu. En l’état, je n’ai que les premières planches de scénarisées. Le reste, à nouveau, est à l’état de synopsis. Je peux être assez dictatorial dans ma manière d’écrire (à force de décrire tout ce qu’il se passe dans la case ou la planche). Mais maintenant, je préfère plutôt voir comment travaille le dessinateur et ne pas lui donner un scénario complet avec mise en page et tout. Certains aiment que tout soit décrit, d’autres préfèrent avoir plus de marge de manœuvre... J’ai aussi un conte de Noël qui ce ne sera pas de la BD mais une histoire illustrée. Sinon, j’ai aussi des projets de séries en animation que je développe en ce moment, mais chut... tant que rien n’est signé... ;o)

-Eh bien, je ne peux que te souhaiter bonne chance... J’espère bien que tu nous tiendras au courant ! Je te remercie, encore une fois, pour ta disponibilité et tous les détails de ton activité, passionnante, que tu as bien voulu partager avec nous.

You’re welcome, comme dirait Van Damne... Mais qu’est-ce que j’ai avec Van Damne, moi ?! Lol.

Voilà, voilà... Si vous-mêmes avez des questions à poser à Alain, n’hésitez pas : il reste à disposition, sur ce site, pour vous, afin de répondre à vos éventuelles demandes. Petite règle pour les madnautes : posez les questions sur le blog, SVP, pas sur le site de mad, afin que les autres « lumièreux » de mon site puissent eux aussi profiter eux aussi des réponses d’Alain... Simple question de respect pour tous... :-)