30 août 2006
Pirates des Caraïbes 2 - Review - Deux avis (spoilers inside).
- Pirates des Caraïbes 2 -
- Le secret du coffre maudit -
Exportation/Distribution internationale : Buena Vista Pictures, Production : Jerry Bruckheimer Films, Walt Disney Pictures, Scénariste : Ted Elliott, Terry Rossio. D'après les personnages créés par Ted Elliott, Terry Rossio, Stuart Beattie, Jay Wolpert. Directeur de la photographie : Dariusz Wolski. Compositeur : Hans Zimmer. Monteur : Stephen E. Rivkin, Craig Wood, Costumière : Penny Rose, Liz Dann. Directeur artistique : John Dexter. Chef décorateur : Rick Heinrichs. Décoratrice : Cheryl Carasik. Effets spéciaux : Chris Bailey, Kenneth Van Order. Superviseur des effets visuels : Derrick Carlin, Marc Chu, Cameron Folds, John Knoll. Assistant réalisateur, Peter Kohn. Directrice du casting : Denise Chamian, Priscilla John.
Jack Sparrow : Johnny Depp, Will Turner : Orlando Bloom, Elizabeth Swann : Keira Knightley, Bill Turner : Stellan Skarsgard, Tia Dalma : Naomie Harris, Capitaine Sam Bellamy : Alex Norton, Norrington : Jack Davenport, Davy Jones : Bill Nighy, Pintel : Lee Arenberg, Gouverneur Weatherby Swann : Jonathan Pryce, Joshamee Gibbs : Kevin McNally, Ragetti : Mackenzie Crook, Lord Cutler Beckett : Tom Hollander, Pintel : Lee Arenberg, Cannibal : Anthony Patricio, Madame : Claudia Adams, Koleniko : Clive Ashborn, Scarlett : Lauren Maher, Barbossa : Geoffrey Rush, Cotton : David Bailie, Marty : Martin Klebba, Madame : Claudia Adams, Garde turc : Hayati Akbas, Cannibal : Robert Alonzo, Giselle : Vanessa Branch
(Etant donné que Nio me fait l'honneur de me permettre de poster son avis sur le film, je place sa critique en tête de cet article).
CONTRE :
"On m'en avait beaucoup parlé en bien, et comme j'avais bien aimé le premier, j'y suis allé.
Catastrophe.
Non seulement j'étais très déçu et je me suis grandement fait chier malgré quelques gags sympathiques.
Je me demande si je suis le seul dans ce cas...J'avoue quand même être assez bon public, capable de passer de Allen et Tarkovski à Spielberg, voire Luc Besson (quoique là pour ce dernier, je met une réserve sur angel-a et certains films récents même si j'adore Nikita et le grand bleu)...
Gags revus et resaupoudrés en double (vous n'avez pas aimés le coup de la boule aux prisonniers ? Tendez, on vous le refait en mieux avec la roue du moulin), musique parfois inaudible sauf a de rares passages violonisés sur l'île (venant de Hans Zimmer, c'est un peu décevant), idées reprises et déjà existantes un peu partout (l'exemple des yeux sur Depp, ça avez déjà été fait par Takeshi Kitano dans Zatoïchi en 2002 mais aussi bien avant ça par Woody Allen...), références littéraires ou cinéphiles qu'on se sent obligé de resservir (la marque noire, c'est dans L'île au trésor, on sait merci...), Knightley qui fait juste un peu de figuration dans la 1ere moitié du film avant d'être enfin plus présente dans la seconde partie, fin ouverte qui nous laisse choir d'un coup tout en esquissant une porte pour un 3e volet (où l'on apprendra sûrement que Jack Sparrow il est pas mort-euh, sans blague !), impression d'ailleurs à souligner que Norrighton se barre avec le coeur dans la jungle et l'offre au gouverneur Beckett mais on en saura pas plus.
De plus, cette attitude "coucou on s'amuse mais on pense a autre chose" se ressent dans le jeu des acteurs et je me souviens que Depp a déclaré n'être pas du tout intéressé pour participer à cette suite mais qu'il l'a fait à contrecoeur juste pour faire plaisir à ses gosses. Quand au grand acteur de second rôle qu'est Jonathan Pryce, il vient juste après les frères Grimm pour à nouveau faire un coucou et toucher ses impôts (dans le premier "pirates..." il était un peu plus présent quand même, merde)...
Et puis les clichés, notamment le méchant ténébreux qui ne peut s'empêcher de faire de l'orgue. Sans blague, comme c'est original... Même Gannondorf sait jouer de l'orgue dans Zelda : Ocarina of time auquel j'ai rejoué récemment sur la game cube (edition speciale)...Tss tss...
Et n'oublions pas le rythme du film et son étirement sur 2 h 30 assez mal géré...
Pourtant le film tient assez bien la route et les personnages sont plus ou moins consistants (enfin, Johnny Depp et le pirate Davy Jones) et je m'étais pourtant bien remis de ma déception précédente (Alien vs predator, daube infâme jeux vidéoisée MTV à fond. Pour un fan de Predator et des aliens comme moi, ça fout mal) et bien non.
En fait ce que j'ai beaucoup apprécié et qui pour moi est ce qui sauve le film, ce sont les effets spéciaux (le design des pirates marins sous Davy Jones, excellent) et puis le Kraken, créature légendaire citée dans de nombreux récits de marins de l'époque (notamment en hypothèse de ce qui aurait pu arriver à la Mary-Celeste dans un énorme livre que j'ai sur les phénomènes et mystères paranormaux), qui en jette. C'est la première fois après le Moby Dick de Huston (avec Gregory Peck) et Les dents de la mer --pour citer un maître étalon du film de genre de requin-- (Spielberg) que l'on peut a nouveau observer une créature fascinante et terrifiante, même si ces apparitions sont plutôt limitées, ce qui renforce son pouvoir de terreur. On pense à "un cri dans l'océan" de Sommers mais en mieux.
Bref film sympathique mais plutôt moyen en ce qui me concerne, j'en attendais peut-être un peu trop après le plaisir du premier volet."
Je lui met 2/6...Pour le Kraken, les excellents SFX et quelques gags sympathiques (dont Depp en brochette de fruit) mais bon je suis un peu exigeant à la base...
NIO
POUR :
(Plus ou moins)
Petit retour en arrière : En 2003 sortait le premier volet, produit par Jerry Bruckeimer, spécialiste de films d'actions aux scenarii minima, sous la houlette de Walt Disney (et à partir d'une animation assez connue des parcs de ladite société). Comme le souligne le Mad Movies numéro 188 de Juillet/août 2006, le risque était grand : le genre "film de pirates" n'a produit que des échecs notoires ces vingt dernières années (citons pour exemple : le "Pirates" de Polanski, ou "l'île au pirates" d'un Renny Harlin en roue libre). Le Polanski était un film survendu, plombée d'une réalisation lourde par un auteur qui n'était bien sûr pas habitué au genre. C'était toutefois un honnête divertissement, faute d'être pleinement original. L'île aux pirates, un film pop corn, doublé d'un véhicule publicitaire pour la femme du réalisateur, Gina Davis - divorcée depuis (faute de succès sans doute : pas de bons chiffres, pas de films. Pas de films, pas de pognon. Pas de pognon, dehors le mari. Une vieille histoire... Non, je plaisante, bien sûr). La question à cent balles était donc : quelle orientation pour un nouveau film de "pirates", surtout tirée d'une simple attraction... Pop corn? Plus sérieuse?
Pop corn a gagné, mais c'est un pop corn assez particulier. Alors que l’île aux pirates accumulaient les clichés, les poncifs, avec une invraisemblable régularité (Cf. rien que Modine, grimé en Errol Flynn), Pop corn version pirates des caraïbes se la joue référentiel, et comédie loufoque. Or loufoque, le film boursouflée d'Harlin ne l'était pas du tout. Ainsi, au lieu d'un clone d'Errol Flynn, on a un héros maquillé, maniéré, un peu taré, et poilant (au grand dam de Disney, qui tenta, en vain, de changer cet aspect du personnage. Depp, qui interpréta le rôle, faillit claquer la porte pour pouvoir interpréter son personnage à sa façon, s'inspirant pour l'occasion du look de rocker Keith Richards, des Rolling Stones), dont l'entrée en scène, sur le port, se fait à bord d'une épave déjà coulée. Au lieu d'avoir une ambiance voulue "à l'ancienne", nous découvrons une bonne humeur communicative à la fois de la part des acteurs et du réalisateur, dans un métrage qui mixe allégrement fantastique, parodie, aventure et serial (par ailleurs référenciel, lui aussi, comme on pouvait le voir avec ce passage où Will et Sparrow se balade sous les océans, une barque sur la tête pour pouvoir respirer : le passage étant issu directement d'une petite merveille, le "corsaire rouge" - 1952 - avec Burt Lancaster et réalisé par Robert Siodmak). Bref un pop corn, certes, mais qui prends le contre-pieds des films sortis ces dernières années. Une surprise sympathique, quoique plombée par une réalisation malgré tout plate. Un film qui d'ailleurs pourrait se rapprocher - dans sa manière d'être - d'un "masque de Zorro" (Martin Campbell), sorti en 98 (le fantastique en moins et le glamour en plus) qui, lui-même, en son temps ressortait un personnage, un mythe et le remettait au goût du jour (à ne pas confondre, toutefois, avec sa suite, la légende de Z. qui lui se révéla... tout simplement nul).
Le succès fut au rendez-vous.
Deux ans passent, les chiens trépassent ("hein?!" - ouais, je sais... mais ça rime), et deux autres films sont mis en route. La première suite, le secret du coffre maudit est donc sorti sur nos grands écrans cet été.
La recette reste la même : les personnages n'ont pas changé. Depp est toujours aussi barré, Orlando toujours aussi effacé, Keira (Ex "fausse" reine Amidala dans "la menace fantôme" (Georges Lucas - 1999), entre parenthèse) toujours aussi mignonne. Et l'on retrouve la totalité du casting du film précédent. La prod' est la même, et Gore Verbinski, réalisateur du premier opus, rempile comme les autres. Le scenario reprend (peu subtilement mais assez intelligemment) divers élèments présentés dans le premier film et en donne même une origine (Cf. Le compas de jack, notamment). Et la volonté, dans la structure de la trilogie en devenir, est visiblement de coller à celle de star wars (premier film : découverte des personnages. Second film : développement de l'histoire, personnages et situations "éclatés", sans parler de la "mort" de Han Solo/Sparrow. Troisième film... Résurrection de Jack et la conclusion). On peut s'attendre à ce que le film soit de la même eau que le premier, sur le fond et la forme générale, excepté le point que je viens d'évoquer, bien sûr.
Ce sera le cas. En partie, du moins. Comme le souligne assez bien Nio, le film souffre de quelques lacunes non négligeables : tout d'abord, la narration et la gestion du temps sont pour le moins mal gérées. Ainsi certaines séquences s'étirent en longueur de façon tout à fait inutiles, et l'introduction au film - pourtant un excellent gag (je vais y revenir), est un tantinet maladroite. Après un série de très beaux premiers plans (des tasses sur une tables, dégoulinant sous la pluie tombante), on passe à l'introduction de Depp découvrant que Davy Jones est à sa poursuite, suivie de l'histoire de Bloom et Kingsley. Puis, on retrouve Depp, sans explication explicite, coincé en "roi" sur une île peuplée de cannibales, avec son navire échoué sur l'île. Avant de passer à l'histoire - brève et anecdotique - des deux comparses comiques du grand Jack, fraîchement sorti (ou évadés, je ne sais plus) de prison, à la recherche du capitaine et du black pearl (en vue de le dérober - alors qu'il est toujours échoué sur la plage!). De mémoire, peut-être pas très fraîche, on ne sait pas pourquoi ils ont atterri en zonzon, et on ne le saura jamais. Le pitch lui-même est plus un prétexte à relancer les aventures des personnages d'Elisabeth et de Will Turner à la poursuite de Sparrow qu'autre chose et nous donne brièvement l'occasion d'apercevoir - de nouveau - le personnage joué par Pryce dans le rôle du papounet d'Elisabeth... mais son rôle, au contraire de ce qu'il avait fait dans le premier film, s'avère très anecdotique.
(P... on dirait presque Erwan, sur la photo ci-contre) La réalisation, comme par moment, la musique, reste assez plate, conforme à ce qui avait été fait lors du premier film, à l'exception des trois grosses scènes d'actions (ou de gags) du film (seconde équipe au secours? Allez savoir) : l'évasion de l'île aux cannibales (le premier meilleur moment du film), le combat sur l'île, sur la roue (certes, très gadget, très "jeu", et rappelant les attractions Disney dans l'esprit), et l'attaque du Kraken. La durée du métrage (2 heures 30), en regard des séquences inutilement longues, et en regard de l'introduction de l'histoire, laisse imaginer un montage relativement discutable du film. Après, certes, on peut arguer que les poncifs du genre ou les "copier coller" - bien que ma vision du film soit tout autre (chacun choisira son camp) - puisse déparer cette suite. L'autre défaut notable, est le léger effacement du personnage héroïque de Sparrow, au profit de son côté crapule. Ce n'est que dans les dernières secondes du film que le personnage prend une autre dimension que celle du capitaine comique. Pourquoi? Sans aucun doute pour mettre en valeur les dialogues que lui lancent Elisabeth à la fin du film et leur permettre de multiples échanges "ping pong", qui, autrement, aurait manqué (à l'évidence, hormis sympathiquement se vanner et se lancer des piques, les deux personnages n'ont pas grand chose à se dire). Ceci étant dit, le film souffre peut-être plus que d'autres du même genre, à savoir de n'être que la jonction entre deux autres métrages d'une même série. Une place inconfortable, il faut bien le dire, que Jackson et Lucas (du moins pour la première trilogie, puisque la seconde est contreversée) ont gérée avec une certaine réussite.
Le capitaine comique...
Justement, l'une des forces du film est là : les références, volontaires, assumés et les multiples gags du film, qui fusent toutes les quatre minutes. Jack la brochette, ou l'évasion de la prison "boule" au début (qui m'a fait irrésistiblement penser à une certaine autre scène de balançoire... dans le King Kong de Jackson) épate la galerie par son dynamisme et sa drôlerie (a contrario sans doute de ce qui suit jusqu'au grand final, où, enfin, le film redevient "fou"). Les références avouées au genre (la main noire, le trésor, l'île, la malédiction, de quoi rajeunir un grand coup) et d'autres plus subtiles, comme celles de Davy jouant de l'orgue, directement issu de 20 000 lieux sous les mers (Richard Fleisher 1954), de la présence des cannibales et du Kraken lui-même... (et je rappelle que 20 000 lieux - une sorte de film de pirate, en un sens - fut en son temps une production Disney) ou celle de l'évasion de Jack Sparrow, au tout début du film, évoquant instantanément celle d'un certain Monte-Cristo, lorsqu'il quitta son bon vieux château d'If (que je vous conseille de visiter, soit dit en passant), et son abbé Faria. On pourrait même parler de références historiques (un peu logique, me direz-vous, vu l'époque à laquelle se déroule l'histoire) : les cages dans lesquelles sont enfermés les pirates, sur le port, sont les mêmes qui ont servis à exposer le cadavre du capitaine Kidd au dessus de la Tamise, en 1701. Or le légendaire capitaine, et sa mystérieuse carte au trésor (bien réelle celle-là, et jamais déchiffrée) ont inspiré RL Stevenson pour son "île au trésor", roman serial (1881 - 1882) fondateur du genre "pirates" littéraire et plus tard... du film de pirates. Le métrage devient alors un véritable petit jeu de piste pour cinéphile averti (avec l'inconvénient qu'il risque de laisser sur place monsieur tout le monde, lequel ne pourra que subir la longueur excessive du film sans pleinement profiter des clins d'oeils). On peut aussi saluer les effets spéciaux d'ILM et l'ambiance artistique du film : Davy Jones évoque instantanément un Cthulhu humain (je rappelle que le Cthulhu est une sorte de Dieu maléfique marin inventé par HP Lovecraft, auquel j'ai consacré un long article, encore présent quelque part dans mes archives), et son navire se situe entre une version biologique du sous-marin de Nemo, et le vaisseau traditionnel des pirates... et son bestiaire reste pour le moins impressionnant. A la fois tragique et effrayant - comme son capitaine - on regretterait presque qu'ils doivent être éliminés dans le prochain film, tant ils sont chouettes à voir.
Quel peut donc être le bilan du film? Trésor ou pas trésor? Souvent faiblard dans sa réalisation, il surprend quand même par quelques éclairs de mises en scène, ci et là. Pareil pour la musique, et le scénario est celui d'un deuxième opus pour trois films - autre inconvénient. Mais il est largement rehaussé par la multiplication des gags, par le jeu outrancier de Depp (reconnaissons-le : s'il n'avait pas cabotiné, il nous aurait déçus!) et des autres acteurs. On reste malgré nous emporté par l'enthousiasme général du projet - si l'on n'est pas largué par la lenteur du milieu du film, bien entendu. La fin (avec au passage la résurrection surprise et on ne peut plus plaisante de cette vieille trogne de Barbossa, bad guy du premier film) nous laisse sur notre faim, nous obligeant malgré nous, à plus ou moins devoir patienter jusque mai 2007 avant la sortie du troisième film, dans lequel figureront d'ailleurs un Chow Yun Fat en pirate asiatique - dans le rôle de Sao Feng (puisqu'une grande partie du film se déroulera du côté des mer de Chine), et Keith Richards en personne (à priori, du moins), dans le rôle du papounet de Sparrow.
Personnellement, pour conclure, en dépit des sérieuses faiblesses du film, je vous avouerais que je l'ai bien apprécié et que je me suis bien amusé. Je suis curieux de voir la suite. Donc je mets "pour" et je l'assume, bien que je ne puisse lui donner que 3/6, voire 3.5/6, cinématographiquement parlant, et en étant cool, à cause de la réalisation molle de Gore (sans jeux de mot). Ce n'est pas un bon film, techniquement parlant, mais c'est un film frais et fun, sans prétention autre que de nous amuser et nous distraire. Un film d'été, pas bien méchant mais rigolo et sympathique.
CHRIS
Que demande le peuple?
23 août 2006
Phaze 1 - Screams Of Dying Dogs
Le clip fantastico-post-apocalyptique de Guillaume Pin, dont j'ai parlé à l'occasion d'un précédent article, étant enfin monté, je le linke directement dans le présent (court) article, afin que vous puissiez admirer à sa juste valeur le travail du bonhomme.
Afin de vous situer le taff du réalisateur, essayez d'imaginer qu'il a non seulement mis en scène le clip, mais qu'il en a aussi réalisé l'infographie. Au passage, le clip, véritable court métrage musical, coproduit par Invasion film et Pistoleros, a été tourné dans le cadre du même (futur - le court métrage ayant été tourné quelques semaines plus tard) décor que "Ab Irato", présenté précédemment. De même, présents parmi les figurants, l'on retrouve Béatrice Borowiec (coproductrice et directrice de production sur le présent clip), Nathalie Metrot (responsable du décor sur Ab Irato, ainsi que sur le présent clip) et Erwan Le Gac (réalisateur d'Ab Irato et assistant réalisateur sur le présent clip...) .
Pour en savoir un peu plus sur le groupe, je vous laisse un lien : http://www.phaze-1.com/photos.html.
Maintenant, il suffit de cliquer sur l'image et lancer le clip pour mater le travail réalisé... Bonne lecture. Si vous avez des commentaires quels qu'ils soient... Faut pas vous gêner.
Ayé? Vous l'avez vu? Maintenant, imaginez un long métrage fantastique, pur produit mad, d'une heure trente... Allez, disons Silent Hill X 100... Ch'ai pas, moi, ça me fout la gaule...
Miami Vice - Deux critiques.
- Miami Vice -
Michael Mann : réalisateur, scénariste, producteur, Pieter Jan Brugge : producteur, Anthony Yarkovich : producteur exécutif, créateur de la série, Dion Beebe : directeur de la photographie, Victor Kempster : chef décorateur, Paul Rubell : chef monteur, Janty Yates : chef costumière, Michael Kaplan : chef costumier
John Murphy : compositeur, William Goldenberg : monteur, R. Bruce Steinheimer : responsable des effets spéciaux et de l'animation, Distributeur : UIP
Colin Farrell : L’inspecteur Sonny Crockett, Jamie Foxx : L’inspecteur Ricardo Tubbs, Gong Li : Isabella, Naomie Harris : Trudy Joplin, Danny Trejo : Wes Studi, Luis Tosar : Arcángel de Jesús Montoya, Justin Theroux : le détective Larry Zito
Isaach De Bankolé : Neptune, Ciaran Hinds : Agent Fujima, Barry Shabaka Henley : Le lieutenant Castillo, Elizabeth Rodriguez : Gina, John Ortiz : José Yero
Miami... Deux agents fédéraux et la famille d'un informateur ont été sauvagement exécutés. Une nouvelle enquête commence pour Sonny Crockett et son coéquipier Ricardo Tubbs, avec une certitude : la fuite qui a permis ce massacre en règle provenait des sommets de la hiérarchie... Les deux inspecteurs découvrent rapidement que les tueurs étaient au service de la Fraternité Aryenne, organisation suprématiste liée à un réseau de trafiquants internationaux doté d'un système de protection ultra-sophistiqué. Poursuivant leurs investigations, les deux partenaires prennent contact avec l'administratrice
financière du cartel, Isabella, une sinocubaine aussi experte en investissements et transferts de fonds qu'en blanchiment d'argent.
Faute de temps, et étant pleinement d'accord avec leurs avis respectifs, je publie ci-desssous les articles écrits par Guillaume Meral et Daniel Sebaihia, intervenants bien connus du site Mad movies. En les remerciant... :
En 1996 sortait Heat, immense polar épique, où Mann portait à son apogée ses obsessions et sa mise en scène impressionante de maitrise. Un sommet dans sa carrière, devenu une référence mondiale (voir 36, quai des orfèvres ou Infernal Affairs). Après un tel monument, qui constituerait l'oeuvre d'une vie chez certains autres cinéastes, il paraissait quasiment impossible d'évoluer, de proposer quelque chose de plus fort, de plus grand. A moins que...
1999, Révélations est une ENORME claque dans la gueule. Et Mann nous fait comprendre que, désormais, il n'a plus qu'une solution pour faire évoluer son cinéma : se mettre en danger permanent. Révélations relève d'une démarche contradictoire, quasi-suicidaire : déstabiliser le spectateur, perturber ses sens pour au final l'hypnotiser. Pour celà, il expérimente comme un malade dans tout les domaines et pousse l'abstraction jusqu'à un point jamais atteint jusque là. C'est une sorte de nouvelle carrière qui débute.
Avec un nouveau projet de mise en scène, faire ressentir au public ce que Rimbaud aurait qualifié de "dérèglement des sens".
10 ans après Heat, Miami Vice constitue donc un nouveau sommet dans la carrière de Mann. Autant le dire tout de suite : c'est à la projection d'un monument sur pelllicule que l'on assiste durant la séance. Un film qui propose une véritable évolution de la forme cinématographique, et en cela, l'un des films les plus importants de la décénie. Et aussi l'un des moins accessibles. Car Mann, atteint d'une sorte de rage créative tout simplement stupéfiante, pousse dans ses derniers retranchements non seulement ses expérimentations formelles (j'en parlerai plus bas) mais amorce également un renouveau narratif aussi destabilisant que sa réalisation.
Ainsi, alors que l'on pensait avoir droit à un nouveau Heat, à une nouvelle fresque sur la vie des flics et des gangsters, à l'intrigue aussi complexe, Mann prend une toute autre direction : il prend le risque d'associer l'un des pitchs les plus banal de l'année à un synopsis vu 150000 fois. Une prise de risque totale, qui lui permettra à la fois d'attirer un large public et... de le déstabiliser encore plus. Car si l'histoire en elle même est complètement bateau, le scénario, lui, est en béton armé.
Le fait de prendre le pitch le plus vu et revu dans le genre lui permet d'être carré et efficace, et de dire clairement que le film appartient bien au genre, avec ses règles, ses "limites" mais, Mann oblige, l'aspect hyper réaliste, documentaire de son métrage, ainsi que les expérimentations et innovations transcendent littéralement le genre.
A condition que l'on s'y laisse entrer sans resister.
Le côté peu accessible du film pour moitié dûe à ce scénario pourtant d'une maitrise rare. Ainsi, le synopsis banal rebutera directement le spectateur le plus exigeant, là où les expérimentations narratives laisseront le spectateur "lambda" sur le bord de la route. Dans les deux cas, l'ensemble leur paraitra froid et dénué d'humanité. Or l'humanité des personnages est bien présente, autant que dans les précédents films du cinéaste mais, et c'est là que Mann se met le plus en danger, elle n'est plus apportée par l'histoire en elle-même ou par les situations, qui font ici "clichés" sur le papier. Prenons Heat : l'humanité est en grande partie présente grâce aux situations et à la façon dont les personnages y réagissent (Al Pacino qui console la mère de la victime par exemple), plus grâce à des petites touches, des petits détails qui permettent de rendre ses personnages "vrais". Dans Miami Vice, Mann supprime le premier élément pour pousser le deuxième aussi loin qu'il le peut, faisant de son film le plus intense de sa carrière. Les larmes d'Isabella pendant l'amour, Sonny regardant au loin vers l'océan, la scène d'amour entre Ricardo et sa copine, etc. Le film regorge de petits détails comme ça qui humanisent au maximum les personnages. Cette façon de peindre les protagonistes, leur passé, leur personnalité, juste par petites touches subtiles qui créent un ensemble cohérent, vivant, c'est ce que j'appellerais de l'impressionnisme cinématographique. Et Mann le pousse aussi loin qu'il le peut, offrant à son film une sensibilité inédite, bouleversante, mais évidemment exigeante. Ce parti-pris de faire primer l'histoire sur les personnages, comme l'explique très bien Guillaume Meral, là où c'était les personnages qui faisaient l'histoire dans ses précédents films, à au moins trois justifications :
1. (Comme je viens de le dire) créer une nouvelle forme narrative impressioniste.
2. Coller à la personnalité des personnages, qui décendent proggressivement vers une sorte d'enfer sans rien contrôler, s'en même essayer de prendre le contrôle. Il n'y a pas d'illusions, il n'ont aucun contrôle sur le milieu, ils ne peuvent que survivre ou mourrir.
3. Permettre d'appliquer le concept de la réalisation à la narration : le scénario participe maintenant activement à l'immersion du spectateur.
Par exemple, le metteur en scène reprend l'une des expérimentations de Collatéral, l'absence de générique, et pousse le concept encore plus loin en supprimant l'introduction. Parti-pris destabillisant qui immerge directement le spectateur dans le film. On ne sait rien des personnages, Mann nous les révèlera dans toute leur vérité grâce à son écriture subtile, forte et maitrisée.
De plus, cette absence de commencement, de fin et d'évolution des personnages (le plan final nous le montre bien : c'est le quotidien, ici, qui nous est montré), donne une ampleur suplémentaire à l'aspect réaliste et documentaire de la forme, aspect crucial à l'immersion du public.
Miami Vice, d'un point de vue narratif, ammorce un tournant dans la carrière du plus grand réalisteur du monde. Et la révolution tant attendue depuis Révélations ne pouvait au final qu'avoir lieu dans ce cadre narratif.
Et révolution il y a.
D'un point de vue formel, le film représente l'aboutissement du projet de mise en scène sensitive et immersive initiée il y a 7 ans de celà. Mann nous avait déjà balancé une droite avec Collatéral, il y a 2 ans. Pourtant, le film, aussi génial et immersif soit-il n'atteignait véritablement qu'à deux reprises l'abstraction vers laquelle tend toute la carrière de Mann : le passage, inoubliable, où la personnalité de Vincent nous est révélée sous sa forme la plus brute, celle d'un coyote traversant la route, et la fusillade dans la boite de nuit, veritable chaos ou Mann poussait très très loin sa réalisation.
Maimi Vice débute par une scène assez similaire, se déroulant également dans une boite de nuit, et au moins aussi puissante que cette fusillade. Une manière de nous faire comprendre que la logique de mise en scène dévellopée dans cette scène va s'appliquer désormais au film dans son intégralité ? En fait, on se trompe. Mann va encore bien plus loin. Toute la "non-introduction", jusqu'au suicide de l'indic, est faite pour altérer les sens des spectateurs : montage impressionant, bande son hallucinante, cadrages déstabilisants... Et ce n'est que le début. Le film se permet d'aller encore plus loin, en explosant totalement nos repères lors du suicide de l'indic. Quelques minutes auparavent, Mann nous aura balancer deux uppercut en pleine gueule : le mini affrontement ultra brutal dans la scène de la boite de nuit, et la fusillade fulgurante, encore plus brutale, vue du siège arrière de la voiture. Tout ça pour, en quelque sort nous habituer à son style, sans nous préparer à ce qui va suivre. Ainsi, lors de cette scène, un homme se fait écraser par un camion, dans le silence le plus total, en seulement trois plans, totalement suggestifs. Une scène presque planante qui contraste violemment avec ce à quoi Mann avait commencer à nous habituer.
Ici commence alors LE trip : planant et viscéral, abstrait et documentaire, furieux et contemplatif. Totalement paradoxal. Ici le film franchit le point de non-retour. La majorité des spectateurs restera sur le bord de la route, les autres seront embarqués dans le film viscéral ultime.
Emportés par cette tentative furieuse et deséspérée de survie. Car il faut bien parler de survie quand on parle de Miami Vice tant ses expérimentations et sa sensibilité novatrice auraient pû (et auraient logiquement dû) lui être fatales. Un équilibre, un dosage aussi parfait, qui parvient à atteindre de tels sommets cinématographiques, une telle perfection, tout en étant à deux doigts de la nulité, je n'en avais pas vu depuis le Phantom of the Paradise, de De Palma. Miami Vice est un film malade de ses obsessions, de son envie de perfection. Ce qui pourrait, et le fera pour certains, tuer le film, c'est aussi ce qui en fait un chef-d'oeuvre absolu. Le simple fait que le film soit devant nous, brûlant d'une rage, d'une vie extrêmement rare au cinéma, est en soi un miracle.
A partir du moment ou l'indic se suicide sous les roues du camion, le film, dans un élan désespéré, entame une course contre sa propre mort, sa destruction par lui-même.
Le point de non retour est franchi. Place à l'abstraction.
Ce qui empêchait Collateral d'atteindre cette forme d'abstraction totale, brute, furieuse, hallucinatoire, c'était ce qui en faisait également un film parfait en son genre : son suspense. Un suspense quasi-hitchcockien (voir la derniere demi-heure, son uttilisation du montage et de la musique) qui maintenait en éveil les sens du spectateur.
Dans Miami Vice, Mann supprime toute trace de suspense, et le remplace par la tension. Quand la copine de Riccardo est enlevée, on n'a pas peur pour elle, on attend, tendus, le moments où elle va mourir, on souffre avec elle, on souffre avec Ricardo et on sait pertinemment, comme lui, que tout va mal se terminer. Et Mann ne rajoute pas de suspense, nous laisse dans cet etat.
Pendant tout le film, à aucun moment on n'a peur pour nos deux héros. Eux-même n'ont pas peur. Il ne subsiste que cette sensation de vertige tragique et déséspérée. L'impression indicible, furieuse et pourtant paradoxalement calme que l'on descend droit vers l'enfer, sans rien pouvoir contrôler. Sans même le besoin de contrôler. Plus de suspens, juste le chaos.
Et un chaos comme on avait pas vu depuis au moins Time and Tide (2001 - Tsui Hark). Le suspens supprimé, l'abstraction créée par la mise en scène de Mann fait atteindre au public un etat de quasi-sommeil, à la limite du métaphysique, qui décuple par 1000 les sensations (et les émotions qu'elles provoquent chez le spectateur).
Zooms nerveux, décadrages violents, caméra portée tremblotente, etc. Miami Vice est le film sensitif ultime, jusque dans le moindre de ses cadrages : tellement complexes, travaillés, qu'il paraissent pris sur le vif, brutes, tout en faisant ressentir une infinités de sensations.
Mais ces cadrages représentent surtout l'uttilisation de la HD la plus parfaite à ce jour. Collatéral s'en servait pour faire de L.A. le personnage principal du film, filmant la ville de nuit d'une manière contemplative, presque onirique. Un parti-pris qu'il aurait été impossible de dévellopper jusqu'à un tel point sans l'usage de la HD. Cette façon de personnifier la ville dévelopait un thème déjà présent dans Le dernier des Mohicans et Heat : le rapport trouble entre les protagonistes et leur environnement, à la fois protecteur et menaçant, et surtout révélateur de leur personnalité (voir la scène du coyote dont je parle plus haut). Mais si ce rapport ammenait le film à un certain point d'abstraction, ou tout au moins d'onirisme, il l'empêchait également d'aller aussi loin qu'il aurait pu (peut-être n'était-ce pas le but du film). Car la ville, désormais personnage principal, était tellement imposante, inquiétante parfois, qu'elle renforcait le suspense du métrage, empêchant le spectateur de s'abandonner totallement au film.
Dans Miami Vice, Mann prend le risque (encore un) d'abandonner en partie ce thème qui lui est cher. La définition de la HD, permettant de capter l'environnement, de nuit, jusque dans ses moindre détails, est en soi un élément abstractif pour le public. Et Mann utilise cet élément abstractif de manière elle même totalement abstractive. L'environnement, ici, n'est plus présent dans le cadre comme une force indépendante des personnages. Il est utilisé comme faisant partie intégrante du cadre, de telle façon, qu'il n'est plus là que pour renforcer encore plus les sensations que procure le cadre. Dans Miami Vice, tout est utilisé de manière sensitive, même l'environnement. Cette façon de représenter la ville (les villes) est une première chez le réalisateur, tout en représentant une étape logique. Et tout en étant parfaitement cohérent avec le reste du métrage (et avec l'oeuvre général de Mann, ces dernières années, puisque la représentation urbaine, sous toutes ses formes, semble être devenue son obsession - Sonador).
Car tout est fait pour faire passer le maximum de sensations possibles. La bande son alterne silences lourds, dialogues et sons à vous exploser les tympans. L'utillisation de la BO a un impact viscéral ahurissant. Enfin, le montage pousse l'abstraction à son point le plus élevé. En résulte donc un chaos totalement hallucinant mais également hallucinatoire. Un chaos qui explose à la gueule du spectateur dans une dernière demi-heure de fou furieux, entre une scène de "sauvetage" brute, tendue, insoutenable, des plans contemplatifs beaux à en pleurer, une fusillade finale totalement barge et des séquences plus "intimistes" tout simplement bouleversantes.
Malgrés toute l'admiration que j'ai envers Tonny Scott, Mann vient ici d'atteindre une forme hallucinatoire dont il n'atteindra sans doute jamais la puissance.
Malgrès tout le respect que j'ai pour Spielberg, sa guerre des mondes (et pourtant je vénère ce film)ne m'a pas fait ressentir le dixième de ce que je viens de ressentir grâce à Mann (seul point où je suis légèrement en désaccord : Spielberg ne fait pas le même cinéma et n'a pas les mêmes obsessions. Je ne les trouve pas comparable. Tony Scott, par contre, et notamment avec Man on Fire, peut lui être comparé, oui - Sonador).
Miami Vice est en quelque sorte la première drogue cinématographique : totalement hallucinatoire et addictive pour ceux qui ne résistent pas à son effet. Pour les autres, bad trip garanti, Miami Vice se transformant alors en Miami Vide. En attendant, Mann est le plus grand réalisateur en activité, et une nouvelle étape dans sa carrière vient d'être amorcée. Miami Vice en est la première pierre tout en étant l'aboutissement de tout un genre, de toute un projet de mise en scène, et au final, de tout un cinéma. Miami Vice est le film viscéral, sensitif et contemplatif ultime.
6/6
Daniel Sebaihia (Aka Jésus Gris)
Et le second article :
Malgré son incontestable réussite, qui se solda par un succès à la fois public et critique, Collateral n’était pas sans poser un problème à Michael Mann. Depuis au moins Révélations, Mann ne cesse d’expérimenter comme un furieux pour donner une nouvelle définition au point de vue cinématographique, et pour cela il n’hésite pas à aller toujours plus loin dans l’abstraction. En résulte le film-enquête le plus novateur visuellement de l’histoire du cinéma, l’immersion absolue dans l’une des plus éminentes personnalités du 20ème siècle, et enfin le premier polar à faire réellement du lieu typographique le personnage principal de l’histoire. C’est à la sortie de ce dernier qu’on pouvait se demander comment Mann aller pouvoir pousser plus loin l’abstraction. Car la grande réussite de Collateral fut bel et bien de faire de la Cité des Anges le personnage principal de l’histoire, à la fois lieu de mystère où s’entrechoquent les civilisations et révélateur des consciences (la séquence du coyote, tout simplement énorme). A un tel degré de jusqu’au-boutisme, on voyait difficilement comment Mann pouvait aller plus loin. Par conséquent, lorsqu’il annonça la mise en chantier de la série télé qu’il avait lui-même initiée, l’impatience devint aussi forte que la surprise : comment allait-il faire pour faire franchir un palier supplémentaire à sa mise en scène dans le cadre d'un énorme blockbuster estival ? Tout simplement en procédant au mariage le plus harmonieux qui soit : la fusion entre ses obsessions de metteur en scène et le genre qu’il investit, quitte pour cela à mettre ses points forts de côté.
Autant le dire tout de suite, on s’attendait à tout sauf à cela. Pour la première fois dans la carrière du réalisateur d’Ali, l’histoire prime complètement sur les personnages, au point que ceux-ci apparaissent comme les acteurs d’un gigantesque chaos filmé. En effet, Mann ne fait jamais interagir les personnages avec l’histoire, sinon pour être totalement intégrés au récit. Pour être plus clair, Mann a toujours mis en perspective ses protagonistes avec l’histoire, de manière à ce que leur actions aient au moins autant de répercussions scénaristiques que symboliques. Cette démarche avait sans doute atteint son paroxysme avec Ali, où le personnage, de par ses convictions et les décisions qui en découlaient, faisait littéralement l’histoire, et dans l’interaction la plus totale avec le spectateur. Rien de tout cela ici, où l’histoire file à 100 à l’heure, au point que l’on a parfois l’impression de regarder un long épisode de la série télé, et ce dès l’ouverture, sans générique ni présentation préalable des personnages. Cela signifierait-il que Mann l’intransigeant se serait fait abattre par les conditions chaotiques de tournage et les pressions des studios pour voir un film pop-corn, regardé et aussitôt jeté dans une période estivale propice ? Non, car en réalité, Mann sait très bien ce qu’il fait, et le résultat final n’est autre qu’une nouvelle étape de franchie dans sa mise en scène expérimentale.
L’étude de caractères a toujours été l’une des constantes de la filmographie de Mann. Rare sont les réalisateurs contemporains à dresser le portrait de personnages ambigus sans jamais les juger, toujours en interaction symbolique avec l’histoire par le biais de la mise en scène. Pourtant, Mann choisit de sacrifier ceci pour pousser l’abstraction encore plus loin (du moins en apparence). Mann n’étant pas du genre à faire du sur-place, il savait qu’il ne pourrait pousser plus loin l’expérimentation sans remettre en question ce qui faisait son cinéma depuis plus de 20 ans. Le résultat est fulgurant. Miami Vice est un film proprement hypnotique, un tourbillon d’émotions fortes. L’effet est d’autant plus percutant que la mise en scène de Mann, caméra HD et plans très travaillés à l’appui, achève de nous entraîner dans le monde parallèle qu’est celui du crime organisé. Il est évident après vision que Mann a choisit l’adaptation de cette série comme véhicule de ses expérimentations pour deux raisons, la première étant bien évidemment les possibilités infinies qu’offraient le sujet à sa mise en scène : par le biais de cette histoire d’infiltration, Mann pouvait faire plonger le spectateur en même temps que ses héros, le guider dans un monde qu’il ne soupçonnait pas. Pour autant, Mann ne se contente pas d’être réaliste (même si on sent toujours le souci de coller à la réalité, notamment avec les seconds rôles), il fait de ce monde un tourbillon de chaos où les émotions sont balayées (voir l’histoire d’amour impossible entre Farrell et Li) et la menace permanente. Ici, l’apnée dans un monde aux règles étrangères se substitue au point de vue. Miami Vice est un film sensoriel, une expérience unique comme les autres films de Mann, qui est en train de redéfinir complètement les codes de la réalisation. Un paroxysme d’émotion qui explosera lors de la fusillade finale, tout bonnement hallucinante de découpage et d’intensité dramatique.
Cependant, si Mann n’attache pas aux personnages la même importance qu’ils pouvaient avoir dans ses précédents films, cela ne veut pas dire qu’ils défilent dans le film comme des ombres fantomatiques. Au contraire c’est dans les moments où ils leur consacre du temps que son film explose. Tout le cinéma de Mann est fait de plans, de courts instants qui transcende la scène, le film, voir même le genre. Plus que tout autre, c’est dans ces moments que le génie de Mann explose à l’écran. Ici, le réalisateur se contente de quelques plans pour installer la psychologie des personnages qui valent à eux seuls tous les dialogues du mondes, aidé en cela d‘un casting solide (Fox en tête) et d’une direction d’acteur encore une fois imparable. Jamais dans son comportement Sonny Crockett ne trahit ses émotions, sauf au détour d’un plan magistral : alors qu’ils se rendent chez l’un de leurs indics pour que celui-ci les introduise auprès de Montoya, l’espace d’un instant Crockett regarde l’océan à travers la vitre, en quête de quelque chose, puis revient à la raison de sa présence. Tous le film est jalonné de ces plans sur les regards qui permettent aux personnages d’exploser sans plus d’explications : que ce soit le visage de Jamie Fox déformé par la colère après l'enlévement de sa femme, ou alors la réaction de Yero devant la danse amoureuse de Farell et Li. Dans ce film, les personnages ne transparaissent pas avec le dialogue mais avec le regard. Dans ces plans bouleversants d’intensité (qui m’ont même donné envie de chialer, le syndrome de Stendhal (Je pense que c'est plutôt celui de stockholm... - Sonador), que voulez-vous), Mann fait atteindre les sommets les plus haut à son film et à son art, où se croisent le cinéma vérité le plus bluffant ( l’impression d’assister à l’histoire en direct est pour le moins tenace) et l’abstraction totalement hypnotique.
L’autre raison pour laquelle Mann a du choisir d’adapter la série, c’est pour le cadre qu’elle offrait. Comme si'il avait besoin de justifier ses expérimentations par les contraintes d’une structure ultra-codifiée d’un blockbuster se devant d’être fédérateur. En réalité, Mann reste un grand cinéaste narratif et devait accepter de mélanger sa mise en scène unique à une structure bien définie pour ne pas tomber dans l’abstraction la plus totale. Ainsi, si voir le bonhomme à la tête d’une grosse production d’été pouvait surprendre, ça n’en demeure pas moins logique au vu du résultat final. Le fait est admis depuis longtemps : les plus grands films de genre sont ceux où le metteur en scène inculque son univers à la fois personnel et visuel dans l’histoire qu’il raconte, et plus largement dans le genre qu’il investit. Certes, c’est ce qu’a fait Mann pendant toute sa carrière, où il a notamment redéfinit les codes du polar (entre autres, bien évidemment). Mais ici, la gageure était double car non seulement il se devait d’avancer dans l’évolution de sa mise en scène expérimentale, mais en plus il devait l’insérer dans une grosse machine typiquement hollywoodienne. Le pari est doublement gagné, Mann réalisant un des films de genre les plus excitant des dix dernières années. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le film récent auquel Miami Vice ressemble le plus dans sa structure est Blade 2, autre claque dans la gueule dans lequel le récit prime sur les personnages, marqué qui plus est par la personnalité de son metteur en scène. Intelligent, racé et intègre, Miami Vice s’impose dès lors comme un idéal de cinéma de genre.
Au final, même si on connaît les multiples problèmes que connut Mann au montage, on l’imagine mal faire mieux. Tous juste faudrait-il quelques scènes supplémentaires pour aérer le récit, mais qu’importe : Mann vient encore une fois de prouver à la face du monde qu’il est le plus grand réalisateur en activité. Un artiste et un artisan, réfléchissant consciencieusement à la façon de faire évoluer son art. Le cinéma de Mann ne ressemble à aucun autre, car lui seul arrive à combiner de cette façon des cojonès énormes (il en fallait pour faire le film de cette façon) et une sensibilité artistique aussi éclatante. Il fait fî des mauvaises langues qui lui prédisaient une catastrophe, et réalise la claque de l’année. Encore une fois, Mann rime avec miracle.
6/6
Guillaume Meral (Aka MacLane)
12 août 2006
Ab Irato - Prewiew
J'ai précédemment eu l'occasion de parler du court-métrage "Ab Irato", alors en préproduction. Erwan Le Gac, jusqu'ici essentiellement assistant réalisateur, allait réaliser son premier film...
C'est chose faite.
Le tournage, toute première prod' d'Invasion film, s'est donc déroulé à Saint Augustin (un comble, vu le sujet du court!) entre le 28 mai et le 31 mai 2006. Il met en scène Philippe Petit, dans le rôle du "Padre", Sabrina Mokhbi, dans le rôle de Rose, et Michel Pagès, dans celui de Mourin. Kesako, Ab Irato? Un court d'une quinzaine de minutes narrant les aventures surréalistes de deux prêtres face aux à des démons pas si diaboliques que ça, aidés en cela par d'autres prêtres, eux-mêmes pas vraiment serviables. On le voit : c'est une comédie fantastique comme on aimerait en voir plus souvent. Un métrage où rien n'est vrai, où rien n'est faux, mais où tout est fou. C'est une petite oeuvre pleine de références - toutes respectueuses (on n'est pas dans Shrek) - des genres auquel il se réfère.
Mais un tournage, ce n'est pas simplement un film. C'est aussi un défi de tous les jours, doublé d'une aventure humaine, pour laquelle chaque participant, technicien, acteur, doublures, et figurant s'est donné à fond avec une énergie communicative. C'est simple : quand il s'est terminé, chacun s'est muté en orphelin du décor. Bien sûr, il y a eu des anicroches. Il y en a toujours. Un acteur ne peut pas venir ? Le régisseur est coincé ? Il faut faire sans. Il faut créer des sfx sur le plateau ? Alors on les fabrique avec trois fois rien pour en faire un immeuble. Il manque de la bouffe ? Pas de problème, MacChris et MacFateh sont là pour taper la brousse. Chaque problème, une solution, sous l'égide de Sir Erwan.
Une après-midi d'essai, trois nuits marquées : le 28, c'est la visite du décor et les essais caméra avec Sabrina Mokhbi (actrice talentueuse déjà vue dans "la petite graine", réalisé par Guillaume Pin, ici producteur et figurant sur le court). Le plateau est encore sans dessus dessous, mais la responsable des décors, Nathalie Metrot, avec l'aide des talentueux Christophe Cauvin et Bruno Vitti, met les bouchées doubles pour finir à temps. Ils y parviendront haut la main.
Le 29, dans la nuit, avec Fateh Mezlef et son amie, Yasmeen, j'assiste, en tant que "régisseur stagiaire adjoint" à mon premier tournage. Les plans sont tournés et l'on procède à la pose de maquillage pour l'actrice principale. David Scherer et Nibelle Nekki (qui commencent d'ailleurs à se faire un joli nom dans le métier) font preuve d'un tel professionnalisme que le maquillage se confond parfaitement avec les dessins de préproduction. Je fais dix mille allers-retour pour prendre cent mille photos, pas aussi réussies que celles que prendra Corinne, la photographe de plateau. Philippe Petit et Michel Pagès entrent dans la peau de leurs personnages. Il suffit d'une soutane pour l'un et d'un bouc pour l'autre et les voilà prêts pour le César (Bon, en exagérant un peu, ok...).
Le 30, c'est l'entrée en scène de Guillaume Pin, en griffu griffé, sous le regard hilare de son compère de toujours, Michael Massias (metteur en scène du Royaume des cendres, ici présent sur le plateau en tant qu'assistant réalisateur). Guillaume Pin fait ses vocalises et le voilà métamorphosé en prêtre à l'agonie. Le 31, après un barbecue fort sympathique, Sabrina et Philippe tournent leurs scènes "intimistes" dans le silence et l'obscurité, sous le regard admiratif de toute l'équipe. Erwan est tendu comme un slip, mais il s'en sort comme un chef. Les cafés vont et viennent, les paupières aussi. Tout le monde est crevé mais c'est le clap final.
Tous, nous nous retrouverons pour le pot de la fin, le 3 juin. Philipe s'est rasé de près. Sans ses poils, il est passé de l'ours à la fesse. C'est la signature en bas de page pour une histoire en quatre feuillets.
Le court est actuellement en montage. La première photo, en exclu, pas encore étalonnée, m'est tombée dans les mains. Erwan, royal d'entre les royaux, m'a fait une fleur : C'est moi, la première photo. Les figurants passent parfois en premier, que voulez-vous...

