- Pirates des Caraïbes 2 -

- Le secret du coffre maudit -

18604499_vignExportation/Distribution internationale : Buena Vista Pictures, Production : Jerry Bruckheimer Films, Walt Disney Pictures, Scénariste : Ted Elliott, Terry Rossio. D'après les personnages créés par Ted Elliott, Terry Rossio, Stuart Beattie, Jay Wolpert. Directeur de la photographie : Dariusz Wolski. Compositeur : Hans Zimmer. Monteur : Stephen E. Rivkin, Craig Wood, Costumière : Penny Rose, Liz Dann. Directeur artistique : John Dexter. Chef décorateur : Rick Heinrichs. Décoratrice : Cheryl Carasik. Effets spéciaux : Chris Bailey, Kenneth Van Order. Superviseur des effets visuels : Derrick Carlin, Marc Chu, Cameron Folds, John Knoll. Assistant réalisateur, Peter Kohn. Directrice du casting : Denise Chamian, Priscilla John.

Jack Sparrow : Johnny Depp, Will Turner : Orlando Bloom, Elizabeth Swann : Keira Knightley, Bill Turner : Stellan Skarsgard, Tia Dalma : Naomie Harris, Capitaine Sam Bellamy : Alex Norton, Norrington : Jack Davenport, Davy Jones : Bill Nighy, Pintel : Lee Arenberg, Gouverneur Weatherby Swann : Jonathan Pryce, Joshamee Gibbs : Kevin McNally, Ragetti : Mackenzie Crook, Lord Cutler Beckett : Tom Hollander, Pintel : Lee Arenberg, Cannibal : Anthony Patricio, Madame : Claudia Adams, Koleniko : Clive Ashborn, Scarlett : Lauren Maher, Barbossa : Geoffrey Rush, Cotton : David Bailie, Marty : Martin Klebba, Madame : Claudia Adams, Garde turc : Hayati Akbas, Cannibal : Robert Alonzo, Giselle : Vanessa Branch

(Etant donné que Nio me fait l'honneur de me permettre de poster son avis sur le film, je place sa critique en tête de cet article).

CONTRE :

"On m'en avait beaucoup parlé en bien, et comme j'avais bien aimé le premier, j'y suis allé.

Catastrophe.

Non seulement j'étais très déçu et je me suis grandement fait chier malgré quelques gags sympathiques.

Je me demande si je suis le seul dans ce cas...J'avoue quand même être assez bon public, capable de passer de Allen et Tarkovski à Spielberg, voire Luc Besson (quoique là pour ce dernier, je met une réserve sur angel-a et certains films récents même si j'adore Nikita et le grand bleu)...

18653595_vignGags revus et resaupoudrés en double (vous n'avez pas aimés le coup de la boule aux prisonniers ? Tendez, on vous le refait en mieux avec la roue du moulin), musique parfois inaudible sauf a de rares passages violonisés sur l'île (venant de Hans Zimmer, c'est un peu décevant), idées reprises et déjà existantes un peu partout (l'exemple des yeux sur Depp, ça avez déjà été fait par Takeshi Kitano dans Zatoïchi en 2002 mais aussi bien avant ça par Woody Allen...), références littéraires ou cinéphiles qu'on se sent obligé de resservir (la marque noire, c'est dans L'île au trésor, on sait merci...), Knightley qui fait juste un peu de figuration dans la 1ere moitié du film avant d'être enfin plus présente dans la seconde partie, fin ouverte qui nous laisse choir d'un coup tout en esquissant une porte pour un 3e volet (où l'on apprendra sûrement que Jack Sparrow il est pas mort-euh, sans blague !), impression d'ailleurs à souligner que Norrighton se barre avec le coeur dans la jungle et l'offre au gouverneur Beckett mais on en saura pas plus.

De plus, cette attitude "coucou on s'amuse mais on pense a autre chose" se ressent dans le jeu des acteurs et je me souviens que Depp a déclaré n'être pas du tout intéressé pour participer à cette suite mais qu'il l'a fait à contrecoeur juste pour faire plaisir à ses gosses. Quand au grand acteur de second rôle qu'est Jonathan Pryce, il vient juste après les frères Grimm pour à nouveau faire un coucou et toucher ses impôts (dans le premier "pirates..." il était un peu plus présent quand même, merde)...

Et puis les clichés, notamment le méchant ténébreux qui ne peut s'empêcher de faire de l'orgue. Sans blague, comme c'est original... Même Gannondorf sait jouer de l'orgue dans Zelda : Ocarina of time auquel j'ai rejoué récemment sur la game cube (edition speciale)...Tss tss...

Et n'oublions pas le rythme du film et son étirement sur 2 h 30 assez mal géré...

205film20060519_220956_12_smallPourtant le film tient assez bien la route et les personnages sont plus ou moins consistants (enfin, Johnny Depp et le pirate Davy Jones) et je m'étais pourtant bien remis de ma déception précédente (Alien vs predator, daube infâme jeux vidéoisée MTV à fond. Pour un fan de Predator et des aliens comme moi, ça fout mal) et bien non.

205film20060519_221000_19_smallEn fait ce que j'ai beaucoup apprécié et qui pour moi est ce qui sauve le film, ce sont les effets spéciaux (le design des pirates marins sous Davy Jones, excellent) et puis le Kraken, créature légendaire citée dans de nombreux récits de marins de l'époque (notamment en hypothèse de ce qui aurait pu arriver à la Mary-Celeste dans un énorme livre que j'ai sur les phénomènes et mystères paranormaux), qui en jette. C'est la première fois après le Moby Dick de Huston (avec Gregory Peck) et Les dents de la mer --pour citer un maître étalon du film de genre de requin-- (Spielberg) que l'on peut a nouveau observer une créature fascinante et terrifiante, même si ces apparitions sont plutôt limitées, ce qui renforce son pouvoir de terreur. On pense à "un cri dans l'océan" de Sommers mais en mieux.

Bref film sympathique mais plutôt moyen en ce qui me concerne, j'en attendais peut-être un peu trop après le plaisir du premier volet."

Je lui met 2/6...Pour le Kraken, les excellents SFX et quelques gags sympathiques (dont Depp en brochette de fruit) mais bon je suis un peu exigeant à la base...

NIO

POUR :

(Plus ou moins)

18653591_vignPetit retour en arrière : En 2003 sortait le premier volet, produit par Jerry Bruckeimer, spécialiste de films d'actions aux scenarii minima, sous la houlette de Walt Disney (et à partir d'une animation assez connue des parcs de ladite société). Comme le souligne le Mad Movies numéro 188 de Juillet/août 2006, le risque était grand : le genre "film de pirates" n'a produit que des échecs notoires ces vingt dernières années (citons pour exemple : le "Pirates" de Polanski, ou "l'île au pirates" d'un Renny Harlin en roue libre). Le Polanski était un film survendu, plombée d'une réalisation lourde par un auteur qui n'était bien sûr pas habitué au genre. C'était toutefois un honnête divertissement, faute d'être pleinement original. L'île aux pirates, un film pop corn, doublé d'un véhicule publicitaire pour la femme du réalisateur, Gina Davis - divorcée depuis (faute de succès sans doute : pas de bons chiffres, pas de films. Pas de films, pas de pognon. Pas de pognon, dehors le mari. Une vieille histoire... Non, je plaisante, bien sûr). La question à cent balles était donc : quelle orientation pour un nouveau film de "pirates", surtout tirée d'une simple attraction... Pop corn? Plus sérieuse?

Pop corn a gagné, mais c'est un pop corn assez particulier. Alors que l’île aux pirates accumulaient les clichés, les poncifs, avec une invraisemblable régularité (Cf. rien que Modine, grimé en Errol Flynn), Pop corn version pirates des caraïbes se la joue référentiel, et comédie loufoque. Or loufoque, le film boursouflée d'Harlin ne l'était pas du tout. Ainsi, au lieu d'un clone d'Errol Flynn, on a un héros maquillé, maniéré, un peu taré, et poilant (au grand dam de Disney, qui tenta, en vain, de changer cet aspect du personnage. Depp, qui interpréta le rôle, faillit claquer la porte pour pouvoir interpréter son personnage à sa façon, s'inspirant pour l'occasion du look de rocker Keith Richards, des Rolling Stones), dont l'entrée en scène, sur le port, se fait à bord d'une épave déjà coulée. Au lieu d'avoir une ambiance voulue "à l'ancienne", nous découvrons une bonne humeur communicative à la fois de la part des acteurs et du réalisateur, dans un métrage qui mixe allégrement fantastique, parodie, aventure et serial (par ailleurs référenciel, lui aussi, comme on pouvait le voir avec ce passage où Will et Sparrow se balade sous les océans, une barque sur la tête pour pouvoir respirer : le passage étant issu directement d'une petite merveille, le "corsaire rouge" - 1952 - avec Burt Lancaster et réalisé par Robert Siodmak). Bref un pop corn, certes, mais qui prends le contre-pieds des films sortis ces dernières années. Une surprise sympathique, quoique plombée par une réalisation malgré tout plate. Un film qui d'ailleurs pourrait se rapprocher - dans sa manière d'être - d'un "masque de Zorro" (Martin Campbell), sorti en 98 (le fantastique en moins et le glamour en plus) qui, lui-même, en son temps ressortait un personnage, un mythe et le remettait au goût du jour (à ne pas confondre, toutefois, avec sa suite, la légende de Z. qui lui se révéla... tout simplement nul).

Le succès fut au rendez-vous.

Deux ans passent, les chiens trépassent ("hein?!" - ouais, je sais... mais ça rime), et deux autres films sont mis en route. La première suite, le secret du coffre maudit est donc sorti sur nos grands écrans cet été. 

205film20060519_220955_10_smallLa recette reste la même : les personnages n'ont pas changé. Depp est toujours aussi barré, Orlando toujours aussi effacé, Keira (Ex "fausse" reine Amidala dans "la menace fantôme" (Georges Lucas - 1999), entre parenthèse) toujours aussi mignonne. Et l'on retrouve la totalité du casting du film précédent. La prod' est la même, et Gore Verbinski, réalisateur du premier opus, rempile comme les autres. Le scenario reprend (peu subtilement mais assez intelligemment) divers élèments présentés dans le premier film et en donne même une origine (Cf. Le compas de jack, notamment). Et la volonté, dans la structure de la trilogie en devenir, est visiblement de coller à celle de star wars (premier film : découverte des personnages. Second film : développement de l'histoire, personnages et situations "éclatés", sans parler de la "mort" de Han Solo/Sparrow. Troisième film... Résurrection de Jack et la conclusion). On peut s'attendre à ce que le film soit de la même eau que le premier, sur le fond et la forme générale, excepté le point que je viens d'évoquer, bien sûr.

18653592_vignCe sera le cas. En partie, du moins. Comme le souligne assez bien Nio, le film souffre de quelques lacunes non négligeables : tout d'abord, la narration et la gestion du temps sont pour le moins mal gérées. Ainsi certaines séquences s'étirent en longueur de façon tout à fait inutiles, et l'introduction au film - pourtant un excellent gag (je vais y revenir), est un tantinet maladroite. Après un série de très beaux premiers plans (des tasses sur une tables, dégoulinant sous la pluie tombante), on passe à l'introduction de Depp découvrant que Davy Jones est à sa poursuite, suivie de l'histoire de Bloom et Kingsley. Puis, on retrouve Depp, sans explication explicite, coincé en "roi" sur une île peuplée de cannibales, avec son navire échoué sur l'île. Avant de passer à l'histoire - brève et anecdotique - des deux comparses comiques du grand Jack, fraîchement sorti (ou évadés, je ne sais plus) de prison, à la recherche du capitaine et du black pearl (en vue de le dérober - alors qu'il est toujours échoué sur la plage!). De mémoire, peut-être pas très fraîche, on ne sait pas pourquoi ils ont atterri en zonzon, et on ne le saura jamais. Le pitch lui-même est plus un prétexte à relancer les aventures des personnages d'Elisabeth et de Will Turner à la poursuite de Sparrow qu'autre chose et nous donne brièvement l'occasion d'apercevoir - de nouveau - le personnage joué par Pryce dans le rôle du papounet d'Elisabeth... mais son rôle, au contraire de ce qu'il avait fait dans le premier film, s'avère très anecdotique.

205film20060519_220957_13_small(P... on dirait presque Erwan, sur la photo ci-contre) La réalisation, comme par moment, la musique, reste assez plate, conforme à ce qui avait été fait lors du premier film, à l'exception des trois grosses scènes d'actions (ou de gags) du film (seconde équipe au secours? Allez savoir) : l'évasion de l'île aux cannibales (le premier meilleur moment du film), le combat sur l'île, sur la roue (certes, très gadget, très "jeu", et rappelant les attractions Disney dans l'esprit), et l'attaque du Kraken. La durée du métrage (2 heures 30), en regard des séquences inutilement longues, et en regard de l'introduction de l'histoire, laisse imaginer un montage relativement discutable du film. Après, certes, on peut arguer que les poncifs du genre ou les "copier coller" - bien que ma vision du film soit tout autre (chacun choisira son camp) - puisse déparer cette suite. L'autre défaut notable, est le léger effacement du personnage héroïque de Sparrow, au profit de son côté crapule. Ce n'est que dans les dernières secondes du film que le personnage prend une autre dimension que celle du capitaine comique. Pourquoi? Sans aucun doute pour mettre en valeur les dialogues que lui lancent Elisabeth à la fin du film et leur permettre de multiples échanges "ping pong", qui, autrement, aurait manqué (à l'évidence, hormis sympathiquement se vanner et se lancer des piques, les deux personnages n'ont pas grand chose à se dire). Ceci étant dit, le film souffre peut-être plus que d'autres du même genre, à savoir de n'être que la jonction entre deux autres métrages d'une même série. Une place inconfortable, il faut bien le dire, que Jackson et Lucas (du moins pour la première trilogie, puisque la seconde est contreversée) ont gérée avec une certaine réussite.

Le capitaine comique...

205film20060519_220959_18_smallJustement, l'une des forces du film est là : les références, volontaires, assumés et les multiples gags du film, qui fusent toutes les quatre minutes. Jack la brochette, ou l'évasion de la prison "boule" au début (qui m'a fait irrésistiblement penser à une certaine autre scène de balançoire... dans le King Kong de Jackson) épate la galerie par son dynamisme et sa drôlerie (a contrario sans doute de ce qui suit jusqu'au grand final, où, enfin, le film redevient "fou"). Les références avouées au genre (la main noire, le trésor, l'île, la malédiction, de quoi rajeunir un grand coup) et d'autres plus subtiles, comme celles de Davy jouant de l'orgue, directement issu de 20 000 lieux sous les mers (Richard Fleisher 1954), de la présence des cannibales et du Kraken lui-même... (et je rappelle que 20 000 lieux - une sorte de film de pirate, en un sens - fut en son temps une production Disney) ou celle de l'évasion de Jack Sparrow, au tout début du film, évoquant instantanément celle d'un certain Monte-Cristo, lorsqu'il quitta son bon vieux château d'If (que je vous conseille de visiter, soit dit en passant), et son abbé Faria. On pourrait même parler de références historiques (un peu logique, me direz-vous, vu l'époque à laquelle se déroule l'histoire) : les cages dans lesquelles sont enfermés les pirates, sur le port, sont les mêmes qui ont servis à exposer le cadavre du capitaine Kidd au dessus de la Tamise, en 1701. Or le légendaire capitaine, et sa mystérieuse carte au trésor (bien réelle celle-là, et jamais déchiffrée) ont inspiré RL Stevenson pour son "île au trésor", roman serial (1881 - 1882) fondateur du genre "pirates" littéraire et plus tard... du film de pirates. Le métrage devient alors un véritable petit jeu de piste pour cinéphile averti (avec l'inconvénient qu'il risque de laisser sur place monsieur tout le monde, lequel ne pourra que subir la longueur excessive du film sans pleinement profiter des clins d'oeils). On peut aussi saluer les effets spéciaux d'ILM et l'ambiance artistique du film : Davy Jones évoque instantanément un Cthulhu humain (je rappelle que le Cthulhu est une sorte de Dieu maléfique marin inventé par HP Lovecraft, auquel j'ai consacré un long article, encore présent quelque part dans mes archives), et son navire se situe entre une version biologique du sous-marin de Nemo, et le vaisseau traditionnel des pirates... et son bestiaire reste pour le moins impressionnant. A la fois tragique et effrayant - comme son capitaine - on regretterait presque qu'ils doivent être éliminés dans le prochain film, tant ils sont chouettes à voir.

18653590_vignQuel peut donc être le bilan du film? Trésor ou pas trésor? Souvent faiblard dans sa réalisation, il surprend quand même par quelques éclairs de mises en scène, ci et là. Pareil pour la musique, et le scénario est celui d'un deuxième opus pour trois films - autre inconvénient. Mais il est largement rehaussé par la multiplication des gags, par le jeu outrancier de Depp (reconnaissons-le : s'il n'avait pas cabotiné, il nous aurait déçus!) et des autres acteurs. On reste malgré nous emporté par l'enthousiasme général du projet - si l'on n'est pas largué par la lenteur du milieu du film, bien entendu. La fin (avec au passage la résurrection surprise et on ne peut plus plaisante de cette vieille trogne de Barbossa, bad guy du premier film) nous laisse sur notre faim, nous obligeant malgré nous, à plus ou moins devoir patienter jusque mai 2007 avant la sortie du troisième film, dans lequel figureront d'ailleurs un Chow Yun Fat en pirate asiatique - dans le rôle de Sao Feng (puisqu'une grande partie du film se déroulera du côté des mer de Chine), et Keith Richards en personne (à priori, du moins), dans le rôle du papounet de Sparrow.

18653594_vignPersonnellement, pour conclure, en dépit des sérieuses faiblesses du film, je vous avouerais que je l'ai bien apprécié et que je me suis bien amusé. Je suis curieux de voir la suite. Donc je mets "pour" et je l'assume, bien que je ne puisse lui donner que 3/6, voire 3.5/6, cinématographiquement parlant, et en étant cool, à cause de la réalisation molle de Gore (sans jeux de mot). Ce n'est pas un bon film, techniquement parlant, mais c'est un film frais et fun, sans prétention autre que de nous amuser et nous distraire. Un film d'été, pas bien méchant mais rigolo et sympathique.

CHRIS

Que demande le peuple?