Superman Returns

Réalisateur : Bryan Singer

Superman_returnsActeurs : Clark Kent / Superman : Brandon Routh. Lois Lane : Kate Bosworth. Lex Luthor : Kevin Spacey. Richard White : James Marsden. Jimmy Olsen : Sam Huntington. Perry White : Frank Langella. Martha Kent : Eva Marie Saint. Stanford : Kal Penn. Kitty Kowalski : Parker Posey. Jor-El (images du "Superman" de Richard Donner) : Marlon Brando. Ben Hubbard : James Karen. Clark Kent, enfant : Stephan Bender. Auxiliaire médical : Raelee Hill. Officier de police de Metropolis : John Ghaly. Brutus : David Fabrizio. Bo le Barman : Jack Larson. Gertrude Vanderworth : Noel Neill. Riley : Ian Roberts. Gil : Jeff Truman. Bobbie Faye : Peta Wilson. Grant : Vincent Stone. Polly : Barbara Angell. Le commandant de la navette : Ian Bliss. Le pilote de la navette : Ansuya Nathan. Le mécanicien de la navette/Le copilote du 777 : Warwick Young. Le navigateur du 777 : Bradd Buckley. La présentatrice française : Frédérique Fouché. Le présentateur français : Julian Pulvermacher.

Producteurs : Jon Peters (Aka le coiffeur, aka l'analphabète...), Gilbert Adler, Bryan Singer.

Scénaristes : Michael Dougherty, Dan Harris, Bryan Singer.

   Nous sommes dimanche 23 juillet 2006. Il est 17 heures. Le moral dans les chevilles, je me décide à aller voir le nouveau Superman. J'ai bien sûr lu l'article de mad. Selon eux, c'est un navet. J'ai lu l'article DVDrama, sur la prod et les folies de Peters et Burton. Je sais bien sûr déjà que le film n'a pas choisi une direction "excentrique". Au contraire, Singer a cherché à monter une suite/séquelle aux deux premiers métrages, faisant référence à des passages des anciens films, reprenant la musique originelle et réutilisant, pour l'occasion, Marlon Brando dans le rôle de Jor-El (manipulé par les soins de la technologie infographique pour un rendu invisible). J'ai vu la face de Routh. Un clone de Christopher Reeves, l'irremplacable, l'inoubliable, le regretté. Quoique finalement très impressionné par la ressemblance frappante entre les acteurs, je ne suis pas totalement convaincu. Encore moins, en fait, depuis que j'ai lu que le film n'avait quasiment que deux scènes d'actions et que le reste serait assez lent, voire gnangnan selon certains, étant seulement centré sur l'histoire de Superman et de Loïs Lane. Pour couronner le tout, je ne suis pas un grand fan des X-mens (à quelques séquences près. Des "fulgurances", pour ainsi dire, du réalisateur, laissée en maigres mais belles cacahuettes à ses spectateurs)

   Mais j'ai besoin de me changer les idées. Je n'hésite plus. Je prends la décision. J'arrive limite à la bourre, mais assez tôt pour ne pas manquer le début du film.

   Le générique.
   En à peine trois secondes, je deviens blème.

   Soudain, en une petite fraction de seconde, en quelques tonitruantes notes de musiques, écrites par John Williams il y a presque trente ans... comme l'a fait Superman, en 1978, je remonte le temps. Et j'ai de nouveau dix ans.

  Les cicatrices du passé disparaissent. Le cynisme, les déceptions, les victoires et les soucis s'évanouissent. Les combats personnels, les conflits intérieurs, n'ont pas commencé.
   Je suis redevenu un môme.

supermanpourhaut   Le film commence. On (re)découvre la destruction de Krypton (identique à celle qu'on a connue). Puis, on enchaîne sur une long périple spatial, dans un générique plan/séquence qui nous replonge dans l'introduction du métrage originel. La "météorite" apparait enfin, s'approche de la terre, traverse le ciel et s'écrase dans les champs de la ferme familliale, sous les yeux ébahie, pleins d'espoir de Martha Kent. Elle se précipite dans la cabine de son vieux pick up (le même modèle que celui, là encore, que l'on a déjà découvert dans "Superman, le film"), et part à la recherche de ce qui s'avèrera être un vaisseau... A nouveau, le même qu'au début du film de Donner.

   Et cette fois, il n'en sortira aucun enfant. C'est un adulte qui s'en extrait, épuisé, vidé. On ne voit pas son visage. Il s'écroule dans les bras de sa mère adoptive. Fin de l'introduction.

   Le lendemain. l'homme d'acier ouvre les yeux. La caméra recule et je découvre alors, enfin, le visage, le sosie quasi parfait, jusqu'au moindre tic, de Christopher Reeves, pas encore paralysé à vie, pas encore entre quatre planches. Oui, Superman est bel et bien de retour.

   C'est alors que je découvre un acteur qui, durant tout le film, parvient à transmettre la même naïveté, la même sincérité que son prédécesseur. Il ne le remplace pas. Il lui succède, et il le fait avec un surprenant brio (avec d'autant plus de réussite que c'est son premier rôle au cinéma). Il joue un personnage moins lisse qu'autrefois : une demi-dieu capable de commettre de vraies erreurs, comme celle de partir chercher les siens, au coeur des restes de son monde natal, sans savoir que sa véritable famille, au fond, étaient déjà là, tout autour de lui. Je découvre des relations moins caricaturales, plus humaines que dans les précédents Superman. On se retrouve face à un type qui se casse quand il faut pas, et qui revient pour s'apercevoir qu'il a perdu ce qu'il aurait pu avoir de plus important au monde : une famille. Je découvre un superman humain plein de félures qui peine à vivre au delà de l'image qu'il renvoie au monde et qui finit par crouler sous les regrets. Je découvre l'homme, derrière le demi-dieu, caché derrière le pantin "Kent". Un type capable de faiblesses comme celle d'espionner, à travers les murs de sa maison, les images d'une famille qui aurait pû être la sienne et à laquelle il n'aura sans doute jamais droit. Un type seul, marginal, isolé, finalement rongé par sa condition.

   Mais, me dis-je, craintif, le pire peut encore venir. Oui, Luthor... Il peut être le gros point faible du film. Eh pourtant, non. C'est le second miracle. Ca reste bien entendu un "bad guy", une sorte de savant fou millionnaire, toujours pretexte aux multiples touches d'humour (d'ailleurs le coup de la vieille du début et celle des chiens cannibales m'ont fait hurler de rire). Et Kevin Spacey aurait pu cabotiner à outrance, comme l'avait fait, autrefois, Gene Hackmann. Mais non. Il ne le fait pas. Certes, il pousse le bouchon l'espace de trois séquences (juste assez pour que ça reste plaisant). Mais le reste du temps, il est manipulateur, cynique, lance quelques vannes, et reste dans la droite lignée de son prédecesseur... mais son interprétation reste dans l'ensemble très sobre. Le film aurait pu se casser la gueule, faute de méchant d'envergure. Que nenni. Luthor se conduit comme un vrai salopard, violent à ses heures (il n'hésite pas à poignarder le héros à terre, le genre de chose qu'on avait pas vu dans les précédents opus). Son amie Kitty? Un personnage de potiche? Oui, bien entendu. Machisme déplacé? Non. Je ne vois pas ça ainsi. Certes, on est en 2006, les femmes ont changé et le fait est bien illustré par le comportement de la nouvelle Loïs. Cependant, le film recherche tout de même la continuité avec l'ancienne série. Kitty rappelle la jeune femme qui accompagnait Luthor dans les premiers films. C'est sa seule fonction (en dehors de son rôle humoristique, bien sûr). Un personnage à prendre au enième degré, d'ailleurs moins bête que l'ancienne petite amie de Lex.

   Je continue d'avoir dix ans.

superman_returns_16   Je suis ébloui par les effets spéciaux, par le travail artistique, fin, de toute beauté. Chaque plan est un délice pour les yeux. Chaque décor est mis en valeur. Reprenant l'angle du film catastrophe, comme dans le "Donner", les situations sont toutes pretextes à icôniser le personnage (Cf. le sauvetage du bateau, la séquence de l'enfance de Clark et l'enlèvement de l'île en tête). Postures, situations, tout y est. Seul petit bémol : les changements de Kent en "Supe" sont effectivement et, curieusement, expédiés. Mais le fait est qu'il y a plus d'action que les minables deux scènes dont j'avais entendues parler (et elles durent assez longtemps... pour notre plus grand plaisir). Spectaculaire sauvetage d'un avion en flamme. Tremblement de terre. Sauvetage du yacht. L'hallucinante séquence de l'île qui impose définitivement le personnage comme demi-Dieu tombé tout droit de l'Olympe. Que des séquences qui prennent leur temps, parfaitement découpées, et gonflées d'un montage, que, une fois n'est pas coutume, on peut parfaitement suivre... (pas du Michael Bay, donc). Il y aurait des passages à vide? Non, rien que des scènes destinées à creuser les personnage, à développer leurs relations (même Lex acquiert une troisième dimension - même si elle reste limitée...). Parfois même des passages de pure poésie, comme le gamin jouant du piano avec "Brutus" (petit clin d'oeil à Spawn, au passage, avec le tatouage du mec. Et peut-être autre clin d'oeil avec la conclusion de la séquence qui, sur le coup, me fait largement penser à la scène ou Supe/enfant soulevait la bagnole au début du film de 1978). Pendant 2H30, la musique de Williams nous emporte, comme s'il ne s'était pas passé 30 ans entre Superman I et Returns. Ce sera l'un des plus vibrants hommages rendus à l'ancienne série, et, sans doute, plus indirectement, à Christopher Reeves et aux créateurs de la série originelle (Respect... Moi qui - encore une fois - était dubitatif quant à cette idée... je suis bluffé). Puis nous assistons à une séries de scenettes distilées à seule fin d'approfondir la mythologie. Le personnage/titre gagne alors une dimension christique, de quasi martyr (la chute, la resurrection). Et on hésite plus à enchaîner sur d'autres mythes, tel que prométhée, le Titan qui déroba le feu (la science) aux Dieux pour le donner aux hommes.

   Bien sûr, il y aura toujours quelqu'un pour souligner que c'est facile, simpliste (Peut-être... Peut-être pas... mais c'est si bien filmé...) ou pour remarquer que tel ou tel plan s'inspire de tel ou tel autre et faire de longs reproches pleins de mépris (j'ai même vu quelqu'un, sur un autre site, qui trouvait le film raté parce que, l'espace d'un plan, la cape de Superman était trop raide à son goût... sans commentaire). Mais quel artiste ne se réfère pas à un autre artiste? Une référence est une référence. Ce qui importe, ce n'est pas tant la scène mais la façon dont elle s'insère dans l'histoire. C'est le traitement qui compte. Et ici, inspiré ou non, le traitement est impeccable. Pourquoi taper sur un Superman qui "reprendrait" (soi-disant, car je ne vois pas le rapport) une scène d'un métrage de Myasaki pour, de la même façon, s'extasier sur un Matrix qui reprenait des plans entiers de Ghost in the shell ? Et qui reprenait, en plus, déjà cette même figure "christique",  maintenant critiquée dans Superman ? Ca n'a aucun sens car encore une fois, tout est dans le traitement et rien n'est vraiment comparable. Le principe est sans doute le même, mais le sens des symboles me parait - à chaud - différent. On pourrait critiquer la longueur du film, mais l'original n'est plus court que d'une dizaine de minutes. L'absence de fight avec un bad guy aux supers pouvoirs? Mais y en a pas non plus dans l'original (et dans les suites, c'est franchement kitch...) et le thème du film, c'est en priorité le retour du héros. Le reste viendra après... j'en suis persuadé. L'absence de moment épique? Le personnage/titre arrache un bateau des océans, avant de faire de même avec un quasi continent - qui d'ailleurs me fait irresistiblement penser à l'Atlantide, autre figure mythologique située, selon la légende, entre les continents américains et européens. La présence, la puissance du personnage est bel et bien là, que ce soit dans les postures du héros, dans ses actes ou illustrée par son immense musique. On pourrait démolir le scenario sur la bases des manigances simplistes de Luthor, mais objectivement, lesdites intrigues étaient-elles plus réalistes dans les anciens films? Et nous sommes ici face à un hommage... tiré d'un comic, de surcroît. Il serait donc malvenu de l'oublier. Ou peut-être devrait-on se plaindre, tant qu'on y est, du fait que le personnage vole? C'est tout aussi invraissemblable, me semble-t-il... La mollesse du film durant 3/4 d'heures? Eh, faudrait peut-être revoir le Donner et le Lester... Ils sont autrement plus lents (surtout le 2, en fait). Bien sûr, je dis ça, mais j'adore toujours me remater Superman I. Je tiens tout de même à le préciser.

   J'ai dix ans. J'ai le sourire.

   La réalisation brille autant par sa "douceur" (premier mot qui me vient à l'esprit pendant la projection. Mais peut-être devrais-je parler de délicatesse de la part d'un réalisateur qui vénère "Superman, le film"), que par son évidente inventivité. La chute de superman ? Une splendide reprise d'un tableau de Dali, dépeignant le Christ sur sa croix, tombant du ciel vers le sol de la Terre. Aucune scène de vol ne se ressemble. Aucune séquence d'action ne se répète. Les images sont léchées, travaillées. On pourrait citer plusieurs passages clés. J'en retiens une, en particulier : le héros, flottant autour de la Terre, écoutant les appels au secours de chacun et devant choisir qui sauver et qui ne pas aider parmi les millions de petits drames se déroulant au sol. Il ressemble alors à un "vrai" Dieu (au sens propre), dominant son monde, lequel, pour sa part, ignore tout de la détresse, de la solitude du personnage (d'ailleurs, ne parle-t-on pas de la "forteresse de la solitude", pour la base cachée de "supe"?). La thématique du film entier pourrait se résumer dans cette unique séquence.

   Les scènes d'actions du film dégagent une véritable énergie (à l'exception, peut-être des passages obligés/imposés telles que celles où on "entrevoit" Superman faire ses sauvetages à droite à gauche... Encore qu'il s'agisse de techniques d'expositions vieilles comme le monde, déjà utilisée sur Robocop premier du nom, pour ne citer que cet exemple). Les scènes "catastrophe" sont impressionnantes, même pour nous, qui sommes blasés par des productions blindées, voire boursouflées, d'effets spéciaux et de surenchères. Elles sont tout à fait comparables, sur le principe, aux séquences premier opus, même si, pour être juste, les effets spéciaux du film de 1978 (que du traditionnel, pas de CGI, bien sûr) resteront toujours les plus extraordinaires, tant les moyens techniques étaient différents.

superman_returns_28    Le second rôle du film, dont je n'ai pas encore parlé. Loïs Lane. D'aucuns considèrent que c'est le point faible du métrage. Pourtant, même si Kate Bosworth fait un peu fade, elle me parait cent fois mieux que Margot Kidder (que même gamin je trouvais insupportable). Un personnage plus mûr (et une actrice plus jolie, soit dit en passant). Une vraie femme, moderne, indépendante, pas une simple vignette. Une femme blessée, ulcérée, par le départ sans explication de son homme et qui s'est retrouvée à assumer un enfant sans père (voilà une idée très moderne, un thème qu'on aurait sans doute pas vu dans un Superman des années 70's). Pas une fofolle égoïste, sans cervelle. Le scénario a aussi le mérite de nous filer quelques jolies réparties ("l'Homme n'a pas besoin d'un sauveur, mais il ne se passe pas une journée sans qu'il ne l'appelle à lui..." en gros), plutôt inattendu, me dis-je, vu les années de developpement Hell qu'a connu la production (merci Peters, hum, et Tim Burton, pas mieux... Cf. http://www.excessif.com/news.php?15767 pour en savoir plus sur cette ahurissante longue période de gestation. Ah, Nicolas Cage en collant bleu... Il faut aussi s'en souvenir, s'il on veut garder à l'esprit qu'on l'a échappé belle).

   Superman finit par trouver ce qu'il cherche (très émouvante séquence que celle où il parle à cet enfant de cinq ans qui se révèle donc finalement être son fils - faiblesse face à la kryptonite en moins), mais il substistera toujours une grosse trace d'amertume. Pas de fin facile. Le fiancé de Loïs ne meurt pas, ne laisse pas de champ libre au héros. La belle ne se précipite pas vers son sauveur. Pire encore, le fiancé en question est un type bien, voire une seconde figure héroïque, exclusivement humaine celle-ci (et ayant des accointances de caractère avec Clark Kent). Son fils est destiné à rester loin du vrai père, pas tout à fait conscient de ce qu'il est (mais presque, comme on le voit avec la scène, très réussie, du piano), encore enfermé dans les peurs insuflées par sa mère (aspect du film que j'ai d'ailleurs trouvé très fin : Loïs a tellement peur de perdre son fils, comme elle pense avoir perdu le père, que visiblement, elle a reporté toutes ses psychoses sur l'enfant au point que celui-ci semble asthmatique, presque traumatisé par des pouvoirs dont on peut imaginer qu'ils les cache à sa mère... Un peu, dans le fond, comme la fait "Supe" avec Loïs). Pourtant, on se doute... qu'il finira par comprendre un jour.

   C'est alors, après la chute du héros, que l'on assiste à une magnifique scène : Superman est dans le coma, le gamin, geste prophétique d'un avenir tout tracé, caresse le vêtement de l'homme (et je dis bien l'homme : affaibli, dépouillé de tous ses artifices et bientôt face à sa réalité de père)...

   Ce passage peut d'ailleurs être interprété d'une manière sensiblement différente. L'enfant vénère le costume (vide), tout en prétant à peine attention au personnage nu, dans le coma, qui se trouve à côté. Il s'attache d'abord à l'image (encore une fois), en oubliant l'homme. Puis, enfin, il finit par serrer l'homme dans ses bras. Ce passage pourrait être une simple réflexion sur l'image que renvoie le "héros".

   Mais il pourrait être aussi une sorte d'hommage émouvant, très discret, à rebours fait à un autre homme, un vrai, celui qui nous a quitté trop tôt, à savoir Christopher Reeves. L'acteur dans le costume, finalement dépouillée de son image d'acteur en costume pour se révéler comme l'homme de courage qu'il était : un paraplégique incapable de respirer seul qui s'est battu, en vain, pour pouvoir remarcher un jour. Un homme qui, après son décès, et celui de sa femme, quelques mois plus tard, laissa un jeune orphelin derrière lui. L'enfant du "Superman" cinématographique, symboliquement, présenté ainsi, deviendrait alors le successeur de Reeve... ce qu'est donc précisemment devenu Brandon Routh en reprenant son rôle.

   J'aime ces trois interprétations. Et je regrette d'autant plus que ce passage n'ait pas plus attiré l'attention. J'ajoute aussi une petite remarque. La grande différence majeure entre Superman et un "Dieu" à part entière, est qu'il ne crée pas. Pourtant... Avec ce nouvel enfant, ce fils qu'il ne connaissait pas, il a bel et bien créé. Ses caractéristiques physiques de superhéros semblent s'être transmises à son fils. S'il en va de même pour ses descendants (idée purement théorique), alors la présence de ce simple bambin pourrait signifier - dans le film, donc - une nouvelle humanité future, à venir. Une nouvelle ère. Superman, l'homme d'acier deviendrait alors bien un "créateur", un sauveur, et la boucle thématique serait bouclée... Respect, monsieur Singer. Respect... (petite disgression pas sérieuse du tout : au pieux, il devait assurer, Supe, pour que Loïs ait été accroc à ce point... l'homme d'acier jusqu'au bout... warf!)

   Toujours est-il que nous avons droit à une foule de séquences qui laissent présager de situations intéressantes, conflictuelles entre les personnages, pour les (j'espère) films à venir. Autre chose que la bluette simpliste de la chambre rose dans superman II (1 heures 30 de blabla pour 10 mm d'actions molassonnes dans lesquelles seul un "top" concours de lancer de bus dans la tronche se distingue du reste du métrage). D'ailleurs, étant donné que le Superman Returns se pose en "suite" de l'épisode 1 et 2, je me dis immédiatement que c'est au terme de cette nuit là que le fiston est conçu.

   On pourra toujours me faire remarquer - non probablement sans une certaine justesse - que le film n'est pas parfait. On pourra toujours trouver à redire à propos de tel ou tel passage, voire du traitement lui-même. C'est évident. Nous avons tous des yeux différents. Mais... Quand je vois la somme de purs remakes inutiles ou le nombre de projets idiots en cours ou récents (genre snake plane, ou transformers...), je me dis qu'un Superman Returns, quoiqu'il en "retourne" - si on veut bien me pardonner ce mauvais jeu de mot - peut et doit être défendu.

   C'est un vrai film à l'ancienne (malgré ses effets spéciaux, évidemment modernes), qui prends son temps (Rien à voir avec les prods réçentes qui expédient les présentations et les enjeux en 5 minutes par personnage) qui aurait bien pu finir en catastrophe si le projet "burton/peters" avait abouti (et pourtant, j'aime bien Tim Burton, même s'il est parti en vrac ces dernières années). Un film - pour moi, un bijou inattendu - grâce auquel on retombe en enfance.

   J'ai dix ans. J'ai toujours le sourire.
   Je sors de la salle, en me disant que j'y retournerais bien direct. Mais je dois rentrer.

   J'arrive à la maison. Les informations de vingt heures commencent. Le Liban est toujours bombardé, peut-être même sur le point d'être envahi. La France envoie des navires pour ouvrir un pont et reccueillir des réfugiés. Des familles sont anéanties. Un gamin a été retrouvé dans un sous-sol glauque, sombre et sale, dans notre beau pays. Il a été torturé et étouffé avec un sac poubelle enfoncé dans la gorge. Tout le monde s'entretue pour imposer sa propre façon de dire "aimez vous les uns les autres" et certains pensent que l'on peut changer l'Histoire à coup d'attentats. Superman n'existe pas. Il n'y a que la folie des hommes.

   C'est fini. J'ai trente et un ans. Je n'ai plus dix ans.
   On vit dans le monde réel. Un monde d'attente, sur le point de nous claquer dans les doigts. Un monde à l'intérieur duquel garder son âme est devenu une guerre de tous les jours. Un monde que j'observe, lointain, perplexe, toujours enclopé au delà de toute raison.
   

   J'ai fini de sourire.

   Merci, Bryan Singer, de m'avoir rappelé, pendant presque trois heures, ce que c'était que d'avoir dix ans.